samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 13h48
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Bombe à vendre

Serge Truffaut   27 juillet 2005  États-Unis
C'est la quatrième fois qu'un certain nombre de nations, incluant les États-Unis, entament des pourparlers avec la Corée du Nord. L'enjeu de ces négociations est simple: obtenir des Coréens qu'ils mettent leur ambition nucléaire entre parenthèses. Une difficulté? On ne sait pas exactement à quelle étape de leur programme ils sont parvenus.

Le dossier de l'atome coréen est si empreint de flou qu'il vaut peut-être mieux l'aborder en rappelant tout d'abord la chronologie des principaux épisodes. En novembre 2002, les États-Unis et leurs alliés suspendent la livraison de pétrole à destination de la Corée du Nord. Le motif? Ce pays ayant réactivé son programme d'enrichissement de l'uranium, il a trahi la parole donnée en 1994 lorsqu'il avait signé le Agreed Framework commandant l'arrêt immédiat du mécanisme inhérent à la fabrication de la bombe.

En 2004, la Corée du Nord d'un côté, la Chine, le Japon, la Russie, la Corée du Sud et les États-Unis de l'autre, conviennent d'amorcer une nouvelle ronde de négociations. Les États-Unis d'abord, les autres ensuite, estiment que celles-ci doivent être assujetties à un préalable, soit que la Corée s'engage à enterrer illico son rêve nucléaire et accepte qu'une délégation d'experts soit dépêchée sur les lieux afin de vérifier si les autocrates coréens respectent leur parole. On connaît la suite: les Coréens ont claqué la porte.

Voilà qu'aujourd'hui, on essaye pour une quatrième fois de conclure un accord sur un sujet qu'on sait aussi délicat que grave. Cet activisme diplomatique a pour origine une certitude. Laquelle? Selon les services de renseignement du Pentagone et de l'Energy Department, la Corée est à deux doigts de faire un premier test. Ni la CIA ni le département d'État ne partageant ce constat, cet activisme diplomatique s'est accompagné d'une modification dans la stratégie. En effet, le préalable a été abandonné pour faire place aux petits pas. Détaillons.

La volonté manifestée par la Maison-Blanche de renégocier avec la Corée remonte à ces mémos signés par les «espions» du Pentagone et de l'Energy Department. Dans un passionnant reportage de fond publié plus tôt cette semaine dans le New York Times, on laisse clairement entendre que ces deux administrations, ayant raté le test de la bombe made in India en 1998, ont tendance aujourd'hui à en remettre. Paradoxalement, voire bizarrement, la CIA a une opinion quasi contraire à celle exprimée par le Pentagone et l'Energy Department.

Selon les experts de la CIA, les physiciens coréens en seraient encore, en la matière, aux balbutiements. Idem pour le département d'État. En clair, les quatre principaux services concernés se divisent à parts égales. Comment cela s'explique-t-il? D'après les hauts fonctionnaires interrogés par le New York Times, la Corée du Nord est le trou noir des trous noirs. On en connaît très peu sur ce pays parce que ses dirigeants n'ont pas leur pareil pour forger des trompe-l'oeil, pour confectionner des leurres. Ils rusent.

Ils multiplient les mises en scène afin de fournir des indications, selon un agent de la CIA, à l'effet que quelque chose se prépare, mais qui jamais ne sera... achevé! Et ce, dans quel but? Obtenir de la nourriture, du pétrole, et des millions de dollars américains. Bien conscients qu'il était extrêmement difficile de se faire une juste opinion, ces hauts fonctionnaires ont décidé de modifier l'approche des présentes négociations.

Désormais le coup par coup sera privilégié. Au lieu de poursuivre une stratégie globale, on va s'attacher au cas par cas. Concrètement, chaque fois que la Corée du Nord montrera patte blanche sur un aspect, elle obtiendra quelque chose en échange. Par exemple, s'ils ouvrent la porte du plutonium, ils récolteront illico du pétrole et des dollars. Ils ouvrent la porte des missiles, etc.

Si changement il y a eu dans le camp des États-Unis et de ses alliés dans cette affaire, changement il y a eu également dans le camp coréen. Dans un numéro récent de la revue Current History, Dinshaw Mistry de l'Université de Cincinnati souligne qu'il faut garder à l'esprit que la nomenklatura nord-coréenne est divisée en deux camps. D'un côté sont rassemblés les nationalistes et les militaires, de l'autre les économistes réformateurs et les diplomates. Pour ces derniers, leur pays étant dans un état de déliquescence avancée, il n'a pas d'autre choix que de parvenir à un accord. Espérons que ces derniers conserveront l'ascendant qu'ils ont sur les autres tout au long de cette quatrième ronde.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012