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Le déficit commercial américain se creuse

12 mars 2005  États-Unis
Washington — Les États-Unis ont accusé en janvier un déficit commercial de 58,3 milliards $US, un quasi-record d'autant plus inquiétant que le coupable n'est pas cette fois le pétrole, mais la boulimie des Américains pour les produits étrangers.

Le déficit de janvier est le deuxième plus élevé jamais enregistré par les États-Unis, après le désastreux mois de novembre dernier (59,4 milliards). Il a fortement déçu les analystes qui tablaient sur un déficit de 56,8 milliards, après 55,7 milliards en décembre.

«C'est une aggravation, et une aggravation réelle en ce sens où on ne peut pas l'expliquer par des facteurs exceptionnels tels que les prix du pétrole ou le comportement aberrant de certains secteurs», souligne Ethan Harris, chef économiste pour les États-Unis de Lehman Borthers.

La facture pétrolière, qui expliquait souvent l'an dernier le creusement des déficits commerciaux américains, en effet s'est allégée le mois dernier, avec une baisse des importations. Le coupable est bien la boulimie des Américains pour les produits étrangers, qui se traduit par une progression des importations (+1,9 %) bien plus rapide que pour les exportations (+0,4 %).

«Notre demande insatiable de biens de consommation et de voitures est ce qui explique la forte augmentation des importations», souligne l'économiste indépendant Joel Naroff.

Il y a des raisons objectives à cela. Les Américains consomment plus tout simplement parce que leur pays affiche une croissance plus rapide que les autres grands pays. «Les États-Unis restent le moteur de la croissance mondiale et leur déficit commercial est un effet secondaire de cette situation», souligne M. Harris.

Mais les analystes s'étonnent de l'aggravation constante des déficits commerciaux, alors même que le dollar ne cesse de perdre du terrain face aux autres grandes monnaies. La dépréciation du billet vert devrait logiquement détourner les Américains des produits étrangers et favoriser leurs exportations. Or les effets ont été jusqu'à présent limités, peut-être parce que «les entreprises étrangères se sont efforcées de rogner sur les coûts afin de maintenir leurs prix bas», selon M. Harris.

Peu d'amélioration

Les analystes prévoient peu d'amélioration à l'horizon. «Le déficit commercial va sans doute continuer à se creuser en 2005», estime Marie-Pierre Ripert, d'Ixis CIB. L'année 2004 s'était soldée par un déficit record de 618 milliards.

Ce déficit inquiète les partenaires des États-Unis qui voient le pays vivre au dessus de ses moyens et dépendre de plus en plus des capitaux étrangers.

Pourtant le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, reste serein sur le sujet: jeudi encore, il assuré jugé que «la résorption de notre déficit courant... ne m'inquiète pas outre mesure».

Il s'était montré plus inquiet pour le déficit budgétaire, qui creuse lui aussi record sur record depuis plusieurs années. La maîtrise du budget est en effet l'une des clés de la résorption du déséquilibre commercial, soulignent les analystes. «Il faudrait que les dépenses des Américains ralentissent beaucoup, ce qui pourrait arriver si l'on essayait sérieusement de contrôler le déficit budgétaire», souligne M. Harris, pour qui «on n'en prend cependant pas le chemin pour le moment».

Les autres recettes pour faire baisser le déficit sont une accélération de la croissance dans les deux zones où elle reste anémique, l'Europe et le Japon, et sans doute aussi une poursuite de la dépréciation du billet vert.

«Pour un impact notable, il faudra sans doute une baisse du dollar de 20 à 30 % par rapport à ses niveaux actuels», estime M. Harris.











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