Bush met Martin dans l'embarras
Le président américain souffle le chaud et le froid sur les relations internationales
Ottawa — Poursuivant son offensive de séduction à Halifax hier, le président américain George W. Bush a tout de même placé Paul Martin dans l'embarras pour une deuxième journée consécutive en évoquant son souhait de voir le Canada rejoindre les États-Unis dans le controversé projet de bouclier antimissile.
Ce court message a été lancé pendant un important discours sur la politique étrangère américaine, que l'entourage du président qualifiait de «déterminant» en ce début de deuxième mandat. Les médias américains et les leaders du monde entier avaient été invités à écouter le plaidoyer de George W. Bush, réélu le 2 novembre dernier.
Au milieu des fleurs qu'il a continué de lancer au Canada, M. Bush a soufflé le chaud et le froid sur le type de relations internationales qu'il veut mettre en avant au cours des quatre prochaines années. Il a tout d'abord longuement tendu la main aux nations qui voudraient créer des institutions multilatérales plus efficaces et capables de résultats concrets avant de défendre sans équivoque le droit d'aller combattre les ennemis «là où ils se trouvent». Le président a aussi soutenu que c'était le temps où jamais d'engager le Proche-Orient sur la voie de la paix.
Pour le premier ministre Paul Martin et son entourage, la grande surprise du discours aura toutefois été le passage sur le bouclier antimissile alors que ce dossier ne devait même pas être sur la table pendant la visite de deux jours du président Bush. Or, pour une deuxième journée de suite, George W. Bush a cru bon de souligner l'importance qu'il accorde à ce système de défense, faisant monter d'autant la pression sur le gouvernement libéral.
«Nos deux pays travaillent ensemble tous les jours pour garder nos populations en sécurité», a dit le président au milieu de son discours d'une trentaine de minutes. «C'est la responsabilité la plus importante que j'ai, et c'est la responsabilité la plus importante que le premier ministre a. De l'accord sur la frontière intelligente jusqu'au NORAD, nous travaillons ensemble.
J'espère que nous pourrons aussi aller de l'avant avec une coopération dans le système de défense antimissile pour protéger la prochaine génération de Canadiens et d'Américains contre les menaces qui, nous le savons, vont émerger.»
En conférence de presse, Paul Martin a été bombardé de questions, lui qui tente d'éviter cet épineux dossier et qui a repoussé la décision du gouvernement au printemps prochain. «Nous sommes un pays souverain et nous allons prendre nos propres décisions concernant notre espace aérien», a tranché le premier ministre avant d'ajouter que le bouclier antimissile n'est «pas la priorité» de son gouvernement.
À la Chambre des communes, Jack Layton a fait une sortie en règle contre le projet et l'ambivalence du gouvernement Martin. «Le président Bush veut avoir le drapeau canadien sur ses missiles pour pouvoir dire au monde que c'est un projet multilatéral, que c'est un projet avec l'imprimatur du Canada, un pays bien connu pour ses efforts de paix», a lancé le chef du NPD à sa sortie de la période de questions.
Jack Layton a affirmé que M. Bush et ses principaux lieutenants lui ont clairement signifié hier que la militarisation de l'espace fait partie de leurs plans. «J'ai demandé au président: "Allez-vous dire non à la possibilité d'avoir des missiles ou d'autres technologies dans l'espace dans le cadre de ce programme?" Il a dit: "Nous allons utiliser n'importe quel mécanisme ou équipement nécessaire." Condoleezza Rice m'a dit très clairement que c'est la prochaine étape en matière de recherche et développement, et Colin Powell m'a dit que cette technologie était différente du bouclier [des années 80] de Ronald Reagan parce que ces armes ne sont pas dirigées vers la Terre mais vers d'autres armes dans l'espace. Alors, il y avait assez de détails. C'est le premier ministre qui ne veut pas les entendre.»
Même si le passage sur le bouclier antimissile a retenu l'attention au pays, le discours du président américain se voulait plutôt destiné au reste de la planète alors qu'il doit se rendre en Europe au début de 2005. Comme prévu, George W. Bush a pris le temps de remercier les citoyens des provinces atlantiques pour avoir accueilli près de 24 000 personnes quand l'espace aérien américain a soudainement été bouclé le 11 septembre 2001.
Paul Martin avait fait la même chose quelques minutes auparavant dans un de ses plus beaux discours depuis qu'il est premier ministre. Comme la veille, M. Martin a lui aussi rappelé les liens d'amitié et les valeurs communes qui unissent les deux pays.
Malgré l'insistance de l'entourage présidentiel, la Maison-Blanche modifie peu de choses dans sa politique étrangère. Les grands journaux américains comme le Washington Post et le New York Times affirmaient dans leur édition électronique d'hier que la forme avait davantage changé que le fond.
Le discours est effectivement plus enrobé, plus doux aux oreilles des nations qui ont fermé la porte à une intervention en Irak. George W. Bush tend d'ailleurs la main aux pays qui veulent «réformer» les institutions multilatérales et oriente sa nouvelle politique étrangère selon trois axes majeurs: des organisations multinationales efficaces, une lutte sans compromis contre le terrorisme et un Proche-Orient en paix.
«Nous avons un travail important devant nous», a-t-il dit devant un parterre d'invités et d'équipes de chaînes télévisées qui retransmettaient en direct. «Un nouveau mandat constitue une occasion importante pour tendre la main à nos amis. J'espère qu'il y aura un consensus international sur ces trois grands buts. Notre premier grand engagement va à la défense de notre sécurité [...] tout en bâtissant des institutions multinationales efficaces et en supportant des actions multilatérales tout aussi efficaces.»
Le président a soutenu que «les États-Unis préfèrent toujours passer à l'action avec des alliés à leurs côtés». Mais l'avertissement n'a pas tardé, faisant rougir les plaies du débat sur l'Irak. «Le succès du multilatéralisme ne se mesure pas simplement par le suivi d'un processus mais par les actions qui mènent à des résultats, a-t-il prévenu. L'objectif de l'ONU et des autres institutions doit être la sécurité collective, pas de tenir un débat. [...] Quand nous promettons de sérieuses conséquences, les sérieuses conséquences doivent suivre.»
«Mon pays est déterminé à travailler le plus possible dans le cadre des organisations internationales et nous espérons que les autres nations travailleront avec nous pour faire de ces institutions des endroits plus efficaces pour faire face aux menaces de notre époque», a déclaré le président.
Utilisant une citation de l'ancien premier ministre canadien Mackenzie King, prononcée lors de la Deuxième Guerre mondiale, le président a renouvelé son engagement dans le concept de guerre préventive qui guide son administration. «Nous ne pouvons pas défendre notre pays et sauver nos maisons et nos familles en attendant que notre ennemi nous attaque», a lancé George W. Bush. Selon lui, il faut traquer l'ennemi partout, «jusqu'à la victoire».
Le président a terminé son discours par un long passage sur le Proche-Orient, faisant de cette région de la planète une priorité de son mandat. «Nous croyons que c'est un moment historique au Proche-Orient et qu'il faut saisir ce moment en se tenant tous debout pour la liberté», a-t-il dit avant d'affirmer que le seul moyen de rétablir la paix était d'avoir deux États, la Palestine et Israël, vivant côte à côte dans une démocratie.
Ce court message a été lancé pendant un important discours sur la politique étrangère américaine, que l'entourage du président qualifiait de «déterminant» en ce début de deuxième mandat. Les médias américains et les leaders du monde entier avaient été invités à écouter le plaidoyer de George W. Bush, réélu le 2 novembre dernier.
Au milieu des fleurs qu'il a continué de lancer au Canada, M. Bush a soufflé le chaud et le froid sur le type de relations internationales qu'il veut mettre en avant au cours des quatre prochaines années. Il a tout d'abord longuement tendu la main aux nations qui voudraient créer des institutions multilatérales plus efficaces et capables de résultats concrets avant de défendre sans équivoque le droit d'aller combattre les ennemis «là où ils se trouvent». Le président a aussi soutenu que c'était le temps où jamais d'engager le Proche-Orient sur la voie de la paix.
Pour le premier ministre Paul Martin et son entourage, la grande surprise du discours aura toutefois été le passage sur le bouclier antimissile alors que ce dossier ne devait même pas être sur la table pendant la visite de deux jours du président Bush. Or, pour une deuxième journée de suite, George W. Bush a cru bon de souligner l'importance qu'il accorde à ce système de défense, faisant monter d'autant la pression sur le gouvernement libéral.
«Nos deux pays travaillent ensemble tous les jours pour garder nos populations en sécurité», a dit le président au milieu de son discours d'une trentaine de minutes. «C'est la responsabilité la plus importante que j'ai, et c'est la responsabilité la plus importante que le premier ministre a. De l'accord sur la frontière intelligente jusqu'au NORAD, nous travaillons ensemble.
J'espère que nous pourrons aussi aller de l'avant avec une coopération dans le système de défense antimissile pour protéger la prochaine génération de Canadiens et d'Américains contre les menaces qui, nous le savons, vont émerger.»
En conférence de presse, Paul Martin a été bombardé de questions, lui qui tente d'éviter cet épineux dossier et qui a repoussé la décision du gouvernement au printemps prochain. «Nous sommes un pays souverain et nous allons prendre nos propres décisions concernant notre espace aérien», a tranché le premier ministre avant d'ajouter que le bouclier antimissile n'est «pas la priorité» de son gouvernement.
À la Chambre des communes, Jack Layton a fait une sortie en règle contre le projet et l'ambivalence du gouvernement Martin. «Le président Bush veut avoir le drapeau canadien sur ses missiles pour pouvoir dire au monde que c'est un projet multilatéral, que c'est un projet avec l'imprimatur du Canada, un pays bien connu pour ses efforts de paix», a lancé le chef du NPD à sa sortie de la période de questions.
Jack Layton a affirmé que M. Bush et ses principaux lieutenants lui ont clairement signifié hier que la militarisation de l'espace fait partie de leurs plans. «J'ai demandé au président: "Allez-vous dire non à la possibilité d'avoir des missiles ou d'autres technologies dans l'espace dans le cadre de ce programme?" Il a dit: "Nous allons utiliser n'importe quel mécanisme ou équipement nécessaire." Condoleezza Rice m'a dit très clairement que c'est la prochaine étape en matière de recherche et développement, et Colin Powell m'a dit que cette technologie était différente du bouclier [des années 80] de Ronald Reagan parce que ces armes ne sont pas dirigées vers la Terre mais vers d'autres armes dans l'espace. Alors, il y avait assez de détails. C'est le premier ministre qui ne veut pas les entendre.»
Même si le passage sur le bouclier antimissile a retenu l'attention au pays, le discours du président américain se voulait plutôt destiné au reste de la planète alors qu'il doit se rendre en Europe au début de 2005. Comme prévu, George W. Bush a pris le temps de remercier les citoyens des provinces atlantiques pour avoir accueilli près de 24 000 personnes quand l'espace aérien américain a soudainement été bouclé le 11 septembre 2001.
Paul Martin avait fait la même chose quelques minutes auparavant dans un de ses plus beaux discours depuis qu'il est premier ministre. Comme la veille, M. Martin a lui aussi rappelé les liens d'amitié et les valeurs communes qui unissent les deux pays.
Malgré l'insistance de l'entourage présidentiel, la Maison-Blanche modifie peu de choses dans sa politique étrangère. Les grands journaux américains comme le Washington Post et le New York Times affirmaient dans leur édition électronique d'hier que la forme avait davantage changé que le fond.
Le discours est effectivement plus enrobé, plus doux aux oreilles des nations qui ont fermé la porte à une intervention en Irak. George W. Bush tend d'ailleurs la main aux pays qui veulent «réformer» les institutions multilatérales et oriente sa nouvelle politique étrangère selon trois axes majeurs: des organisations multinationales efficaces, une lutte sans compromis contre le terrorisme et un Proche-Orient en paix.
«Nous avons un travail important devant nous», a-t-il dit devant un parterre d'invités et d'équipes de chaînes télévisées qui retransmettaient en direct. «Un nouveau mandat constitue une occasion importante pour tendre la main à nos amis. J'espère qu'il y aura un consensus international sur ces trois grands buts. Notre premier grand engagement va à la défense de notre sécurité [...] tout en bâtissant des institutions multinationales efficaces et en supportant des actions multilatérales tout aussi efficaces.»
Le président a soutenu que «les États-Unis préfèrent toujours passer à l'action avec des alliés à leurs côtés». Mais l'avertissement n'a pas tardé, faisant rougir les plaies du débat sur l'Irak. «Le succès du multilatéralisme ne se mesure pas simplement par le suivi d'un processus mais par les actions qui mènent à des résultats, a-t-il prévenu. L'objectif de l'ONU et des autres institutions doit être la sécurité collective, pas de tenir un débat. [...] Quand nous promettons de sérieuses conséquences, les sérieuses conséquences doivent suivre.»
«Mon pays est déterminé à travailler le plus possible dans le cadre des organisations internationales et nous espérons que les autres nations travailleront avec nous pour faire de ces institutions des endroits plus efficaces pour faire face aux menaces de notre époque», a déclaré le président.
Utilisant une citation de l'ancien premier ministre canadien Mackenzie King, prononcée lors de la Deuxième Guerre mondiale, le président a renouvelé son engagement dans le concept de guerre préventive qui guide son administration. «Nous ne pouvons pas défendre notre pays et sauver nos maisons et nos familles en attendant que notre ennemi nous attaque», a lancé George W. Bush. Selon lui, il faut traquer l'ennemi partout, «jusqu'à la victoire».
Le président a terminé son discours par un long passage sur le Proche-Orient, faisant de cette région de la planète une priorité de son mandat. «Nous croyons que c'est un moment historique au Proche-Orient et qu'il faut saisir ce moment en se tenant tous debout pour la liberté», a-t-il dit avant d'affirmer que le seul moyen de rétablir la paix était d'avoir deux États, la Palestine et Israël, vivant côte à côte dans une démocratie.
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