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L'heure du rapprochement

Alec Castonguay   1 décembre 2004  États-Unis
Le premier ministre Paul Martin et le président américain George W. Bush, hier, à Ottawa. La rencontre a donné lieu à un changement de ton dans les relations canado-américaines.
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Paul Martin et le président américain George W. Bush, hier, à Ottawa. La rencontre a donné lieu à un changement de ton dans les relations canado-américaines.
Ottawa — Avec en toile de fond une volonté évidente de donner un nouveau départ aux relations entre le Canada et les États-Unis, la visite officielle du président américain George W. Bush, effectuée à Ottawa hier, n'aura pas permis d'annoncer de grandes nouvelles, mais plutôt d'imprimer un changement de ton entre les deux pays.

L'arrêt de George W. Bush dans la capitale canadienne se voulait à la fois un acte de réconciliation conclu avec son voisin et un signal envoyé au reste de la planète, principalement aux nations qui lui ont tourné le dos en Irak, pour dire que les temps ont changé.

C'est donc un président décontracté et blagueur qui a pris place à côté de Paul Martin lors de la conférence de presse. Malgré l'opposition du Canada à la guerre en Irak, les divergences au sujet du protocole de Kyoto et les nombreux conflits commerciaux qui empoisonnent leurs relations, notamment dans le bois d'oeuvre et les exportations de boeuf, le président américain a préféré souligner à gros traits les valeurs communes qui unissent les deux pays et l'importance du Canada sur la scène internationale.

«Tous les pays libres sont reconnaissants envers le Canada pour son leadership en matière de sécurité, a déclaré George W. Bush. Un leadership qui a permis pour la première fois à l'Afghanistan de tenir des élections libres. Nous vous en remercions. Votre vision est claire à cet égard et je ne saurais vous remercier suffisamment.»

George W. Bush a exprimé sa gratitude à Paul Martin sur tous les tons possibles. «Je suis fier d'être à côté de ce premier ministre, a-t-il dit. C'est un dirigeant fort qui a permis la construction d'un monde meilleur. Merci pour votre leadership et votre amitié. Les États-Unis ont de la chance d'avoir un voisin avec lequel ils partagent autant de liens et de valeurs. Nous nous félicitons de renforcer cette amitié à l'avenir.»

Question de bien faire sentir son amitié pour le Canada, George W. Bush a rappelé l'histoire qui unit les deux pays. «Nous partageons cet engagement envers la liberté, a-t-il dit. Le Canada et les États-Unis ont lutté côte à côte pendant deux guerres mondiales, la guerre de Corée, la guerre du Golfe et durant la guerre froide. Aujourd'hui, nous sommes côte à côte contre les forces du terrorisme.»

Passant sous silence le refus du Canada de se joindre à la coalition en Irak, le président a plutôt parlé du rôle plus modeste mais utile joué par le pays. «Nos deux nations ont un intérêt vital à sécuriser l'Irak et à construire une société libre et démocratique, a-t-il affirmé. Je tiens à remercier le gouvernement du Canada d'avoir débloqué 200 millions $US en aide humanitaire et d'apporter une contribution de 450 millions $US à l'effacement de la dette irakienne.»

Le rôle futur que les États-Unis ont demandé au Canada de jouer en Irak n'est toutefois pas clair, même pour les responsables canadiens. Dans les rencontres de travail, il a été question des élections qui doivent avoir lieu en janvier, mais les pourparlers sur le rôle canadien doivent continuer, dit-on.

Le nouveau ton plus empathique ne signifie pas que les États-Unis ont fait une erreur dans l'orientation de leur politique étrangère, a prévenu le président. À une question sur ses réactions à toutes les manifestations organisées contre lui et aux nombreux sondages désapprobateurs, George W. Bush n'a pas hésité.

«On vient d'avoir un grand sondage aux États-Unis qui se nomme élection et on m'a redonné un mandat de quatre ans sur la politique étrangère que je pratique, a-t-il tranché. Bien sûr, j'ai pris des décisions qui n'ont pas été appréciées par certains au Canada. On peut en débattre, mais je fais ce que j'estime être juste et je vais continuer à le faire. Ça peut déplaire, mais la démocratie permet de s'exprimer et c'est bien.»

Paul Martin a aussitôt attrapé la balle au bond. «On partage les mêmes valeurs [avec les Américains], a-t-il dit. Oui, on a des désaccords dans divers domaines de politique étrangère. On le sait fort bien. On a aussi des désaccords sur le commerce intérieur, comme pour le bois d'oeuvre et la vache folle. On en a discuté. Ces désaccords sont naturels entre deux pays. Mais quand on regarde les valeurs et l'optimisme qu'on partage, je pense que c'est ça qui est fondamental.»

D'ailleurs, si des progrès ont été annoncés comme prévu dans le dossier des exportations de boeuf (voir page A 3), la situation est complètement différente dans le domaine du bois d'oeuvre. Rien n'a débloqué hier, alors que les deux dirigeants ont plutôt décidé de lancer une réforme de la méthode de règlement des conflits qui est en vigueur à l'ALENA.

Avec leur partenaire mexicain, le Canada et les États-Unis vont mandater des conseillers pour étudier l'organe de règlement des différends de l'ALENA. Selon des sources près du premier ministre, en privé, Paul Martin a demandé au président de lui dire pourquoi son pays ne se conforme jamais aux jugements successifs prononcés en faveur du Canada. George W. Bush a répondu qu'il n'avait pas confiance au mécanisme de règlement. Il a donc été convenu de le revoir, sans rouvrir complètement l'ALENA. Un processus qui peut prendre plusieurs années.

Les stratèges canadiens avaient bien pris soin de préciser que le controversé dossier du bouclier antimissile ne serait pas abordé parce que les États-Unis «n'exercent aucune pression» sur le Canada. Or, en conférence de presse, le président a surpris tout le monde en affirmant que le dossier avait fait l'objet de discussions. «Nous chercherons à renforcer le partenariat de sécurité qui nous unit et qui, pendant plusieurs décennies, a permis que ce continent soit en paix, a soutenu George W. Bush. Nous avons parlé de l'avenir de NORAD et de la façon dont cette organisation peut répondre aux nouvelles menaces et protéger notre continent contre les attaques de missiles balistiques.»

Dans l'entourage du premier ministre, on insistait pour dire que c'est George W. Bush qui a soulevé la question. «Ce fut bref, il a simplement expliqué qu'il croyait au bouclier comme système de défense et qu'il comprenait le débat qui avait lieu au Canada, a expliqué un conseiller de Paul Martin. Il n'a pas demandé de réponse de notre part.»

En soirée, le président a été reçu en grande pompe au Musée des civilisations de Gatineau, avec 700 invités triés sur le volet. Les premiers ministres provinciaux étaient au rendez-vous, ainsi que plusieurs anciens premiers ministres canadiens, dont Jean Chrétien. Paul Martin a porté un toast en l'honneur «de la grande amitié» qui unit les deux pays, alors que George W. Bush a blagué pour dire qu'il était «très heureux» de voir sur le menu qu'il allait manger du boeuf de l'Alberta.

Aujourd'hui, le président s'envole vers Halifax en compagnie de Paul Martin, question de souligner la générosité des habitants des Maritimes pour l'aide apportée le 11 septembre 2001, lorsque des dizaines d'avions avaient dû se poser en urgence. L'entourage présidentiel promet un discours substantiel, soit d'une quarantaine de minutes.
Le premier ministre Paul Martin et le président américain George W. Bush, hier, à Ottawa. La rencontre a donné lieu à un changement de ton dans les relations canado-américaines. Des policiers plaquent au sol un manifestant au cours d’affrontements qui se sont produits hier après-midi à Ottawa à l’occasion de la visite du président américain George W. Bush. Au moins trois personnes ont été arrêtées, selon la police.
 






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