samedi 19 mai 2012 Dernière mise à jour 16h33
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La présidentielle de 2004 - Un résultat serré qui en annonce d'autres?

Richard Nadeau - Professeur de science politique et directeur de recherche (opinion publique et processus démocratiques) à la Chaire d'études politiques et économiques américaines de l'Université de Montréal  8 novembre 2004  États-Unis
Les Américains viennent de vivre deux élections serrées de suite. Certes, l'écart entre les candidats a été un peu plus grand cette fois-ci. Mais il n'en demeure pas moins qu'un glissement d'un peu plus de 100 000 voix dans un état, l'Ohio, aurait pu mener John Kerry à la Maison-Blanche.

Comment expliquer cette situation inédite dans l'histoire récente des États-Unis? Comment expliquer que les deux dernières élections aient été aussi contestées et que l'écart entre les candidats des deux grands partis ait si peu changé en quatre ans?

À notre avis, si la réélection de George Bush n'est pas vraiment surprenante, compte tenu du passé électoral américain, les scores serrés des élections présidentielles de 2000 et 2004 annoncent peut-être une situation nouvelle: celle d'une Amérique divisée en deux blocs électoraux de plus en plus stables et de force à peu près égales. Il faudra donc peut-être s'habituer au suspense des élections présidentielles.



La victoire de Bush est-elle vraiment surprenante?

Les Américains ont privilégié dans le passé la stabilité des administrations présidentielles. Après avoir confié la direction de leur pays pendant 20 ans aux démocrates (de 1932 à 1952), ils ont ensuite maintenu le même parti en place à la Maison-Blanche pour au moins huit ans (administrations républicaines: 1952-1960, 1968-1976, 1980-1992, 2000-2008; administrations démocrates: 1960-1968, 1992-2000), à la seule exception du démocrate Jimmy Carter, battu en 1980 par Ronald Reagan après un seul mandat. Dans ce contexte, c'est plutôt la défaite de George Bush que sa réélection qui aurait constitué une surprise.

Est-ce qu'une meilleure campagne de Kerry aurait pu changer les choses? La chose ne paraît pas évidente. Certes, la campagne du candidat démocrate a pris du temps à prendre son envol. Mais à peu près tous s'entendent pour reconnaître qu'il a gagné les trois débats et dominé la course dans la dernière ligne droite.

D'autres affirment que John Kerry aurait dû faire davantage porter l'élection sur les enjeux intérieurs. On évoque à cet égard la stratégie victorieuse de Bill Clinton en 1992, qui avait fait de l'économie son cheval de bataille et avait réussi à orienter l'élection sur les enjeux nationaux. On peut être sceptique. Le contexte dans lequel Kerry a mené sa campagne n'était pas celui de 1992: les républicains étaient au pouvoir depuis seulement quatre ans (et non douze) et il était beaucoup plus difficile de ramener l'attention sur les questions internes dans un pays en guerre qui ressent encore le traumatisme du 11 septembre.

Sévère défaite pour les démocrates?

Certains commentateurs ont parlé d'une très dure défaite pour les démocrates et ont vu dans le blanchissage républicain dans le Sud américain une évolution à long terme qui allait leur fermer pour longtemps les portes de la Maison-Blanche.

Ces interprétations sont exagérées. Les démocrates ont obtenu plus de voix que les républicains au cours de trois des quatre dernières élections (1992, 1996 et 2000) et l'écart de trois point de pourcentage observé en 2004 (51 à 48 %) ne rappelle en rien les dures défaites de ce parti durant les années 1980.

Il est vrai que les républicains dominent maintenant entièrement le Sud et une bonne partie de l'Ouest. Mais les démocrates ont aussi leurs bastions en Nouvelle-Angleterre et sur la Côte Ouest. Cette géographie du vote confère aux Républicains un certain avantage de départ, mais celui-ci est loin d'être insurmontable. Elle met en relief l'importance électorale d'un petit nombre d'états (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie, Minnesota, Iowa et Ohio), modérés au plan idéologique et vivant avec difficulté leur transition vers la nouvelle économie.

Les démocrates ont l'avantage mais ne dominent pas entièrement cette région, ayant remporté dans cinq de ces états en 2000 et dans quatre d'entre eux en 2004. Mais l'Ohio leur a échappé de justesse dans les deux cas, et cela leur a coûté la victoire. Il n'est pas interdit de croire que l'Ohio sera encore à surveiller dans quatre ans.



Une poussée conservatrice?

Certains ont vu dans le résultat de l'élection une poussée conservatrice chez nos voisins du sud. L'argument ne résiste pas à l'analyse. Les Américains ne sont pas plus conservateurs maintenant qu'il y a quatre ou huit ans. Ils le sont même moins à bien des égards qu'il y a quelques décennies.

Le changement se situe ailleurs et découle de la polarisation idéologique accrue des choix électoraux. L'idéologie et les valeurs religieuses sont plus étroitement liées qu'auparavant aux choix électoraux. L'élection de 2004 a confirmé en ce sens une tendance déjà bien ancrée.

Le champ de bataille des prochaines campagnes sera limité sur le plan géographique et idéologique. Géographiquement, il se situera encore dans une dizaine d'états clés parmi ceux qui ont mobilisé l'attention cette année. Idéologiquement, la bataille sera menée chez ceux — qui risquent d'être moins nombreux qu'avant — dont le choix ne sera pas dicté par leurs valeurs ou leurs orientations idéologiques. En 2004, les enjeux liés au terrorisme et à la sécurité sont venus brouiller les cartes sur le terrain idéologique étroit des électeurs modérés. Dans un contexte autre, il n'est pas clair que cette portion de l'électorat aurait nécessairement jeté son dévolu de nouveau sur George Bush.

On peut donc prédire des batailles rangées qui devraient encore produire des résultats serrés et à l'issue incertaine. Il faudra sans doute prendre l'habitude de veiller tard le soir des élections présidentielles si l'on veut connaître le gagnant avant d'aller au lit.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012