jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

«Bush réélu? Moi, je me réfugie au Canada!»

Antoine Robitaille   5 novembre 2004  États-Unis
Déménager au Canada: depuis la réélection de George W. Bush, la blague est de plus en plus courante dans les cercles des Américains politisés et de gauche. Mais pour certains Américains, c'est de plus en plus sérieux.

«Si ça tourne mal ici, il y a toujours le Canada.» Ce n'est pas d'aujourd'hui que cette blague circule aux États-Unis. Mais avec la réélection de George W. Bush et la colère noire qu'elle suscite dans certains milieux, elle prend une actualité inédite.

À preuve, dès mercredi, deux sites de publications américaines marquées à gauche, Slate et Harper's, s'en inspiraient et proposaient de «petits manuels pour émigrer».

Dans les années 70, on avait eu les draft dodgers, ces jeunes Américains qui fuyaient la conscription et passaient au pays de Trudeau. Aujourd'hui, Slate soutient qu'une vague de Bush dodgers se prépare. Et ce fameux webzine (magazine sur Internet) de Microsoft prétend vouloir «aider ces nouveaux réfugiés politiques». Texte badin, certes, mais qui fournit quand même des informations bien réelles, avec hyperliens à la clé conduisant au véritable Bureau canadien des visas et aux véritables consulats du Canada aux États-Unis: «L'étude de la demande prendra environ 25 mois», précise Slate, «et, à leur arrivée au Canada, les Bush dodgers devront produire un passeport valide, deux copies d'une liste de tous leurs effets personnels... »

Sur le site de Harper's, l'article sur le même sujet (signé par le journaliste Bryant Urstadt) se veut carrément délirant, suggérant plusieurs lieux d'asile: non seulement le Canada mais le Mexique, la France ainsi que... la principauté de Sealand (une ancienne plateforme militaire au large de l'Angleterre qui s'est autoproclamée territoire souverain en 1967). Joint à New York, Urstadt dit ceci: «Oui, j'ai écrit ça pour rire, mais le sentiment sous-jacent a quelque chose d'authentique. Écoutez, il nous reste à peu près trois ans et 364 jours à vivre sous Bush et les républicains!»

Le président et éditeur de Harper's, John R.

MacArthur, renchérit: «J'ai rencontré hier deux amis dans la soixantaine, et ils m'ont dit sérieusement qu'ils songeaient à s'exiler.» Bien que l'esprit de Jefferson soit «mort et enterré» aux États-Unis (voir le texte de M. MacArthur dans Le Devoir du 29 octobre), l'éditeur de Harper's précise, sourire en coin, que l'exil n'est pas la solution pour lui: «Je préfère rester ici et me battre pour faire renaître cet esprit!»

Plusieurs personnalités américaines, avant l'élection de 2000, avaient menacé de quitter les États-Unis si Bush était élu. Parmi eux, il y avait Pierre Salinger, journaliste et ancien attaché de presse de Kennedy, décédé en octobre, qui avait «effectivement déménagé en France», rappelle Bryant Urstadt, «contrairement aux comédiens Robert Redford et Alec Baldwin, entre autres, qui n'ont pas mis leur menace à exécution à l'entrée de W à la Maison-Blanche».

Mais ce n'est pas qu'une affaire de stars. Pour le constater, Urstadt suggère de faire l'expérience suivante: «Tapez dans Google les mots clés "if Bush wins" ou "if Bush gets reelected" et "leave the country", vous allez voir que les réponses sont innombrables.» Vérification faite, Urstadt a raison. On trouve aussi, sur les sites en question, des répliques cinglantes comme celle-ci: «Si les gens qui formulent constamment ces menaces passaient vraiment à l'acte, ils rendraient un grand service aux États-Unis. Exportons nos gauchistes dans des pays qui sont déjà tellement à gauche qu'ils connaissent un déclin rapide, ce qui permettra à l'esprit conservateur d'être plus fort et plus concentré que jamais auparavant chez nous!»

Réalité

Les velléités de quitter le «Bushland» ont des effets bien tangibles: à Chicago, dans l'Illinois profondément démocrate, le réseau CBS a présenté mercredi un reportage sur ces «démocrates déprimés qui marchent vers la frontière». Titre excessif, bien sûr. CBS, sur son site, tirait de ce thème une question de sondage éclair: «Après la réélection de George W. Bush, songez-vous à déménager dans un autre pays?» (Ce sondage étant totalement non scientifique — votre humble serviteur a même réussi à voter! —, il ne sert à rien de citer les pourcentages recueillis par chacun des trois choix de réponse proposés, lesquels ne sont toutefois pas inintéressants: «1- Oui, je veux déménager, je n'en peux plus; 2- non, je reste ici et je vais m'engager dans la bataille pour faire élire Hillary [Clinton]; 3- non, je reste ici, je veux profiter de mes baisses d'impôt.»)

Aussi, dans son reportage, CBS affirme que le consulat du Canada à Chicago a reçu plusieurs coups de téléphone à ce propos depuis mercredi. Une information qu'une employée du consulat en question confirme: «C'est vrai: des gens ont effectivement appelé ici en disant, et je cite, qu'ils voulaient "déménager au Canada en raison du résultat des élections".»

Autre signe intéressant: sur le site Internet d'Immigration Canada (IC), on observe depuis mercredi un achalandage beaucoup plus élevé qu'à l'habitude. «Normalement, ça tourne autour de 20 000 visites par jour. Mais hier, on a atteint les 179 000 visites, ce qui a fracassé le record, qui était de 90 000 visites», dit Maria Iadinardi, porte-parole d'Immigration Canada. Elle ajoute qu'un pourcentage anormalement élevé de visites (64 %) provient des États-Unis. À l'époque des draft dodgers, le Canada avait accueilli jusqu'à

25 000 citoyens des États-Unis, en 1974. Après la fin de la guerre du Viêt-nam, ce nombre avait vite décliné. En 1978, seulement 9441 Américains avaient obtenu le statut d'immigrant reçu au Canada. De plus, avec les années, les conditions nécessaires à l'obtention de ce statut se sont resserrées, si bien qu'en 2003, seuls 5541 Américains sont devenus des Canadiens. En 2004, ce chiffre est légèrement plus élevés, soit 5535, «et l'année n'est pas encore terminée». Ce nombre augmentera-t-il en 2005? «Rappelez-moi dans six mois», répond Mme Iadinardi.

Qui s'exile?

Qui sont ces Américains qui songent à quitter leur pays? Ils tendent à être de gauche et politiquement informés, bouleversés par «le Patriot Act, le mépris de l'environnement et la guerre en Irak», écrit la journaliste Lisa Turner dans un journal Internet californien. Lundi, le Daily Telegraph de Londres citait un dénommé Steve Crawford, résidant de Santa Monica, en Californie: «Je n'aime pas du tout le climat de Vancouver, mais je trouve qu'il est quand même meilleur pour la santé mentale que celui où j'habite.» John R.

MacArthur souligne que «la plupart ne quitteront pas, bien sûr. Toutefois, s'il y avait une autre conscription, plusieurs mettraient sans doute leur projet à exécution». Scénario improbable, avoue le journaliste tout en ajoutant: «L'équipe Bush est capable de tout.»

La filière homosexuelle

Une autre catégorie d'Américains est toutefois plus susceptible de se transformer bientôt en Bush dodgers: les homosexuels. «Ça va aller de mal en pis pour nous», dit Alexander Sylvain Bauhart, un Québécois originaire de Longueuil qui vit avec son amoureux américain à Bristol, dans le Rhode Island. «Mon mari et moi étions certains que Kerry l'emporterait.» Il affirme que la victoire de Bush et les 11 référendums de mardi qui ont opposé une fin de non-recevoir au mariage gai «n'annoncent rien de bon pour les homosexuels aux États-Unis, dont plusieurs songent à quitter pour le Canada», soutient-il. M. Bauhart, diplômé en musique de la prestigieuse université Yale et «ministre de la musique» dans une église anglicane, vit depuis 13 ans aux États-Unis mais ne peut obtenir la citoyenneté parce qu'il est atteint de l'hépatite. Aussi, après le 11 septembre 2001, il dit avoir eu plus d'ennuis que jamais à obtenir sa carte verte: «La dernière fois que je l'ai obtenue, on a fait une grande fête. Mais tout va être à refaire tous les six ans.» Pour éviter ce calvaire, il dit qu'il déménagera au Québec à l'expiration de sa carte verte, dans deux ans: «Mon mari va devenir Canadien, ça ne le dérange pas. Il en a soupé, des États-Unis de Bush. Bon, à vrai dire, ce n'est pas mon mari car on va se marier en juin à Montréal.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Nicole ERNEST
    Inscrite
    vendredi 5 novembre 2004 07h13
    Lutter
    « Si les démocrates émigrent au Canada il ne restera plus que les gens qui soutiennent Bush aux USA et alors quelle catastrophe ! Au contraire, j'espère que toutes ces personnes vont rester aux USA et devenir militants. Le monde a besoin que tout ces démocrates luttent pour éviter que leur pays deviennent un etat totalitaire, s'il ne l'est pas déjà. Les "valeurs" simplistes du camps Bush ressemblent de plus en plus à celles qui progressaient en Allemagne dans les année 1933 et suivantes.
    L'"ordre moral" et la lutte contre l'avortement sont des valeurs pour ceux que la mort de milliers d'enfants irakiens lors de la première et de la deuxième guerre du Golf n'empêchent pas de dormir. Mais les petits irakiens sont-ils des êtres humains ? »

  • Bianca Battistini
    Inscrite
    vendredi 5 novembre 2004 13h57
    Ben voyons donc!
    « Lorsque je lis cet article, celà me fait sourire... Dans la même dynamique que l'élection, tous ceux et celles, et ils sont presque 179,000 à avoir consulté le site web de Immigration Canada au lendemain de l'élection aux États-Unis, vont faire marche arrière. N'est-ce pas ce qui s'est réellement passé le 2 novembre? Ils ont fait marche arrière, ils sont un peu peureux je dirais, ils aiment bien leur ancienne "toute puissance", ainsi soit-il.
    Contrairement à l'exode pour échapper au devoir de la guerre au Vietnam, cette-fois, ils ne seront pas obligés de partir, pour éviter la guerre, mais au contraire ils seront isolés du reste du monde. Je le sais, car lorsque je voyage, par affaires, je les entends souvent dire qu'ils sont canadiens car ils veulent éviter les représailles.
    Mais c'est dommage, car ils pourraient représenter une solution à notre problème de main-d'oeuvre, en raison du vieillissement de la population... Mais je les connais, ils ne le feront pas... »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009