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ENCORE QUATRE ANS AVEC BUSH

Guy Taillefer   4 novembre 2004  États-Unis
Le vice-président américain Dick Cheney félicite le président George W. Bush après le discours de la victoire, hier à Washington. Laura Bush se tenait au côté de son mari. — Chris Kleponis EPA Photos
Le vice-président américain Dick Cheney félicite le président George W. Bush après le discours de la victoire, hier à Washington. Laura Bush se tenait au côté de son mari. — Chris Kleponis EPA Photos
Four more years avec George W. Bush. Après une courte nuit de réflexion, le candidat démocrate John Kerry a concédé hier matin la victoire au président sortant, se rendant à l’évidence qu’il était battu dans l’État décisif de l’Ohio et que tous les avocats du monde n’y changeraient rien. La gênante catastrophe de la présidentielle de 2000 ne s’est pas répétée.

Pour le président Bush, la victoire est grande à plus d’un titre, face à son père et face au monde, malgré les résultats serrés du scrutin.
Peu après 11h hier matin, le sénateur du Massachusetts a téléphoné à M. Bush à la Maison-Blanche pour reconnaître sa défaite en Ohio et le féliciter de sa réélection à la présidence. La conversation n’a duré que quelques minutes. Deux heures plus tard à Boston, prenant la parole devant des militants pour officialiser la défaite démocrate, M. Kerry a déclaré: «Je n’abandonnerais pas ce combat s’il y avait une chance que nous l’emportions. Mais il est maintenant clair que, même quand tous les votes provisoires seront comptés, nous n’aurons pas assez de suffrages pour remporter l’Ohio.» Non sans émotion, le sénateur du Massachusetts a indiqué avoir souligné au président «l’indispensable besoin d’unité» des Américains. «Nous avons eu une bonne conversation, et nous avons parlé du risque de division dans notre pays. [...]
Aujourd’hui, j’espère que nous pourrons commencer à panser les blessures.»
En fin d’après-midi à Washington, dans un discours fait sur le ton d’un sermon, M. Bush lui a fait écho, lançant un appel à l’unité, tout en se félicitant de sa «victoire historique». «Je vais avoir besoin de votre soutien et je vais agir pour l’obtenir. Je vais faire tout ce que je peux pour mériter votre confiance», a-t-il dit en s’adressant à tous les Américains.
M. Bush a mené pendant presque toute la soirée électorale de mardi, quoique faiblement, au chapitre du vote populaire et du total des grands électeurs. Sa victoire en Floride, État de tous les dangers, a été confirmée en toute fin de soirée, creusant l’impression qu’il avait de bonnes chances de reconquérir la présidence. D’une extrême prudence, les grands médias américains se sont toutefois interdits d’en tirer des conclusions, traumatisés par leurs erreurs de prédiction commises il y a quatre ans. Vers minuit, il est devenu évident que la présidentielle se jouerait en Ohio, où M. Bush menait par quelques points de pourcentage. Traînant par environ 130 000 voix, M. Kerry a décidé de résister, s’accrochant à l’espoir que plus de 200 000 bulletins «provisoires» et par correspondance, non encore comptabilisés, puissent ultimement renverser la tendance. Il a décidé hier matin que cette bataille était vaine.
L’Amérique votante a réélu M. Bush de justesse, encore que de façon infiniment moins polémique qu’en 2000, alors qu’il avait remporté la présidence au total des grands électeurs, après une saga judiciaire de 36 jours arbitrée au bout du compte par la Cour suprême, mais perdu le vote populaire aux mains du démocrate Al Gore. Cette fois-ci, le président sortant a remporté le vote populaire par 51 % contre 48 %. Belle revanche sur 2000. Ce qui a donné à M. Bush une marge de victoire d’environ 3,5 millions de voix. Il est le premier candidat présidentiel depuis son père, en 1988, a obtenir plus de 50 % du vote populaire.
Avec l’Ohio dans son sac, M. Bush récolte les voix de 274 grands électeurs, quatre de plus qu’il n’en faut pour décrocher la présidence. Les résultats dans deux petits États, ceux de l’Iowa et du Nouveau-Mexique, n’avaient pas encore été confirmés hier, mais ils n’ont plus dans les circonstances qu’une importance périphérique. Donnée additionnelle: la présence de l’indépendant Ralph Nader, qui avait tant empoisonné la vie de M. Gore avec son score de 3 % des voix, a été sans impact mardi. M. Nader n’a récolté que 0,38 % des suffrages.

Légitimité?
Les chiffres ne sont pas définitifs, mais le taux de participation aurait été à la hauteur des attentes. Plus de 120 millions d’Américains se seraient rendus aux urnes, selon les estimations de Curtis Gans, directeur du Comité pour l’étude de l’électorat américain, un organisme indépendant. Ce total représenterait environ 60 % des 156 millions d’électeurs inscrits. En 2000, environ 105,4 millions d’Américains, soit un peu plus de 54 % des électeurs inscrits, avaient voté.
S’étant imposé contre Kerry comme commandant en chef capable de gagner la «guerre contre le terrorisme», M. Bush voudra se servir de cette victoire pour asseoir une légitimité fort contestée pendant son premier mandat. D’autant plus que les opérations de vote, la patience des électeurs aidant, se sont apparemment déroulées sans que soient survenus des problèmes à la mesure du fiasco de 2000. Les prochains jours diront si le système électoral américain, que plusieurs disent en besoin grave de réforme, a permis de bien gérer l’exercice démocratique. Mais à vue de nez, la guerre des avocats mobilisés en masse par chacun des partis pour faire face aux irrégularités n’aura pas lieu.
Les victoires de M. Bush, qui est âgé de 58 ans, sont multiples. En obtenant un nouveau mandat, il a réussi là où son père avait échoué devant Bill Clinton en 1992, ce qui, disent certains, n’était pas loin d’être une obsession chez le président. Cerise sur le gâteau, les républicains ont aussi gardé et même renforcé les majorités dont ils disposaient déjà dans les deux Chambres du Congrès (les Américains élisaient aussi un tiers du Sénat et une nouvelle Chambre des représentants).

Les démocrates sonnés, la France aussi
Cette présidentielle présente l’image d’une Amérique plus républicaine que jamais: l’élection aura consacré un enracinement des républicains et une remarquable continuité d’opinion dans la mesure où, malgré le débat de conscience soulevé par les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre en Irak, la quasi-totalité des États n’ont pas changé de couleur politique.
Reste que les Américains sortent de cette élection aussi polarisés qu’ils l’étaient il y a quatre ans. En éditorial hier, The New York Times, qui s’était prononcé pour l’élection de John Kerry, appelait les Américains à reconnaître M. Bush comme «le président dûment élu» tout en invitant celui-ci à «injecter dans son assurance, aussi grande que justifiée, une bonne dose d’humilité».
La campagne électorale a coupé les États-Unis en deux entre une moitié conservatrice et religieuse et une autre plus libérale et laïque, hostile à la guerre en Irak. Hier, la moitié des États-Unis et le reste d’une humanité largement anti-Bush digéraient laborieusement l’idée que la Maison-Blanche demeure républicaine et bushienne. Sonnés, les démocrates vont maintenant devoir remonter la pente et vraisemblablement se chercher un nouveau dirigeant, certains murmurant déjà le nom d’Hillary Clinton.
La France, qui s’est catégoriquement opposée à la guerre d’Irak telle que conçue par l’administration républicaine sans l’aval des Nations unies, a accueilli hier la réélection de M. Bush avec un mélange de résignation et de «gueule de bois», pour employer les mots d’Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères sous le premier ministre Lionel Jospin. La déception est vive à gauche, certains criant à la «catastrophe», tandis que d’autres estiment que la défaite de Kerry rend plus que jamais urgente la construction d’une Europe «forte» pour faire contrepoids.
À l’Élysée, c’est avec une résignation polie et la volonté affichée de remettre les compteurs à zéro avec Washington qu’on a réagi aux résultats du scrutin. Dans une lettre adressée à son homologue et commençant par «cher George», le président Jacques Chirac a dit espérer que ce second mandat «sera l’occasion de renforcer l’amitié franco-américaine».
Après un mois de campagne acharnée, M. Bush va maintenant retrouver ses problèmes: tenter de sortir les États-Unis du bourbier irakien, réconcilier son pays avec la communauté internationale et juguler le déficit budgétaire abyssal.
Wall Street a trinqué hier à la victoire du président George W. Bush. Et Oussama ben Laden, disent bon nombre d’analystes, a lui aussi gagné ses élections.

Avec l’Agence France-Presse et Associated Press






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