Nuit blanche à l'américaine
Photo : Agence Reuters
Les partisans de George Bush avaient commencé à célébrer tard hier soir au QG républicain à Washington, au terme d’une soirée électorale qui a encore donné lieu à un suspense qui s’est poursuivi dans la nuit.
Une élection sur le fil du rasoir qui tenait en haleine la planète entière. Les Américains, aussi divisés que mobilisés, ont vécu une longue nuit électorale tant était serrée la bataille entre le président sortant Georges W. Bush et le sénateur démocrate John Kerry. Une chose est certaine: cette Amérique écartelée s'est unie dans sa détermination à exercer son droit de vote.
Très prudents, les grands médias, échaudés par la confusion survenue pendant la soirée électorale de 2000, se sont longuement retenus de faire des prévisions de résultats dans la poignée d'États-pivots dont dépendait l'issue du scrutin. Il était minuit quand la Floride, que M. Bush a été accusé par plusieurs d'avoir littéralement volé il y a quatre ans, a finalement été donnée au président sortant par cinq point de pourcentage. Au moment où Le Devoir bouclait sa deuxième édition, M. Bush était en avance dans l'État clé de l'Ohio, par où semblait ultimement devoir passer le résultat. Des États décisifs, seule la Pennsylvanie était acquise à M. Kerry.
Sans même attendre la fermeture des derniers bureaux de vote sur la côte ouest, le président sortant, qui surveillait les résultats de la Maison-Blanche, s'est dit «très encouragé». «Je pense que je vais gagner», a lancé George W. Bush, souriant au milieu de sa famille, sous les flashes des photographes.
M. Bush avait remporté 24 États contre 14 à son rival démocrate, ce qui lui donnait 237 grands électeurs contre 199 à M. Kerry, qui a remporté comme prévu la Californie. Au total, le vainqueur a besoin de 270 des 538 grands électeurs du Collège électoral. Un scrutin largement calqué sur les résultats de 2000. M. Bush, 58 ans, a gagné sans surprise les États conservateurs du Sud comme la Géorgie et la Louisiane. Il s'est aussi assuré son État du Texas, ainsi que les terres républicaines du Midwest. De son côté, M. Kerry, 60 ans, l'a emporté dans les fiefs démocrates du nord-est industriel comme le Massachusetts, New York et l'Illinois.
Après dépouillement de 50 % des voix à l'échelle du pays, M. Bush obtenait 51 % du vote populaire, M. Kerry 48 %.
S'agissant de la première élection depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Américains n'ont pas fait mentir la prédiction voulant qu'ils se rendraient massivement aux urnes. L'affluence a été telle que, dans plusieurs États et comtés, les bureaux de scrutin ont prolongé les heures de votation. À Miami, on votait encore hier à minuit. La patience de l'électorat aura été mise à l'épreuve. Dès l'aube, de longues files d'attente se sont formées devant les bureaux partout au pays, indice que la participation allait être beaucoup plus élevée qu'en 2000 (51,3%), tandis qu'au milieu des soupçons ambiants de manipulation du vote et d'intimidation des électeurs qui courent depuis des semaines, des incidents ont notamment été rapportés dans l'État clé de la Floride — non sans réveiller les fantômes du fiasco de 2000, quand les recomptages dans cet État avaient retardé de 36 jours la désignation de George W. Bush comme président.
Une personne, un vote? Pour la démocratie américaine, il s'agissait hier de faire la preuve que le principe serait respecté, après le cafouillage qui, il y a quatre, a donné la présidence à Bush au total des grands électeurs, alors que le vote populaire avait été remporté par le démocrate Al Gore.
De nombreux incidents (contestations d'enregistrement, accusations d'intimidations, nouvelles machines électroniques à voter fonctionnant mal...) ont été relevés un peu partout au pays, notamment en Iowa, au Michigan et en Ohio, alors qu'environ 20 000 avocats enrôlés par les partis étaient à l'affût du moindre signe de violation du droit de vote. Plus d'un millier de problèmes concernant des machines de vote électroniques ont été signalés hier sur l'ensemble du territoire américain.
L'immense exercice électoral se déroulait sous l'oeil de milliers de scrutateurs bénévoles, d'envoyés internationaux de l'OSCE et d'activistes d'organisations comme Global Exchange et Election Protection. La Cour suprême a ajouté à la nervosité générale hier en autorisant les partisans des deux camps à déployer des militants dans les bureaux de l'Ohio pour surveiller les opérations et éventuellement contester le droit de vote de certaines personnes.
Quelque 117,5 à 121 millions d'Américains étaient attendus aux urnes, soit 58 % à 60 % des électeurs en âge de voter. La participation pourrait être comparable à celle de 1960 (65 % des inscrits) lorsque John F. Kennedy l'avait emporté contre Richard Nixon. En 1996, le démocrate Bill Clinton avait été réélu pour quatre ans avec une participation d'aussi peu que 49 % des inscrits.
Un électeur sur cinq aurait déjà voté par anticipation au cours des dernières semaines et 15 millions d'Américains qui ne s'étaient pas déplacés en 2000 se sont inscrits. Dans certains coins du nord de la Floride, la participation pourrait avoir défoncé le seuil de 80 %. Dans la région de Pittsburgh, telle a été l'affluence que les travailleurs électoraux ont manqué de bulletin de vote. La forte mobilisation électorale devait de l'avis général favoriser le candidat démocrate John Kerry. D'autant que la hausse de la participation est surtout attribuable aux jeunes et aux nouveaux inscrits sur les listes électorales, deux populations fermement courtisées par le parti démocrate.
Bush, Kerry... et Wall Street votent
Le couple Bush, avec leurs jumelles Jenna et Barbara, ont voté près de leur ranch texan, à Crawford. L'élection se décidera sur les «grands thèmes de la guerre et de la paix, et de l'économie», a assuré M. Bush avant de faire un ultime meeting à Columbus, en Ohio. Il a ensuite gagné la Maison-Blanche pour attendre les résultats en famille et avec ses parents, l'ancien président George Bush et Barbara.
Vêtu d'une canadienne, John Kerry avait choisi le Wisconsin pour un dernier meeting. «J'espère qu'il n'y aura pas de contestation. J'espère que l'Amérique va voter selon la loi aujourd'hui. C'est ce que je veux», a-t-il dit à la sortie du bureau de vote à Boston, au Massachusetts dont il est sénateur. Il a voté accompagné de sa femme Teresa et de ses filles Alexandra et Vanessa, avant de déjeuner, comme chaque jour d'élection, à la Union Oyster House où John F. Kennedy avait ses habitudes.
Dans l'après-midi, Wall Street a mis de son grain de sel: les marchés boursiers ont terminé en léger recul après avoir passé la journée en hausse, à la suite d'indications de source officielle parues sur des sites Internet très suivis par les milieux politiques, selon lesquelles le sénateur Kerry avait des chances de l'emporter sur Georges W. Bush.
Sur sept sondages publiés hier, aucun ne départageait clairement les deux rivaux. Chaque État doit être conquis à la majorité des votes, puisqu'à deux exceptions près, le candidat en tête y rafle tous les grands électeurs qui désigneront ensuite le président. Au total, le vainqueur a besoin de 270 des 538 grands électeurs. Hier après-midi, les compilations du New York Times en donnaient 242 à Kerry et 227 à Bush. Restait 69 votes de grands électeurs dans cinq swing states: la Floride, l'Ohio, le Wisconsin, l'Iowa et le Nouveau-Mexique.
MM. Bush et Kerry ont clôturé la campagne sur les mêmes thèmes qu'à l'ouverture des hostilités, il y a huit mois, le président sortant assurant être seul capable de diriger la guerre contre le terrorisme, son rival lui reprochant d'avoir perdu des emplois et porté inutilement la guerre en Irak. Longtemps perçu dans les sondages comme trop mou pour endosser l'uniforme d'un chef de guerre, M. Kerry a vu récemment l'opinion changer en sa faveur, notamment depuis la diffusion de la vidéo d'Oussama ben Laden vendredi dernier.
La campagne, dans laquelle les deux camps ont investi quelque 4 milliards, a été l'une des plus dominées par les enjeux internationaux: paix au Proche-Orient, guerre en Irak, Iran, Corée du Nord, relations avec l'Europe, autant de dossiers attendant le nouveau président.
Les citoyens n'avaient pas la tâche facile. Outre le président, ils élisaient des parlementaires, des responsables locaux et devaient se prononcer dans 11 États, lors de référendums, sur l'interdiction du mariage homosexuel, ou, comme dans l'Arizona, sur une loi destinée à combattre l'immigration illégale. Tout cela donne des bulletins longs et complexes, variant d'un État, voire d'un comté à l'autre.
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
Très prudents, les grands médias, échaudés par la confusion survenue pendant la soirée électorale de 2000, se sont longuement retenus de faire des prévisions de résultats dans la poignée d'États-pivots dont dépendait l'issue du scrutin. Il était minuit quand la Floride, que M. Bush a été accusé par plusieurs d'avoir littéralement volé il y a quatre ans, a finalement été donnée au président sortant par cinq point de pourcentage. Au moment où Le Devoir bouclait sa deuxième édition, M. Bush était en avance dans l'État clé de l'Ohio, par où semblait ultimement devoir passer le résultat. Des États décisifs, seule la Pennsylvanie était acquise à M. Kerry.
Sans même attendre la fermeture des derniers bureaux de vote sur la côte ouest, le président sortant, qui surveillait les résultats de la Maison-Blanche, s'est dit «très encouragé». «Je pense que je vais gagner», a lancé George W. Bush, souriant au milieu de sa famille, sous les flashes des photographes.
M. Bush avait remporté 24 États contre 14 à son rival démocrate, ce qui lui donnait 237 grands électeurs contre 199 à M. Kerry, qui a remporté comme prévu la Californie. Au total, le vainqueur a besoin de 270 des 538 grands électeurs du Collège électoral. Un scrutin largement calqué sur les résultats de 2000. M. Bush, 58 ans, a gagné sans surprise les États conservateurs du Sud comme la Géorgie et la Louisiane. Il s'est aussi assuré son État du Texas, ainsi que les terres républicaines du Midwest. De son côté, M. Kerry, 60 ans, l'a emporté dans les fiefs démocrates du nord-est industriel comme le Massachusetts, New York et l'Illinois.
Après dépouillement de 50 % des voix à l'échelle du pays, M. Bush obtenait 51 % du vote populaire, M. Kerry 48 %.
S'agissant de la première élection depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Américains n'ont pas fait mentir la prédiction voulant qu'ils se rendraient massivement aux urnes. L'affluence a été telle que, dans plusieurs États et comtés, les bureaux de scrutin ont prolongé les heures de votation. À Miami, on votait encore hier à minuit. La patience de l'électorat aura été mise à l'épreuve. Dès l'aube, de longues files d'attente se sont formées devant les bureaux partout au pays, indice que la participation allait être beaucoup plus élevée qu'en 2000 (51,3%), tandis qu'au milieu des soupçons ambiants de manipulation du vote et d'intimidation des électeurs qui courent depuis des semaines, des incidents ont notamment été rapportés dans l'État clé de la Floride — non sans réveiller les fantômes du fiasco de 2000, quand les recomptages dans cet État avaient retardé de 36 jours la désignation de George W. Bush comme président.
Une personne, un vote? Pour la démocratie américaine, il s'agissait hier de faire la preuve que le principe serait respecté, après le cafouillage qui, il y a quatre, a donné la présidence à Bush au total des grands électeurs, alors que le vote populaire avait été remporté par le démocrate Al Gore.
De nombreux incidents (contestations d'enregistrement, accusations d'intimidations, nouvelles machines électroniques à voter fonctionnant mal...) ont été relevés un peu partout au pays, notamment en Iowa, au Michigan et en Ohio, alors qu'environ 20 000 avocats enrôlés par les partis étaient à l'affût du moindre signe de violation du droit de vote. Plus d'un millier de problèmes concernant des machines de vote électroniques ont été signalés hier sur l'ensemble du territoire américain.
L'immense exercice électoral se déroulait sous l'oeil de milliers de scrutateurs bénévoles, d'envoyés internationaux de l'OSCE et d'activistes d'organisations comme Global Exchange et Election Protection. La Cour suprême a ajouté à la nervosité générale hier en autorisant les partisans des deux camps à déployer des militants dans les bureaux de l'Ohio pour surveiller les opérations et éventuellement contester le droit de vote de certaines personnes.
Quelque 117,5 à 121 millions d'Américains étaient attendus aux urnes, soit 58 % à 60 % des électeurs en âge de voter. La participation pourrait être comparable à celle de 1960 (65 % des inscrits) lorsque John F. Kennedy l'avait emporté contre Richard Nixon. En 1996, le démocrate Bill Clinton avait été réélu pour quatre ans avec une participation d'aussi peu que 49 % des inscrits.
Un électeur sur cinq aurait déjà voté par anticipation au cours des dernières semaines et 15 millions d'Américains qui ne s'étaient pas déplacés en 2000 se sont inscrits. Dans certains coins du nord de la Floride, la participation pourrait avoir défoncé le seuil de 80 %. Dans la région de Pittsburgh, telle a été l'affluence que les travailleurs électoraux ont manqué de bulletin de vote. La forte mobilisation électorale devait de l'avis général favoriser le candidat démocrate John Kerry. D'autant que la hausse de la participation est surtout attribuable aux jeunes et aux nouveaux inscrits sur les listes électorales, deux populations fermement courtisées par le parti démocrate.
Bush, Kerry... et Wall Street votent
Le couple Bush, avec leurs jumelles Jenna et Barbara, ont voté près de leur ranch texan, à Crawford. L'élection se décidera sur les «grands thèmes de la guerre et de la paix, et de l'économie», a assuré M. Bush avant de faire un ultime meeting à Columbus, en Ohio. Il a ensuite gagné la Maison-Blanche pour attendre les résultats en famille et avec ses parents, l'ancien président George Bush et Barbara.
Vêtu d'une canadienne, John Kerry avait choisi le Wisconsin pour un dernier meeting. «J'espère qu'il n'y aura pas de contestation. J'espère que l'Amérique va voter selon la loi aujourd'hui. C'est ce que je veux», a-t-il dit à la sortie du bureau de vote à Boston, au Massachusetts dont il est sénateur. Il a voté accompagné de sa femme Teresa et de ses filles Alexandra et Vanessa, avant de déjeuner, comme chaque jour d'élection, à la Union Oyster House où John F. Kennedy avait ses habitudes.
Dans l'après-midi, Wall Street a mis de son grain de sel: les marchés boursiers ont terminé en léger recul après avoir passé la journée en hausse, à la suite d'indications de source officielle parues sur des sites Internet très suivis par les milieux politiques, selon lesquelles le sénateur Kerry avait des chances de l'emporter sur Georges W. Bush.
Sur sept sondages publiés hier, aucun ne départageait clairement les deux rivaux. Chaque État doit être conquis à la majorité des votes, puisqu'à deux exceptions près, le candidat en tête y rafle tous les grands électeurs qui désigneront ensuite le président. Au total, le vainqueur a besoin de 270 des 538 grands électeurs. Hier après-midi, les compilations du New York Times en donnaient 242 à Kerry et 227 à Bush. Restait 69 votes de grands électeurs dans cinq swing states: la Floride, l'Ohio, le Wisconsin, l'Iowa et le Nouveau-Mexique.
MM. Bush et Kerry ont clôturé la campagne sur les mêmes thèmes qu'à l'ouverture des hostilités, il y a huit mois, le président sortant assurant être seul capable de diriger la guerre contre le terrorisme, son rival lui reprochant d'avoir perdu des emplois et porté inutilement la guerre en Irak. Longtemps perçu dans les sondages comme trop mou pour endosser l'uniforme d'un chef de guerre, M. Kerry a vu récemment l'opinion changer en sa faveur, notamment depuis la diffusion de la vidéo d'Oussama ben Laden vendredi dernier.
La campagne, dans laquelle les deux camps ont investi quelque 4 milliards, a été l'une des plus dominées par les enjeux internationaux: paix au Proche-Orient, guerre en Irak, Iran, Corée du Nord, relations avec l'Europe, autant de dossiers attendant le nouveau président.
Les citoyens n'avaient pas la tâche facile. Outre le président, ils élisaient des parlementaires, des responsables locaux et devaient se prononcer dans 11 États, lors de référendums, sur l'interdiction du mariage homosexuel, ou, comme dans l'Arizona, sur une loi destinée à combattre l'immigration illégale. Tout cela donne des bulletins longs et complexes, variant d'un État, voire d'un comté à l'autre.
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
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