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Les latinos et la présidentielle américaine - L'incontournable Tom Benavides

25 octobre 2004  États-Unis
Albuquerque, Las Cruces (Nouveau-Mexique) — Il est difficile d'échapper à Tom Benavides. Le sénateur du Nouveau-Mexique porte une cravate large comme un torchon aux couleurs de la bannière étoilée. Son chapeau de cow-boy est grand comme un parasol. Son oeil droit, perdu pendant un match de football américain est barré d'un bandeau. Il y a deux ans, le sénateur était encore démocrate. «Démocrate conservateur mais démocrate», avoue-t-il dans un bar d'Albuquerque la grande ville du Nouveau-Mexique, l'État le plus latino des États-Unis. «Mais le parti a trop changé sur l'avortement, les droits aux gais, je suis passé chez les républicains», explique le sénateur qui se veut «défenseur des valeurs familiales». Il aime bien Bush. «C'est un gars simple, je l'ai rencontré, il m'a parlé en espagnol, il le parle bien.»

Benavides — né dans une famille espagnole du Nouveau-Mexique — est une bonne affaire pour les républicains qui, cette année, visent sans vergogne le vote latino. Au nom des «valeurs morales» que cette communauté culturellement conservatrice retrouverait plus chez les républicains que chez les démocrates trop libéraux. «En plus comme petit patron, renchérit Benavides qui possède une chaîne de magasins ouverts jour et nuit je n'ai qu'à me féliciter de Bush, moins d'impôts, moins de formalités, un salaire minimum bas.» Sans vergogne, Bush drague ainsi l'immigré. Il se fait appeler Jorge par ses «hermanos» et, dans un mauvais espagnol, il parle avec emphase de sa belle-soeur mexicaine, la femme de Jeb le gouverneur de Floride, et de son neveu George, joli gosse au look de séducteur latin.

«À la différence de la communauté noire qui vote de tout temps et presque à 100 % démocrate, les hispaniques ne sont pas un bloc uniforme: 60 à 70 % votent démocrate, mais le reste républicain», explique la professeure Christine Sierra, de l'université du Nouveau-Mexique. Les hispaniques sont en outre concentrés dans quelques États clés où se jouera cette élection.

Faire la différence

Le Nouveau-Mexique à plus de 40 % latino, gagné avec seulement 366 voix par Gore en 2000, mais aussi l'Arizona, le New Jersey et l'inévitable Floride. Inconnus sur la carte électorale américaine il y a encore quinze ans, les hispaniques veulent faire cette année la différence et jouer de tout leur poids démographique. Le 22 janvier 2003, ils sont devenus, officiellement, la première minorité du pays, devançant les Noirs.

À croissance constante — naissances nombreuses plus immigration —, ils deviendraient en 2059 la première communauté du pays, dépassant les Blancs. Jorge Ramos, présentateur-vedette d'Univision, la chaîne tout hispanique et très dynamique de Miami, auteur d'un livre sur «la vague latino», voit déjà une Amérique hispanisée. L'image de l'immigré latino pauvre, jardinier, gardien d'immeuble, homme de ménage change. Après le sport, la musique — avec Ricky Martin ou Enrique Iglesias — le cinéma — avec Jennifer Lopez ou Benicio del Toro —, arrivera le tour de la politique. Pour le moment, les hispaniques plus nombreux que les Noirs ont moins de représentants de leur communauté au Congrès. Ramos dédie quand même son livre «au premier président latino des États-Unis qui est déjà né». «C'est aller vite, tempère la professeur Sierra, les politiciens hispaniques réussissent au niveau local, au mieux dans un État comme le Nouveau-Mexique, mais pas au niveau national.»

Malgré les efforts républicains, les démocrates devraient garder l'avantage notamment auprès des plus pauvres qui forment encore l'essentiel de cette communauté. Samedi, à las Cruces, au sud de l'État, une ville aux allures de poste frontière à quelques miles d'El Paso et de la frontière mexicaine, John Kerry est ainsi venu rallier ses nouveaux amis latinos. Il a à ses cotés Bill Richardson, gouverneur de l'État, ancien ambassadeur à l'ONU, hispanique le plus connu du pays né de père new-yorkais et de mère mexicaine.

Râblé, sombre de peau, le gouverneur mélangeant avec aisance espagnol et anglais sait chauffer une salle. Il présente Kerry, le «prossimo presidente de Estados Unidos». Ça marche. «Kerry est avec nous, avec les plus pauvres», affirme Luis Martinez, peintre à Las Cruces.

Trois questions

Aux sons d'un orchestre ranchero, la musique locale faite de cuivres sonores préférée des vaqueiros, les cow-boys en espagnol, la foule vibre pour Kerry. «Pour moi, l'essentiel, c'est son programme de santé», explique Maria, Américaine de deuxième génération, «ici, au Nouveau-Mexique, très peu de gens ont une couverture médicale, surtout parmi les hispaniques». Maria ne veut pas entendre parler de Bush, mais elle reconnaît que sa communauté est catholique et conservatrice. Le professeur Sierra estime que trois questions occupent encore l'essentiel de la communauté hispanique «l'éducation, l'emploi, la légalisation de l'immigration». «La guerre est aussi un thème important avec beaucoup de soldats d'origine hispanique dans l'armée et donc en Irak, ajoute-t-elle, mais cela ne se traduit pas forcément par un vote démocrate, le respect du drapeau et des troupes domine.» Comme si, finalement, la communauté latino était aussi divisée que le reste de l'Amérique. Les trois fils du sénateur Benavides sont démocrates. «Ils m'ont demandé s'ils devaient changer lorsque je suis devenu républicain. J'ai dit non, comme cela on a un pied dans les deux camps.»
 
 
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