Le spectre de l'élection 2000 plane sur les États-Unis
À égalité dans les sondages à deux semaines du scrutin, le président George W. Bush et son rival démocrate John Kerry donnent des maux de tête à leurs partis qui craignent par-dessus tout la perspective d'une élection contestée, si les résultats du scrutin présidentiel du 2 novembre sont serrés. Les deux camps ont engagé une armada d'avocats et s'accusent déjà d'irrégularités.
Républicains et démocrates craignent en effet de revivre le scénario catastrophe de l'élection 2000, paralysée pendant 36 jours entre dépouillements judiciaires et litiges, et finalement tranchée par la Cour suprême.
La plupart des observateurs politiques s'attendent à ce que l'issue de l'élection ne soit pas tranchée le soir du 2 novembre.
«Si l'élection est serrée, ne serait-ce que dans un seul État, nous pourrions ne pas connaître le nom du vainqueur pendant des jours, voire des semaines», a prévenu vendredi le directeur juridique de la campagne républicaine, Tom Josefiak.
L'organisation Project Vote prévoit des litiges tous azimuts, notamment autour des bulletins «provisionnels» qui permettent à des électeurs n'étant pas certains qu'ils sont inscrits de voter, quitte à ce que les autorités vérifient plus tard si ce vote doit être compté.
Les conditions de vote pourraient aussi être contestées, ainsi que la fiabilité des machines de vote électroniques qui ne permettent pas, en cas de besoin, de recompter les bulletins. Le 2 novembre, les deux principaux partis vont déployer des dizaines de milliers d'avocats pour veiller au bon déroulement du scrutin et décourager les tentatives d'intimidation des électeurs par l'un ou l'autre camp.
M. Kerry, qui a obtenu l'appui du New York Times, a assuré hier, devant une congrégation noire dans l'Ohio, qu'il avait assemblé «une dream team» (équipe de rêve) d'avocats pour protéger les électeurs. «Nous ne laisserons pas [cette élection] devenir une répétition de 2000, lorsqu'un million de Noirs américains avaient été privés de vote», a-t-il ajouté.
Elliot Mincberg, directeur juridique de la fondation People for the American Way qui prévoit aussi de déployer des juristes dans les bureaux de vote, espère que les préparatifs en amont et la présence de ces observateurs minimiseront les complications. «Nous espérons pouvoir résoudre quelques-uns des problèmes juridiques avant l'élection, plutôt qu'après», dit-il.
Les républicains accusent depuis plusieurs jours leurs opposants de créer une ambiance de suspicion. «L'opposition fait tout pour semer le doute sur l'élection, en multipliant les procédures judiciaires et en préparant des avocats à intervenir après le scrutin», a accusé hier Jeb Bush, gouverneur de Floride et frère du président, sur la chaîne ABC.
Et la bataille judiciaire a déjà commencé dans plusieurs États. Les républicains s'inquiètent notamment des procédures engagées autour de la présence du candidat indépendant Ralph Nader sur les bulletins de vote, qui risquent de retarder l'envoi des bulletins aux Américains de l'étranger, dont les militaires, largement favorables à M. Bush.
Les démocrates répondent que, s'ils demandent à faire vérifier les signatures obtenues par M. Nader, c'est précisément parce que les républicains ont dépensé «des millions» en tentant d'imposer M. Nader sur les bulletins d'un maximum d'États, pour leur nuire.
Et des procureurs dans plusieurs États, notamment la Floride ou l'Ohio, sont déjà saisis de plaintes d'inscriptions frauduleuses sur les listes électorales.
L'appui du New York Times
En appuyant hier la candidature de John Kerry, le New York Times est devenu le premier grand quotidien américain à afficher ouvertement sa préférence pour l'élection présidentielle.
L'influent quotidien new-yorkais, qui qualifie dans son éditorial la présidence du républicain George W. Bush de «désastreuse», est rejoint dans son soutien au sénateur du Massachusetts par des journaux locaux de l'Ohio et du Minnesota, deux «swing states» dont une frange «oscillante» de l'électorat est susceptible de faire la différence le 2 novembre.
Les «grandes connaissances et la pensée claire» de John Kerry sont le propre d'«un grand chef de gouvernement», estime le New York Times dans ce long éditorial publié 16 jours avant la présidentielle.
Le Times admet qu'au début, la candidature du sénateur avait été largement vue comme devant cristalliser le mécontentement avec la politique du président, mais, écrit le journal, «nous avons fini par voir M. Kerry autrement que comme une simple alternative au statu quo».
«Il possède des qualités qui pourraient être la base pour un grand chef de l'exécutif et pas seulement un peu meilleur que l'actuel», notamment la volonté de «réévaluer les décisions quand les conditions changent» et un «fort sens moral». Le Times est parmi les soutiens les plus convoités et influents de la campagne présidentielle, même si cet appui du journal, situé au centre-gauche, n'est pas totalement inattendu.
Au sujet de George W. Bush, le NYT a peu de mots aimables et appelle de ses voeux la fin de sa présidence, qu'il qualifie de «désastreuse».
Par ailleurs, son frère Jeb Bush, gouverneur de Floride, a affirmé qu'il ne serait pas candidat à la Maison-Blanche en 2008, quel que soit le résultat du scrutin présidentiel du 2 novembre. «Je ne me lancerai pas dans la course en 2008. Cela ne m'intéresse pas. Je suis le gouverneur de cet État [la Floride]. J'ai le meilleur job du monde. Je vais finir mon mandat, puis je retournerai à Miami», a déclaré le gouverneur dans un entretien accordé à la chaîne ABC.
Les «swing states»
Dans la bataille pour la présidence, certains États sont acquis à George Bush ou à John Kerry, mais au moins huit autres balancent. Ces «swing states» seront déterminants le 2 novembre, comme l'avait été la Floride en 2000 en basculant dans le camp républicain.
Bien qu'une dizaine d'autres États puissent acquérir la même importance si l'un des deux candidats venait à se détacher dans les sondages, le chef de la Maison-Blanche et le sénateur du Massachusetts ont choisi d'écarter cette hypothèse a priori et de s'attaquer principalement aux électeurs indécis de Floride, de l'Ohio, de Pennsylvanie, du Wisconsin, de l'Iowa, du Nevada, du New Hampshire et du Nouveau-Mexique, où la course est serrée.
Le président des États-Unis est en effet élu pour quatre ans au suffrage universel indirect par le collège des grands électeurs, or tous les États n'ont pas le même poids dans ce collège: chacun obtient deux votes puis le reste est fonction de la population, sachant qu'ensuite le candidat qui l'emporte à la majorité relative empoche la totalité des voix des grands électeurs, hormis au Nebraska et dans le Maine, où les votes peuvent être différenciés. Il faut 270 des 538 votes pour s'asseoir à la Maison-Blanche. Ensemble, la Floride, l'Ohio et la Pennsylvanie, représentent 68 des 99 votes des huit «swing states», formant un triangle d'influence sans précédent dans le jeu électoral.
Un gain de seulement trois ou quatre points de pourcentage dans les sondages pourrait faire tomber les huit États et les 99 votes dans l'escarcelle de l'un des deux hommes, lui permettant d'envisager un total de plus de 300 voix. Dans cette hypothèse, d'autres États deviendraient décisifs: le Minnesota, le Michigan, le Maine et peut-être même le New Jersey, à tendance démocrate, au cas où Bush se détacherait; le Colorado, la Virginie-Occidentale et l'Arizona si c'était Kerry.
Républicains et démocrates craignent en effet de revivre le scénario catastrophe de l'élection 2000, paralysée pendant 36 jours entre dépouillements judiciaires et litiges, et finalement tranchée par la Cour suprême.
La plupart des observateurs politiques s'attendent à ce que l'issue de l'élection ne soit pas tranchée le soir du 2 novembre.
«Si l'élection est serrée, ne serait-ce que dans un seul État, nous pourrions ne pas connaître le nom du vainqueur pendant des jours, voire des semaines», a prévenu vendredi le directeur juridique de la campagne républicaine, Tom Josefiak.
L'organisation Project Vote prévoit des litiges tous azimuts, notamment autour des bulletins «provisionnels» qui permettent à des électeurs n'étant pas certains qu'ils sont inscrits de voter, quitte à ce que les autorités vérifient plus tard si ce vote doit être compté.
Les conditions de vote pourraient aussi être contestées, ainsi que la fiabilité des machines de vote électroniques qui ne permettent pas, en cas de besoin, de recompter les bulletins. Le 2 novembre, les deux principaux partis vont déployer des dizaines de milliers d'avocats pour veiller au bon déroulement du scrutin et décourager les tentatives d'intimidation des électeurs par l'un ou l'autre camp.
M. Kerry, qui a obtenu l'appui du New York Times, a assuré hier, devant une congrégation noire dans l'Ohio, qu'il avait assemblé «une dream team» (équipe de rêve) d'avocats pour protéger les électeurs. «Nous ne laisserons pas [cette élection] devenir une répétition de 2000, lorsqu'un million de Noirs américains avaient été privés de vote», a-t-il ajouté.
Elliot Mincberg, directeur juridique de la fondation People for the American Way qui prévoit aussi de déployer des juristes dans les bureaux de vote, espère que les préparatifs en amont et la présence de ces observateurs minimiseront les complications. «Nous espérons pouvoir résoudre quelques-uns des problèmes juridiques avant l'élection, plutôt qu'après», dit-il.
Les républicains accusent depuis plusieurs jours leurs opposants de créer une ambiance de suspicion. «L'opposition fait tout pour semer le doute sur l'élection, en multipliant les procédures judiciaires et en préparant des avocats à intervenir après le scrutin», a accusé hier Jeb Bush, gouverneur de Floride et frère du président, sur la chaîne ABC.
Et la bataille judiciaire a déjà commencé dans plusieurs États. Les républicains s'inquiètent notamment des procédures engagées autour de la présence du candidat indépendant Ralph Nader sur les bulletins de vote, qui risquent de retarder l'envoi des bulletins aux Américains de l'étranger, dont les militaires, largement favorables à M. Bush.
Les démocrates répondent que, s'ils demandent à faire vérifier les signatures obtenues par M. Nader, c'est précisément parce que les républicains ont dépensé «des millions» en tentant d'imposer M. Nader sur les bulletins d'un maximum d'États, pour leur nuire.
Et des procureurs dans plusieurs États, notamment la Floride ou l'Ohio, sont déjà saisis de plaintes d'inscriptions frauduleuses sur les listes électorales.
L'appui du New York Times
En appuyant hier la candidature de John Kerry, le New York Times est devenu le premier grand quotidien américain à afficher ouvertement sa préférence pour l'élection présidentielle.
L'influent quotidien new-yorkais, qui qualifie dans son éditorial la présidence du républicain George W. Bush de «désastreuse», est rejoint dans son soutien au sénateur du Massachusetts par des journaux locaux de l'Ohio et du Minnesota, deux «swing states» dont une frange «oscillante» de l'électorat est susceptible de faire la différence le 2 novembre.
Les «grandes connaissances et la pensée claire» de John Kerry sont le propre d'«un grand chef de gouvernement», estime le New York Times dans ce long éditorial publié 16 jours avant la présidentielle.
Le Times admet qu'au début, la candidature du sénateur avait été largement vue comme devant cristalliser le mécontentement avec la politique du président, mais, écrit le journal, «nous avons fini par voir M. Kerry autrement que comme une simple alternative au statu quo».
«Il possède des qualités qui pourraient être la base pour un grand chef de l'exécutif et pas seulement un peu meilleur que l'actuel», notamment la volonté de «réévaluer les décisions quand les conditions changent» et un «fort sens moral». Le Times est parmi les soutiens les plus convoités et influents de la campagne présidentielle, même si cet appui du journal, situé au centre-gauche, n'est pas totalement inattendu.
Au sujet de George W. Bush, le NYT a peu de mots aimables et appelle de ses voeux la fin de sa présidence, qu'il qualifie de «désastreuse».
Par ailleurs, son frère Jeb Bush, gouverneur de Floride, a affirmé qu'il ne serait pas candidat à la Maison-Blanche en 2008, quel que soit le résultat du scrutin présidentiel du 2 novembre. «Je ne me lancerai pas dans la course en 2008. Cela ne m'intéresse pas. Je suis le gouverneur de cet État [la Floride]. J'ai le meilleur job du monde. Je vais finir mon mandat, puis je retournerai à Miami», a déclaré le gouverneur dans un entretien accordé à la chaîne ABC.
Les «swing states»
Dans la bataille pour la présidence, certains États sont acquis à George Bush ou à John Kerry, mais au moins huit autres balancent. Ces «swing states» seront déterminants le 2 novembre, comme l'avait été la Floride en 2000 en basculant dans le camp républicain.
Bien qu'une dizaine d'autres États puissent acquérir la même importance si l'un des deux candidats venait à se détacher dans les sondages, le chef de la Maison-Blanche et le sénateur du Massachusetts ont choisi d'écarter cette hypothèse a priori et de s'attaquer principalement aux électeurs indécis de Floride, de l'Ohio, de Pennsylvanie, du Wisconsin, de l'Iowa, du Nevada, du New Hampshire et du Nouveau-Mexique, où la course est serrée.
Le président des États-Unis est en effet élu pour quatre ans au suffrage universel indirect par le collège des grands électeurs, or tous les États n'ont pas le même poids dans ce collège: chacun obtient deux votes puis le reste est fonction de la population, sachant qu'ensuite le candidat qui l'emporte à la majorité relative empoche la totalité des voix des grands électeurs, hormis au Nebraska et dans le Maine, où les votes peuvent être différenciés. Il faut 270 des 538 votes pour s'asseoir à la Maison-Blanche. Ensemble, la Floride, l'Ohio et la Pennsylvanie, représentent 68 des 99 votes des huit «swing states», formant un triangle d'influence sans précédent dans le jeu électoral.
Un gain de seulement trois ou quatre points de pourcentage dans les sondages pourrait faire tomber les huit États et les 99 votes dans l'escarcelle de l'un des deux hommes, lui permettant d'envisager un total de plus de 300 voix. Dans cette hypothèse, d'autres États deviendraient décisifs: le Minnesota, le Michigan, le Maine et peut-être même le New Jersey, à tendance démocrate, au cas où Bush se détacherait; le Colorado, la Virginie-Occidentale et l'Arizona si c'était Kerry.
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