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90 minutes pour faire pencher la balance

L’économie et la santé au coeur de l’ultime débat entre Bush et Kerry

Guy Taillefer   14 octobre 2004  États-Unis
L’Arizona, où se déroulait hier soir la dernière confrontation entre les deux candidats, est, comme la Floride et le Missouri, où se sont tenus les deux premiers débats, l’un des États considérés comme cruciaux pour le scrutin de novembre.
Photo : Agence Reuters
L’Arizona, où se déroulait hier soir la dernière confrontation entre les deux candidats, est, comme la Floride et le Missouri, où se sont tenus les deux premiers débats, l’un des États considérés comme cruciaux pour le scrutin de novembre.
Marge de manoeuvre: inexistante. Sur le fil du rasoir, le président George W. Bush a affronté hier soir le candidat démocrate John Kerry dans un troisième et ultime débat télévisé, à Tempe, en Arizona. Le premier a accusé le sénateur du Massachusetts d’être «assis à l’extrême gauche» de la politique américaine; le second a reproché à M. Bush d’avoir «divisé» les États-Unis comme jamais un président ne l’a fait dans l’histoire du pays.

Ce troisième débat de 90 minutes, centré sur la politique nationale, avait une importance que personne n’aurait imaginée il y a deux semaines, vu l’avance que M. Bush semblait être en train de creuser dans les sondages en septembre. Des dizaines de millions de téléspectateurs étaient attendus à ce rendez-vous, encore que MM. Bush et Kerry disputaient hier soir l’attention des Américains à la présentation du deuxième match des éliminatoires au baseball entre les Yankees et les Red Sox.
Carrément faible lors du premier débat à Miami, le 30 septembre, meilleur pendant le deuxième à St. Louis, vendredi dernier, le président se présentait hier soir à Tempe en position défensive face à un John Kerry en pleine possession de ses arguments. Toujours au coude-à-coude dans les sondages à moins de trois semaines de la présidentielle du 2 novembre, ils tentaient de se rallier l’opinion sur des sujets aussi variés que la taxation, la santé, les retraites, l’éducation, le déficit budgétaire et la sécurité des frontières. Le candidat démocrate avait en théorie l’avantage: les enquêtes d’opinion donnent le sénateur du Massachusetts plus capable que le président républicain sortant dans ces domaines. À vue de nez, il semblait toutefois peu probable que cette confrontation aura un impact décisif sur les intentions de vote.
Emmenée par les questions de l’animateur Bob Scheiffer, de CBS, la confrontation a donné lieu à un tir nourri de chiffres, en particulier sur les questions de fiscalité et de création d’emploi, où il est difficile de départager l’accusation fondée de la manipulation partisane.
Les échanges ont été acerbes sur l’économie, l’un et l’autre se présentant comme le champion de la classe moyenne. «Je vais vous dire ce que cela veut dire quand vous être un sénateur du Massachusetts, a déclaré un George Bush plus articulé et plus solide que lors des précédents débats. «Cela veut dire que vous payez et il continue à dépenser», a lancé le président. Et d’ajouter: «Il parle de prudence budgétaire ou d’avoir un budget sain, mais il a voté 277 fois pour abolir les plafonds des budgets. Son bilan ne confirme pas son discours.»
Démentant ces chiffres, M. Kerry a martelé ses thèmes de campagne, rappelant que plus d’un million d’emplois ont été perdus en quatre ans sous M. Bush, que le déficit budgétaire atteint des montants records et que le prix des médicaments et de l’essence s’envolent. «Recevoir un cours sur la responsabilité budgétaire du président, c’est un peu comme si Tony Soprano me parlait de loi et d’ordre dans ce pays», a assuré M. Kerry, en allusion au héros de la série télévisée The Sopranos mettant en scène une famille de mafieux.
La stratégie du camp républicain tout au long de la campagne, et celle de M. Bush hier soir, a été de dépeindre M. Kerry comme un dangereux «liberal», au sens américain du terme, partisan de l’État dépensier et des hausses de taxes. «Il a voté pour augmenter les impôts 98 fois», lui a lancé le président pendant le débat, deux fois plutôt qu’une. Aussi, cherchant à contrer l’accusation, M. Kerry a parfois donné l’impression de partager la philosophie de non-interventionniste étatique des républicains.
Y compris sur la question de la santé, thème crucial dans ces élections, M. Kerry a nié à répétition vouloir imposer aux Américains un «programme gouvernemental». Ce qui ne l’a pas empêché de reprendre le flambeau là où l’ex-président Bill Clinton l’a laissé en 1992: «Nous sommes le pays le plus riche du monde et le seul pays des pays industrialisés à ne pas avoir de couverture santé pour les enfants», a-t-il déclaré. Il a saisi au bond une question de l’animateur sur la pénurie de vaccins antigrippe aux États-Unis, M. Bush minimisant le problème en invitant les Américains «en bonne santé» à ne pas se faire vacciner. Cela traduit au contraire, a dit M. Kerry, les faiblesses du système de santé américain. «Cinq millions d’Américains ont perdu leur couverture santé sous la présidence de M. Bush».
Au-delà des différends profonds qui l’opposent à M. Bush sur des questions comme la santé, la distribution du fardeau fiscal et la guerre d’Irak, le sénateur démocrate a marqué une distance philosophique très nette quand l’animateur lui a posé une question sur l’avortement qui a glissé sur la foi religieuse: «Je suis catholique, j’ai été enfant de choeur et ma foi imprègne toute ma vie, a-t-il dit. Mais si je pense que tout ce qu’on fait dans la vie est guidé par la foi, cela ne doit pas interférer de façon officielle dans la vie des gens. Comme l’a dit le président Kennedy lorsqu’il était en campagne, je ne fais pas la campagne pour être un président catholique. Je fais la campagne pour être un président qui se trouve être catholique.» Allusion évidente à un George Bush dont la présidence a été fortement orientée par ses convictions religieuses et la droite conservatrice qui forme sa base électorale.
L’Irak et la lutte contre le terrorisme, qui avaient largement dominé les deux premiers débats, ont été brièvement évoqués hier à l’université d’État d’Arizona. M. Bush, dont c’est la matière forte dans les sondages, a répété que l’Amérique sera en sécurité si «nous restons à l’offensive contre les terroristes et si nous répandons la liberté dans le monde». Le président Bush, qui a d’ailleurs reçu hier l’appui formel de la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu, a accusé le sénateur de sous-estimer la menace terroriste pour l’avoir qualifiée de simple «nuisance» dans une entrevue récente au New York Times. Non moins répétitif, M. Kerry a insisté sur la nécessité d’«alliances fortes» pour vaincre le terrorisme et résoudre le conflit irakien.
L’Arizona, où se croisaient hier les deux candidats à la présidence, est, comme la Floride et le Missouri, où se sont tenus les deux premiers débats, l’un des États considérés comme cruciaux pour le scrutin de novembre. Les candidats le parcourent sans relâche depuis plusieurs semaines, courtisant cette étroite frange d’indécis et de partisans dits «mous», susceptibles de faire pencher la balance.
Comme lors du premier débat, à l’université de Miami, MM. Bush et Kerry, debout derrière leur lutrin, ont répondu hier soir aux questions d’un animateur sans participation du public. Le président républicain avait été clairement éclipsé par le sénateur démocrate en Floride, se montrant souvent à court d’arguments.
Selon un sondage publié hier par le quotidien Chicago Tribune, la cote de popularité de George W. Bush est tombée sous les 50 % dans quatre autres États du nord et du centre jugés décisifs — l’Iowa, le Minnesota, l’Ohio et le Wisconsin —, John Kerry le devançant dans les trois derniers.
Un autre sondage, publié par l’Institut Zogby, montre les deux candidats à égalité absolue, avec 45 % des voix chacun parmi les électeurs qui ont l’intention de voter le 2 novembre, avec une marge d’erreur de 2,4 %.

Avec l’Agence France-Presse et Reuters
L’Arizona, où se déroulait hier soir la dernière confrontation entre les deux candidats, est, comme la Floride et le Missouri, où se sont tenus les deux premiers débats, l’un des États considérés comme cruciaux pour le scrutin de novembre. Reuters
Les deux candidats sont égalité, avec 45 % des voix chacun parmi les électeurs qui ont l’intention de voter.
 
 
 
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