Le débat des «vice-présidents» - Cheney traite Edwards en novice
L'expérimenté Cheney contre le novice Edwards. Le combat des «vice-présidents» a donné lieu hier soir à Cleveland à un dialogue de sourds sur la question irakienne. «Ce que nous avons fait en Irak était exactement la chose à faire et si cela était à refaire, je recommanderais de le refaire», a déclaré d'une voix sombre le républicain Dick Cheney, l'un des architectes principaux de la guerre en Irak. «Ce n'est pas seulement moi qui vois la pagaille», a répliqué le candidat démocrate John Edwards, en prenant à témoin les propos de l'administrateur américain en Irak, Paul Bremer, qui a déclaré lundi que les États-Unis n'avaient «jamais» eu suffisamment de troupes pour contrôler le pays.
Dans un débat assez ennuyeux, mais où l'inimitié entre les deux hommes paraissait palpable, MM. Cheney et Edwards ont repris les principaux arguments avancés cinq jours plus tôt, lors du premier face-à-face de la campagne, par le président George Bush et le candidat présidentiel démocrate John Kerry, la discussion tournant largement autour de la pertinence de s'en être pris à Saddam Hussein dans le contexte global de la lutte antiterroriste.
Sur le fond, le débat a donné lieu à un certain nombre d'accusations mutuelles et à un déluge de statistiques contradictoires face auxquelles le commun des électeurs sera largement resté insensible. L'Irak, le terrorisme et la sécurité nationale ont occupé l'essentiel du débat, malgré le fait que la moitié de l'affrontement était théoriquement consacré aux questions intérieures (santé, éducation, mariage gai...).
Le débat entre «vice-présidents» est traditionnellement considéré comme un épiphénomène dans une campagne présidentielle. Celui d'hier soir entre MM. Cheney et Edwards, le seul à se tenir entre les deux hommes, revêtait en revanche une importance politique inédite, à la lumière de la performance de M. Kerry, unanimement sacré champion du débat de jeudi dernier contre le président Bush.
La mission des deux colistiers s'affrontant hier à la Case Western Reserve University of Cleveland, en Ohio, était simple, mais ô combien délicate: M. Edwards, avocat millionnaire et «jeune» politicien aux accents populistes, vu par plusieurs comme une étoile montante de la politique américaine, devait bâtir sur l'avancée réussie la semaine dernière par M. Kerry. Il devait aussi faire la preuve qu'il serait assez compétent pour occuper les fonctions présidentielles si des circonstances exceptionnelles se présentaient. Les sondages et les analystes diront s'il a rempli sa mission.
Un ultraconservateur qui ne s'en cache pas, M. Cheney, considéré comme le vice-président le plus puissant de l'histoire des États-Unis, avait la lourde tâche de réussir là où le président a carrément échoué la semaine dernière. À savoir: défendre avec plus de conviction que M. Bush ne l'a fait la décision d'entrer en guerre contre l'Irak. Du reste, l'occasion était donnée aux Américains d'examiner un homme largement considéré comme le président de facto tirant les ficelles derrière M. Bush à la Maison-Blanche.
Qui donc a tiré son épingle du jeu? Les déclarations de M. Edwards, 51 ans, ont trahi son inexpérience en politique étrangère. Plus nerveux, butant sur ses explications, il a parfois donné l'impression de sortir tout droit d'un cours accéléré de politique étrangère 101, sans en maîtriser toutes les subtibilités, répétant l'essentiel du discours de M. Kerry sur le «chaos» irakien et la nécessité de réconcilier les États-Unis avec la communauté internationale.
Plus sûr de lui, M. Cheney, 63 ans, a affronté son adversaire sur un ton confiant, pour ne pas dire condescendant. Il a cherché, à plusieurs reprises, à épingler M. Edwards pour des «erreurs» de fait pointues. Il a martelé «l'inconstance» et le «manque de crédibilité» du «ticket» Kerry-Edwards sur la question irakienne. En réaction à une affirmation du colistier démocrate, il a déclaré: «Je ne sais pas par où commencer. Il y a tellement d'erreurs dans ce qu'il vient de dire.» Il a renoncé à plusieurs reprises à son droit de réplique, creusant l'impression que M. Edwards était un novice qui ne mérite même pas qu'on lui réponde. Concernant la déclaration de M. Bremer, il a esquivé la question.
Le candidat démocrate à la vice-présidence n'a pas pour autant été en reste. Alors que M. Cheney étalait son passé et ses compétences — il a trente ans de carrière et a servi sous quatre présidents — M. Edwards, qui n'a que six ans d'expérience comme sénateur, lui a lancé: «Un long CV ne veut pas dire un jugement juste.» Mais en général, les coups qu'il a tenté de porter contre M. Cheney, concernant notamment les services pétroliers Halliburton, une entreprise qui a décroché une large part des contrats de reconstruction en Irak et dont il a été p.-d.-g. pendant plusieurs années, lui ont coulé sur le dos comme sur le dos d'un canard.
Un détail qui en dit long: M. Cheney a à peine mentionné le nom de George Bush pendant les 90 minutes du débat, M. Edwards n'a pas cessé de répéter celui de John Kerry.
Un premier sondage instantané, réalisé à l'issue du face-à-face, a désigné le vice-président comme vainqueur pour 43 % des personnes interrogées contre 37 % pour M. Edwards.
Un deuxième débat entre MM. Bush et Kerry a lieu vendredi à l'université Washington, à St. Louis, au Missouri. Le troisième et dernier, touchant les questions intérieures et l'économie, a lieu mercredi prochain à Phoenix, en Arizona. Le dernier sondage, publié hier par CBS et le New York Times, place MM. Bush et Kerry à égalité, avec 47 % chacun des intentions de vote.
Avec l'Agence France-presse
Dans un débat assez ennuyeux, mais où l'inimitié entre les deux hommes paraissait palpable, MM. Cheney et Edwards ont repris les principaux arguments avancés cinq jours plus tôt, lors du premier face-à-face de la campagne, par le président George Bush et le candidat présidentiel démocrate John Kerry, la discussion tournant largement autour de la pertinence de s'en être pris à Saddam Hussein dans le contexte global de la lutte antiterroriste.
Sur le fond, le débat a donné lieu à un certain nombre d'accusations mutuelles et à un déluge de statistiques contradictoires face auxquelles le commun des électeurs sera largement resté insensible. L'Irak, le terrorisme et la sécurité nationale ont occupé l'essentiel du débat, malgré le fait que la moitié de l'affrontement était théoriquement consacré aux questions intérieures (santé, éducation, mariage gai...).
Le débat entre «vice-présidents» est traditionnellement considéré comme un épiphénomène dans une campagne présidentielle. Celui d'hier soir entre MM. Cheney et Edwards, le seul à se tenir entre les deux hommes, revêtait en revanche une importance politique inédite, à la lumière de la performance de M. Kerry, unanimement sacré champion du débat de jeudi dernier contre le président Bush.
La mission des deux colistiers s'affrontant hier à la Case Western Reserve University of Cleveland, en Ohio, était simple, mais ô combien délicate: M. Edwards, avocat millionnaire et «jeune» politicien aux accents populistes, vu par plusieurs comme une étoile montante de la politique américaine, devait bâtir sur l'avancée réussie la semaine dernière par M. Kerry. Il devait aussi faire la preuve qu'il serait assez compétent pour occuper les fonctions présidentielles si des circonstances exceptionnelles se présentaient. Les sondages et les analystes diront s'il a rempli sa mission.
Un ultraconservateur qui ne s'en cache pas, M. Cheney, considéré comme le vice-président le plus puissant de l'histoire des États-Unis, avait la lourde tâche de réussir là où le président a carrément échoué la semaine dernière. À savoir: défendre avec plus de conviction que M. Bush ne l'a fait la décision d'entrer en guerre contre l'Irak. Du reste, l'occasion était donnée aux Américains d'examiner un homme largement considéré comme le président de facto tirant les ficelles derrière M. Bush à la Maison-Blanche.
Qui donc a tiré son épingle du jeu? Les déclarations de M. Edwards, 51 ans, ont trahi son inexpérience en politique étrangère. Plus nerveux, butant sur ses explications, il a parfois donné l'impression de sortir tout droit d'un cours accéléré de politique étrangère 101, sans en maîtriser toutes les subtibilités, répétant l'essentiel du discours de M. Kerry sur le «chaos» irakien et la nécessité de réconcilier les États-Unis avec la communauté internationale.
Plus sûr de lui, M. Cheney, 63 ans, a affronté son adversaire sur un ton confiant, pour ne pas dire condescendant. Il a cherché, à plusieurs reprises, à épingler M. Edwards pour des «erreurs» de fait pointues. Il a martelé «l'inconstance» et le «manque de crédibilité» du «ticket» Kerry-Edwards sur la question irakienne. En réaction à une affirmation du colistier démocrate, il a déclaré: «Je ne sais pas par où commencer. Il y a tellement d'erreurs dans ce qu'il vient de dire.» Il a renoncé à plusieurs reprises à son droit de réplique, creusant l'impression que M. Edwards était un novice qui ne mérite même pas qu'on lui réponde. Concernant la déclaration de M. Bremer, il a esquivé la question.
Le candidat démocrate à la vice-présidence n'a pas pour autant été en reste. Alors que M. Cheney étalait son passé et ses compétences — il a trente ans de carrière et a servi sous quatre présidents — M. Edwards, qui n'a que six ans d'expérience comme sénateur, lui a lancé: «Un long CV ne veut pas dire un jugement juste.» Mais en général, les coups qu'il a tenté de porter contre M. Cheney, concernant notamment les services pétroliers Halliburton, une entreprise qui a décroché une large part des contrats de reconstruction en Irak et dont il a été p.-d.-g. pendant plusieurs années, lui ont coulé sur le dos comme sur le dos d'un canard.
Un détail qui en dit long: M. Cheney a à peine mentionné le nom de George Bush pendant les 90 minutes du débat, M. Edwards n'a pas cessé de répéter celui de John Kerry.
Un premier sondage instantané, réalisé à l'issue du face-à-face, a désigné le vice-président comme vainqueur pour 43 % des personnes interrogées contre 37 % pour M. Edwards.
Un deuxième débat entre MM. Bush et Kerry a lieu vendredi à l'université Washington, à St. Louis, au Missouri. Le troisième et dernier, touchant les questions intérieures et l'économie, a lieu mercredi prochain à Phoenix, en Arizona. Le dernier sondage, publié hier par CBS et le New York Times, place MM. Bush et Kerry à égalité, avec 47 % chacun des intentions de vote.
Avec l'Agence France-presse
Haut de la page

