La campagne en 90 minutes
À vue de nez et vu de Montréal: avantage Kerry. Si le candidat démocrate, qui traîne dans les sondages, jouait sa tête hier soir à l'université de Miami contre George Bush devant près de 60 millions de téléspectateurs, il ne l'a pas perdue.
Le débat d'hier, portant sur la sécurité nationale et la politique extérieure, était jugé crucial pour M. Kerry à un mois de la présidentielle du 2 novembre. Toute une campagne électorale concentrée dans 90 petites minutes. Aura-t-il suffisamment bien paru pour s'imposer contre le président en ces «temps de guerre»? Il aura, en tout cas, fait mentir l'image du politicien sans empathie et aux positions changeantes que les républicains aiment à dépeindre.
M. Kerry ne manquait pas de munitions: enlisement du conflit irakien, manipulations politiques au sujet des armes de destruction massive, incapacité à capturer Oussama ben Laden, multiplication des attentats terroristes, pertes en vies humaines, contrats d'Halliburton... Et il les a bien utilisées, sans s'embrouiller, déconstruisant avec aplomb les positions du président qui a paru à plusieurs reprises exaspéré, hésitant, sur la défensive. En un mot, John Kerry l'a, sur le fond, mis en boîte, contestant sa crédibilité en politique étrangère et l'accusant, dès le départ, d'avoir commis «une colossale erreur de jugement» en lançant la guerre en Irak sans coalition digne de ce nom, plutôt que de s'attaquer à l'essentiel: combattre Oussama ben Laden et al-Qaïda.
Moment fort de ce débat qui n'en était pas tout à fait un — les deux candidats n'ayant pas le droit de se parler directement — alors que M. Kerry épinglait le président pour son refus de corriger le tir de sa politique étrangère à la lumière du chaos irakien. Reconnaissant avoir fait une erreur en ne votant pas la totalité d'une rallonge budgétaire pour les troupes américaines, le candidat démocrate a répliqué au président en lui reprochant d'en avoir commis une en envahissant l'Irak. «Quelle était la pire?», lui a-t-il demandé. Touché! En fin de débat, il lui a lancé: «On peut être sûr d'une chose et se tromper en même temps.» M. Kerry a confirmé sa réputation d'excellent débatteur.
Impénitent, moins articulé, George Bush s'en est tenu, en grande partie, à un argument unique: à savoir que M. Kerry est une «girouette» et qu'il est trop porté sur le multilatéralisme pour avoir l'indépendance d'esprit nécessaire à la défense du peuple américaine et de ses intérêts.
Sauf que ces débats sont autant question de forme que de fond, de style que de substance. Jamais, soulignent les experts, ces questions de caractère personnel et de vision politique n'ont été cette année plus entremêlées que depuis 1972, pendant la guerre du Viet-nam. Si donc M. Kerry a gagné la joute intellectuelle, il reste à voir s'il a remporté celle des perceptions populaires. A-t-il donné aux Américains le sentiment qu'ils pourraient lui faire confiance? est la question à laquelle les spécialistes se déverseront en fines analyses au cours des prochains jours sur toutes les tribunes médiatiques. À ce jeu, M. Bush, plus chaleureux, partait pourtant gagnant contre un John Kerry jugé froid. La politique spectacle a l'habitude de faire l'économie de la nuance. C'est un piège dans lequel le débat d'hier soir, du reste assez linéaire, n'est pas tombé. Aussi, la rigidité des règles du débat aura peut-être désavantagé le président.
Les sondages tireront des conclusions au cours des prochains jours. En 1960, le sentiment que Richard Nixon avait mal paru face à John F. Kennedy avait été peu remarqué le lendemain du débat. Sa mauvaise performance n'avait vraiment été relevée que 48 heures plus tard.
Que le débat ait été tenu en Floride ne manquait pas de symbolisme, s'agissant de l'État où s'est conclu dans le fiasco la présidentielle de 2000. Il y a quatre ans, pendant les trois débats entre le vice-président Al Gore et M. Bush, à l'époque gouverneur du Texas, le mot terrorisme n'avait été prononcé qu'une seule fois — par M. Gore. Il l'a été maintes fois hier soir.
M. Bush aura passé presque toute sa présidence à surfer sur le capital de soutien que lui a procuré les attentats 11 septembre 2001. Voyons voir maintenant si, à la lumière de ce premier débat — deux autres se tiendront les 8 et 13 octobre prochains —, la vague se cassera d'ici le 2 novembre.
Le débat d'hier, portant sur la sécurité nationale et la politique extérieure, était jugé crucial pour M. Kerry à un mois de la présidentielle du 2 novembre. Toute une campagne électorale concentrée dans 90 petites minutes. Aura-t-il suffisamment bien paru pour s'imposer contre le président en ces «temps de guerre»? Il aura, en tout cas, fait mentir l'image du politicien sans empathie et aux positions changeantes que les républicains aiment à dépeindre.
M. Kerry ne manquait pas de munitions: enlisement du conflit irakien, manipulations politiques au sujet des armes de destruction massive, incapacité à capturer Oussama ben Laden, multiplication des attentats terroristes, pertes en vies humaines, contrats d'Halliburton... Et il les a bien utilisées, sans s'embrouiller, déconstruisant avec aplomb les positions du président qui a paru à plusieurs reprises exaspéré, hésitant, sur la défensive. En un mot, John Kerry l'a, sur le fond, mis en boîte, contestant sa crédibilité en politique étrangère et l'accusant, dès le départ, d'avoir commis «une colossale erreur de jugement» en lançant la guerre en Irak sans coalition digne de ce nom, plutôt que de s'attaquer à l'essentiel: combattre Oussama ben Laden et al-Qaïda.
Moment fort de ce débat qui n'en était pas tout à fait un — les deux candidats n'ayant pas le droit de se parler directement — alors que M. Kerry épinglait le président pour son refus de corriger le tir de sa politique étrangère à la lumière du chaos irakien. Reconnaissant avoir fait une erreur en ne votant pas la totalité d'une rallonge budgétaire pour les troupes américaines, le candidat démocrate a répliqué au président en lui reprochant d'en avoir commis une en envahissant l'Irak. «Quelle était la pire?», lui a-t-il demandé. Touché! En fin de débat, il lui a lancé: «On peut être sûr d'une chose et se tromper en même temps.» M. Kerry a confirmé sa réputation d'excellent débatteur.
Impénitent, moins articulé, George Bush s'en est tenu, en grande partie, à un argument unique: à savoir que M. Kerry est une «girouette» et qu'il est trop porté sur le multilatéralisme pour avoir l'indépendance d'esprit nécessaire à la défense du peuple américaine et de ses intérêts.
Sauf que ces débats sont autant question de forme que de fond, de style que de substance. Jamais, soulignent les experts, ces questions de caractère personnel et de vision politique n'ont été cette année plus entremêlées que depuis 1972, pendant la guerre du Viet-nam. Si donc M. Kerry a gagné la joute intellectuelle, il reste à voir s'il a remporté celle des perceptions populaires. A-t-il donné aux Américains le sentiment qu'ils pourraient lui faire confiance? est la question à laquelle les spécialistes se déverseront en fines analyses au cours des prochains jours sur toutes les tribunes médiatiques. À ce jeu, M. Bush, plus chaleureux, partait pourtant gagnant contre un John Kerry jugé froid. La politique spectacle a l'habitude de faire l'économie de la nuance. C'est un piège dans lequel le débat d'hier soir, du reste assez linéaire, n'est pas tombé. Aussi, la rigidité des règles du débat aura peut-être désavantagé le président.
Les sondages tireront des conclusions au cours des prochains jours. En 1960, le sentiment que Richard Nixon avait mal paru face à John F. Kennedy avait été peu remarqué le lendemain du débat. Sa mauvaise performance n'avait vraiment été relevée que 48 heures plus tard.
Que le débat ait été tenu en Floride ne manquait pas de symbolisme, s'agissant de l'État où s'est conclu dans le fiasco la présidentielle de 2000. Il y a quatre ans, pendant les trois débats entre le vice-président Al Gore et M. Bush, à l'époque gouverneur du Texas, le mot terrorisme n'avait été prononcé qu'une seule fois — par M. Gore. Il l'a été maintes fois hier soir.
M. Bush aura passé presque toute sa présidence à surfer sur le capital de soutien que lui a procuré les attentats 11 septembre 2001. Voyons voir maintenant si, à la lumière de ce premier débat — deux autres se tiendront les 8 et 13 octobre prochains —, la vague se cassera d'ici le 2 novembre.
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