samedi 19 mai 2012 Dernière mise à jour 16h33
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Qui va gagner ?

À un mois et demi de l'élection américaine, les modèles de prévision donnent la faveur à Bush

Pierre Martin - Professeur de science politique et directeur de recherche à la Chaire d'études politiques et économiques américaines, Université de Montréal  17 septembre 2004  États-Unis
Les politologues sont assez loquaces pour commenter les événements après coup mais ils le sont moins lorsqu'il s'agit de se prononcer sur l'avenir. Malgré tout, depuis une vingtaine d'années, un groupe de prévisionnistes se réunit tous les quatre ans, fin août, au congrès de l'American Political Science Association pour rendre publiques leurs prévisions en vue de la présidentielle de novembre. À Chicago, cette année, la modestie était de mise car presque toutes les prévisions présentées en 2000 avaient donné la victoire au démocrate Al Gore.

Qu'en est-il cette fois-ci? Les huit modèles présentés par des chercheurs de dix universités américaines donnent à George Bush une majorité du vote populaire, sauf un, qui prédit une égalité virtuelle entre les candidats. Comment ces modèles sont-ils construits? Peut-on se fier aux résultats qu'ils annoncent? La partie est-elle d'ores et déjà jouée?

Science ou boule de cristal ?

Tout observateur politique attentif peut faire des prédictions sur les élections. On consulte les sondages; on évalue la performance économique du gouvernement; on observe les signes plus subjectifs qui donnent le ton à une campagne; on compare avec des épisodes passés; finalement, on se prononce sur l'éventuel gagnant. En général, ceci n'a rien de scientifique.

Depuis la convention républicaine, les sondages indiquent que George Bush semble voguer vers la victoire. Les sondages aident à prédire les résultats mais révèlent aussi la mobilité de l'opinion. Peu de sondeurs s'aventurent donc à publier des prédictions définitives deux mois avant l'élection. Comment les prévisionnistes s'y prennent-ils?

Généralement, s'il n'y a pas de crise majeure, si l'économie va bien et si le président a la confiance des électeurs en début de campagne, on s'attend à ce que le parti sortant soit reporté au pouvoir. Ceci n'est pas unique aux États-Unis, et des études dans plusieurs pays ont démontré le lien sans équivoque entre la performance économique et l'appui au président ou au gouvernement. Toutefois, les signaux sont rarement aussi nets qu'ils l'étaient, par exemple, lors de la réélection de Ronald Reagan, en 1984.

La méthode de prévision est classique. La variable cible est la proportion du vote pour le candidat du parti sortant par rapport au vote des deux grands partis. L'échantillon retenu est l'ensemble des élections présidentielles pour lesquelles des mesures sont disponibles sur tous les facteurs retenus dans l'analyse. On détermine les variables pertinentes observables quelques mois avant chaque élection. L'analyse consiste à estimer les coefficients qui, une fois combinés aux variables observées, permettront la prédiction la plus proche des résultats connus. Il s'agit ensuite de multiplier chaque mesure effectuée durant l'année courante par son coefficient pour obtenir une estimation du résultat électoral.

La clé réside dans le choix des bonnes variables. Les facteurs les plus prisés par les prévisionnistes sont des mesures de performance économique, les sondages sur la popularité du président publiés au cours de l'été, l'avantage conféré au candidat sortant et un facteur d'usure qui rend improbable une succession de plus de deux mandats pour un même parti.

Pourquoi Bush s'en tire-t-il si bien ?

En moyenne, les prévisionnistes accordent un peu plus de 54 % des voix à George Bush (les résultats variant de 51,7 à 57,6 % pour les sept modèles analysés à Chicago et qui donnaient gagnant le président sortant). Ce chiffre peut surprendre si on tient compte de l'opposition viscérale qu'il inspire à une large partie de l'électorat et la piètre performance économique de son administration. Toutefois, même si le taux d'approbation de George Bush est à la baisse depuis les sommets atteints au lendemain du 11 septembre 2001, une majorité d'Américains lui font encore confiance pour l'enjeu central qu'est la lutte contre le terrorisme.

Sur le plan économique, la plupart des études s'entendent pour dire que les électeurs ont la mémoire courte. Par conséquent, la croissance modérée que connaissent les États-Unis en 2004 après trois années de vaches maigres devrait, selon les modèles, suffire à satisfaire suffisamment d'électeurs pour faire la différence. Aux yeux des électeurs, il semble peu importer que cette croissance ait été acquise au prix d'un déficit vertigineux ou qu'un président réputé conservateur ait dû augmenter de façon considérable les dépenses publiques (y compris, bien sûr, les dépenses militaires) pour parvenir à réinsuffler un peu de vie à une économie moribonde.

Il est intéressant de noter que le seul modèle qui vienne tempérer le vent d'optimisme des républicains — celui des chercheurs Michael Lewis-Beck et Charles Tien, qui donne 49,9 % des voix à M. Bush — est celui qui tient compte de la croissance de l'emploi, certes le talon d'Achille de la performance de l'équipe Bush. John Kerry en est parfaitement conscient, et c'est un thème majeur de ses récents efforts pour reconquérir la position de tête.

Toutefois, ceux qui ont perdu leur emploi — tout nombreux qu'ils soient — demeurent une minorité alors que les réductions d'impôt ont profité à un bien plus grand nombre de gens. Dans un contexte d'optimisme sur les chances de reprise de l'économie américaine, les critiques du candidat Kerry sur la performance économique de Bush sont loin d'avoir l'efficacité souhaitée.

Le sort en est-il jeté ?

Si on peut en prédire l'issue des mois à l'avance, ceci signifie-t-il que les campagnes électorales sont inutiles? Certes non. Si l'histoire démontre une chose, c'est que les deux grands partis ont toujours fait et feront toujours le maximum d'effort pour l'emporter. Les deux candidats et leur équipe lutteront avec l'énergie du désespoir jusqu'au 2 novembre. Pour les prévisionnistes, toutefois, ces efforts ont tendance à s'annuler et, toutes choses étant égales par ailleurs, la performance objective récente de l'économie et les perceptions durables sur la qualité des candidats en lice finiront par être révélées par les mois d'intense campagne.

Ceci étant, l'avance projetée du président Bush n'est pas énorme et est loin d'être blindée. Malgré le soin que les républicains mettront à protéger cette avance, nul n'est à l'abri de la proverbiale pelure de banane ou de l'événement incontrôlable qui pourrait renverser la vapeur. Il n'est pas dit non plus que le collège électoral, qui avait joué des tours aux démocrates en 2000, ne se retournera pas cette fois-ci contre le parti au pouvoir.

Finalement, même si l'économie devrait être une carte maîtresse pour Kerry, Bush pourra miser sur un début de reprise pour esquiver les attaques. Mais les marchés sont imprévisibles, et la perspective d'une hausse prochaine des taux d'intérêt et la possibilité d'une succession de nouvelles décevantes pourraient relancer les chances des démocrates.

Bref, les résultats des prévisionnistes suggèrent que John Kerry aura fort à faire dans les semaines qui viennent s'il veut battre George Bush. Le message est donc clair: les tendances lourdes favorisent le président sortant, qui a de bonnes chances de l'emporter si sa campagne est au moins aussi bonne que celle de son adversaire. L'élection de 2000 montre qu'il est encore possible pour Kerry de faire mentir les prédictions mais, pour cela, il devra dominer clairement dans le dernier droit de la campagne.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012