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    Éditorial

    Fiscalité 2018: l’effet Trump

    Le président américain, Donald Trump, a finalement réussi à faire adopter une réforme fiscale dont les républicains rêvaient pour eux-mêmes et pour leurs amis actionnaires, mais dont les effets commencent déjà à se faire sentir chez nous. Attachez-vous, le vent Trump soufflera encore plus fort en 2018.


    Contrairement à ce que Donald Trump avait promis pendant et après la campagne électorale, il faudra beaucoup plus qu’une carte postale pour remplir sa déclaration d’impôt aux États-Unis. En effet, la réforme adoptée par le Congrès quelques jours avant Noël tient dans un document de 500 pages qui crée autant de nouvelles mesures qu’elle en abolit et en modifie.

     

    N’empêche : au bout du compte, les changements apportés à l’impôt seront surtout rentables pour les citoyens à revenus élevés et les entreprises, petites et grandes. Et c’est précisément pour cette raison qu’elles auront un effet certain sur la fiscalité de tous les pays concurrents des États-Unis, dont le Canada.

     

    Tout d’abord, Washington réduit de façon marquée l’impôt fédéral sur les profits des sociétés, lequel sera désormais de 21 % au lieu de 35 %. En ajoutant l’impôt des États, on obtient un taux combiné moyen autour de 26 %, soit un peu plus bas que le taux canadien combiné de 26,7 %.

     

    Une autre mesure consiste à permettre la déduction des intérêts sur les emprunts jusqu’à un maximum de 30 % des profits déclarés. Cela incitera les sociétés à déclarer plus de profits imposables aux États-Unis (au nouveau taux de 21 %) et plus de dépenses d’intérêt dans les filiales étrangères. Résultat : moins de revenus fiscaux pour les gouvernements étrangers.

     

    Dans la même veine, la réforme encourage les grandes sociétés comme Apple et Google à rapatrier une bonne partie des 2500 milliards de dollars de profits conservés dans leurs filiales étrangères en réduisant le taux d’imposition de 35 % à 15,5 %. Un très beau cadeau de Noël.

     

    Pour les républicains, l’argent ainsi économisé ou rapatrié servira à investir, à créer des emplois et même à augmenter les salaires des travailleurs. Comme pour leur donner raison, AT&T a annoncé qu’elle versera un bonus de 1000 $ à ses 200 000 employés américains grâce à la baisse d’impôt du président.

     

    Une théorie bien différente déduite de l’expérience vécue sous Ronald Reagan veut plutôt que cet argent aille en priorité aux actionnaires sous forme de dividendes extraordinaires et de rachat d’actions pour en faire augmenter la valeur en bourse.

     

    Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les entreprises établies en sol américain qui sortent gagnantes, y compris les sociétés étrangères qui trouveront de plus en plus intéressant de s’installer aux États-Unis.

     

    Sous les conservateurs, le Canada a réduit l’impôt sur les profits d’entreprises et le Québec a fait de même pour attirer des investissements étrangers et retenir ses propres entreprises. À cause de la réforme américaine, tous les pays vont maintenant subir les pressions des associations d’affaires et des lobbies qui les représentent.

     

    La bataille pour la baisse des impôts des entreprises et la diminution de la réglementation entre dans une nouvelle phase, peut-être la plus dure des dernières décennies. Avantages sociaux, lois du travail, réglementation… Il faut s’attendre à ce que tout fasse l’objet de critiques de la part des milieux d’affaires. Un comité du Sénat canadien vient d’ailleurs de proposer une refonte en profondeur du régime fiscal canadien.

     

    Va pour une réforme, on peut toujours faire mieux, mais laquelle ? Plus de taxes indirectes, mais moins d’impôt sur le revenu ? Moins d’impôt sur les profits, mais plus de charges sociales ?

     

    Il n’y a pas qu’un seul moyen de stimuler l’investissement et la productivité. Comment faire face à la pénurie de main-d’oeuvre spécialisée sinon en investissant intelligemment en éducation et dans la requalification de la main-d’oeuvre touchée par la réingénierie des services ? Comment attirer des investissements dans les industries de pointe, de la robotique aux sciences de la santé en passant par l’intelligence artificielle, sinon en consacrant davantage de ressources aux infrastructures appropriées ? Comment faire face à la concurrence des géants américains sinon en leur imposant au moins les mêmes règles fiscales qu’aux entreprises d’ici ?

     

    Ce n’est pas suffisant de traiter Donald Trump d’imbécile. Car si l’homme est un imbécile, les mesures qu’il adopte constituent une menace certaine pour nous. Tous les pays tentent de développer chez eux les industries de l’avenir. Faute d’avoir la force du nombre, ayons celle de l’intelligence.













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