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    Trump, un canard déjà boiteux

    Le président a eu du mal à imposer ses priorités dans le débat public et au Congrès

    30 décembre 2017 | Marie-Christine Bonzom - Collaboratrice | États-Unis
    Le président Trump a démantelé de nombreuses réglementations environnementales, économiques et financières qui, selon lui, entravaient les investissements, l’emploi et la croissance du pays.
    Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président Trump a démantelé de nombreuses réglementations environnementales, économiques et financières qui, selon lui, entravaient les investissements, l’emploi et la croissance du pays.

    À la fin de sa première année de mandat, Donald Trump est un président affaibli. Impopulaire, en bisbille avec le Congrès, où sa majorité sénatoriale se réduit après la défaite de Roy Moore en Alabama, il a dû agir par décret pour apporter des changements concrets.


    Le 45e président des États-Unis est, à ce stade de son mandat, le plus impopulaire depuis 1945. Il est le premier visé par une enquête du FBI, tant avant qu’après son élection. Sa personnalité et l’enquête sur les allégations de collusion avec la Russie pendant la campagne de 2016 handicapent sa présidence.

     

    Certes, la base de Donald Trump se maintient à environ 38 % contre vents et marées. Richard Jennings est l’un de ces trumpistes irréductibles. « Trump fait un excellent boulot, il est totalement différent des politiciens normaux, il se moque de savoir si vous êtes un ami ou son pire ennemi, il dit la vérité telle qu’il la voit, c’est rafraîchissant », déclare au Devoir ce facteur de 61 ans qui avait voté deux fois pour Barack Obama et a d’abord soutenu Bernie Sanders aux primaires en 2016.

     

    Mais Donald Trump a dû user du décret pour imposer le changement qu’il souhaite. « Il n’a pas pu former de coalition efficace pour gouverner, il est en désaccord avec son propre parti, incapable de travailler avec l’opposition, c’est une situation inédite, car chaque président américain a su travailler avec son propre parti, sauf, peut-être, Jimmy Carter », explique au Devoir George Edwards, politologue et spécialiste de la présidence américaine à l’Université A&M du Texas.

     

    Stratégie politique

     

    Depuis janvier, le président a fonctionné au carburant qui avait propulsé sa candidature : celui de la controverse. Il a manié l’invective et la dérision sur son fil Twitter comme dans ses conférences de presse et ses discours devant ses partisans.

     

    Ses déclarations après le drame de Charlottesville ont soulevé un tollé, notamment quand il a affirmé qu’il y avait « des gens bien » parmi les néonazis réunis dans cette ville, avant qu’un de ces manifestants fonce avec une voiture sur les contre-manifestants, tuant une femme.

     

    Donald Trump a créé de toutes pièces une énorme controverse en traitant de « fils de pute » les joueurs de la NFL qui, sans s’en prendre à lui, protestent depuis 2016 contre les brutalités policières en s’agenouillant avant les matchs quand l’hymne national est joué ou le drapeau, levé.

     

    Par ailleurs, il n’a cessé d’attaquer les médias, fustigeant leurs fake news et leur partialité. Il est vrai que CNN et MSNBC semblent avoir abandonné toute prétention d’objectivité à propos de Donald Trump et que des médias, dont CNN, ABC et Time, ont reconnu avoir publié des reportages erronés sur M. Trump.

     

    Mais l’hostilité du président envers les médias participe d’une apparente stratégie pour attiser ce que les Américains appellent depuis longtemps « les guerres culturelles », des conflits sociétaux qui permettent aujourd’hui à M. Trump de détourner l’attention des problèmes de sa présidence et d’éviter l’effondrement de sa base.

    [Donald Trump] n’a pas pu former de coalition efficace pour gouverner, il est en désaccord avec son propre parti, incapable de travailler avec l’opposition, c’est une situation inédite, car chaque président américain a su travailler avec son propre parti, sauf, peut-être, Jimmy Carter
    George Edwards, spécialiste de la présidence américaine à l’Université A&M du Texas
     

    Continuité à l’extérieur

     

    « En politique étrangère, il y a plus de continuité que de changement », estime le professeur George Edwards. Continuité, plus que changement, envers la Chine, l’OTAN, l’Ukraine et même la Russie.

     

    Malgré sa rhétorique souvent alarmante sur la Corée du Nord, Donald Trump a fait dans la continuité en pressant la Chine de persuader Pyongyang de cesser ses essais balistiques et nucléaires et en offrant des négociations à Kim Jong-un. « Car il n’y a pas de vraie solution de remplacement à la politique d’endiguement de ses prédécesseurs », note l’expert de la présidence américaine.

     

    Le changement le plus fondamental et considérable intervint le 6 décembre, quand Donald Trump prit la décision historique et controversée d’établir l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

     

    Les autres changements les plus décisifs touchent au commerce et à l’environnement. M. Trump a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur les changements climatiques et du Partenariat transpacifique. Il a entamé la renégociation de l’ALENA.

     

    En Syrie et quant au groupe armé État islamique (EI), il s’est montré plus agressif que Barack Obama. Il a donné plus de latitude au Pentagone et a puni une violation de la « ligne rouge » posée, mais sans conséquence, par son prédécesseur.

     

    Il a ainsi ordonné des frappes aériennes contre une base militaire d’où Bachar al-Assad avait lancé une attaque à l’arme chimique. Par ailleurs, les troupes locales appuyées par les États-Unis ont remporté des victoires cruciales contre le groupe EI : les reconquêtes de Mossoul et Raqqa, capitale du califat autoproclamé du groupuscule djihadiste.

     

    En Afrique, il a, tandis que le groupe EI perdait son fief et renforçait sa présence sur ce continent, intensifié les opérations militaires contre les groupes islamistes que George W. Bush et Barack Obama avaient autorisées.

     

    Changements profonds à l’intérieur

     

    « C’est sur les plans économique et intérieur que le changement le plus profond est intervenu », indique George Edwards.

     

    Donald Trump a démantelé de nombreuses réglementations environnementales, économiques et financières qui, selon lui, entravaient les investissements, l’emploi et la croissance. Du reste, la réforme fiscale adoptée par le Congrès est sa seule grande victoire législative. Il a aussi autorisé le pipeline Keystone de TransCanada, ouvert des parcs naturels aux activités d’extraction, protégé les centrales électriques au charbon de toute obligation de contrôler leurs rejets de gaz à effet de serre.

     

    Bien que l’économie américaine ne réponde pas seulement aux impulsions présidentielles, il est incontestable que, déjà bien relancée à la fin de l’ère Obama, elle s’est beaucoup améliorée cette année : chômage au plus bas et confiance des consommateurs au plus haut depuis 2000, augmentations historiques des trois grands indices de Wall Street. « Je donne un A+ à Trump pour l’économie », commente le facteur Richard Jennings.

     

    À propos de l’immigration, l’attention s’est focalisée sur le décret de Donald Trump, suspendant la délivrance de visas et de permis de séjour pour six pays d’Afrique et du Proche-Orient. Le décret ayant été modifié deux fois par rapport aux recours en justice, ce n’est qu’en décembre que la Cour suprême a autorisé son application à ces pays augmentés de la Corée du Nord et du Venezuela.

     

    Mais le président a aussi mis fin à l’accueil provisoire des Haïtiens et à la délivrance de permis temporaires aux 800 000 clandestins arrivés en tant que mineurs. Surtout, l’action et le ton du président dans le domaine de l’immigration se traduisent par une hausse de 25 % des arrestations de clandestins à travers le pays et par une baisse historique des entrées illégales aux frontières, désormais à leur plus bas niveau depuis 1971.

     

    Par ailleurs, Donald Trump a lancé une réforme de l’enseignement axée sur la privatisation des écoles et le renforcement des pouvoirs locaux.

     

    Cependant, le changement le plus important, car le plus durable, concerne la justice. M. Trump a déjà gravé son empreinte sur la jurisprudence pour les décennies à venir. Il a désigné un magistrat à la Cour suprême, nommé des dizaines de juges de première instance et de cour d’appel. Pour ces postes à vie, la plupart des recrues sont des hommes, blancs et conservateurs.

     

    Menace de destitution

     

    Impopulaire, en conflit avec sa majorité désormais déclinante au Sénat et diminué par les inculpations dans l’enquête sur la Russie, Donald Trump est un « canard boiteux » (lame duck) avant l’heure, c’est-à-dire un président affaibli qui peine à imposer ses priorités dans le débat public et au Congrès.

     

    L’échec des mesures les plus emblématiques de son programme électoral que sont l’abrogation d’Obamacare et le mur frontalier avec le Mexique reflète ce statut peu enviable pour un chef d’État. « Trump a un grand atout, c’est d’avoir un gouvernement unifié, puisque le Parti républicain contrôle l’exécutif et le législatif, et pourtant, il est totalement dépendant du Congrès et en est réduit à vendre les initiatives des autres », relève le politologue George Edwards.

     

    Pour le moment, les motions de destitution déposées par des élus démocrates se sont heurtées aux objections des dirigeants de leur parti et au front uni présenté par les républicains.

     

    L’avenir de la présidence Trump réside donc dans les conclusions de l’enquête sur la Russie et dans le résultat des législatives de novembre prochain. « Si les inculpations pleuvaient, si des preuves de collusion étaient trouvées et si les républicains perdaient le Sénat et la Chambre, alors l’impeachment deviendrait une menace réelle », souligne le professeur Edwards.













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