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    Faire rire avec l’info, une mission de plus en plus délicate

    Un espace qui s’est réduit depuis l’arrivée de Trump au pouvoir et les fausses nouvelles

    29 décembre 2017 | Thomas Urbain - Agence France-Presse à New York | États-Unis
    Les recettes de l’information satirique ne sont plus aussi efficaces à l’heure du gouvernement Trump et des fausses nouvelles.
    Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Les recettes de l’information satirique ne sont plus aussi efficaces à l’heure du gouvernement Trump et des fausses nouvelles.

    Outrance, absurdité, les recettes habituelles de l’information satirique ne sont plus aussi efficaces à l’heure du gouvernement Trump et des fausses nouvelles (« fake news »). D’où la nécessité pour les sites parodiques ou les talk-shows télévisés d’évoluer pour continuer à faire rire.

     

    The Onion, The Flipside, The Borowitz Report, ces sites parodiques se sont tous fait un nom aux États-Unis en malaxant l’information pour lui donner un tour humoristique, s’écartant ouvertement de la réalité.

     

    La formule fonctionnait car à contre-pied des vraies informations. Mais c’était avant que les tweets de Donald Trump et les titres accrocheurs des fake news ne brouillent les lignes.

     

    « L’absurdité de la réalité a complètement dépassé tout ce que l’imagination aurait pu produire », constate Andy Borowitz, auteur et humoriste, qui tient depuis 2001 le Borowitz Report, un blogue d’informations satiriques.

     

    « Ce serait vain pour moi de tenter de surpasser cette absurdité, dit-il. Donc, j’essaye plus ou moins de retranscrire ce qui se passe, peut-être avec une vision plus brute, moins policée. »

     

    Pour autant, le besoin de rire est bien là, « parce que la situation dans laquelle nous nous trouvons est tellement terrible », explique l’humoriste, pour qui l’exercice est moins complexe que durant l’ère Obama, plus lisse.

     

    Son blogue, désormais publié par le site du magazine The New Yorker, a bien pris soin de mentionner « satire » dans le titre. « Il est très clair que nous n’essayons pas de piéger qui que ce soit », clame Andy Borowitz.

     

    Un noyau de vérité

     

    Ce n’est pas le cas, en revanche, de Christopher Blair, personnage mystérieux qui se cache derrière une série de sites satiriques tel The Last Line of Defense, qui ont beaucoup fait parler depuis un an.

     

    Il affirme à l’AFP avoir « fait l’effort de montrer clairement que [ses] sites sont de la satire », mais de nombreux sites de vérification des faits lui reprochent, au contraire, d’avancer masqué, notamment pour en tirer un gain financier.

     

    Début mars, l’un de ses articles, qui inventait l’existence d’un mandat d’arrêt visant Barack Obama, a ainsi été repris par des dizaines de sites, qui l’ont présenté comme une véritable information.

     

    Christopher Blair explique que si son positionnement est clair pour le plus grand nombre, il cherche bien à tromper « le pire de ce que la droite a à offrir », pour stigmatiser ses réactions, dit-il, et « l’humilier, parce que ça, ça fonctionne ».

     

    « Au centre de toute notre satire, il y a un noyau de vérité », expliquait pour sa part, en mai, Cole Bolton, rédacteur en chef de The Onion, qu’il a quitté en septembre, dans un entretien au site Seven Days Vt. « Et nous voulons que les gens le voient […] cet éclairage que nous faisons. Si nous ne faisions pas ça, nous ne serions pas des satiristes, nous serions des farceurs. »

     

    Question de perception

     

    C’est en cela qu’Andy Borowitz estime que son travail est proche de celui des humoristes de télévision. « Nous jouons dans le même bac à sable », dit-il.

     

    « C’est mal comprendre Stephen Colbert [CBS], John Oliver [HBO] ou Samantha Bee [TBS] », les animateurs les plus mordants de la télévision américaine, avec Trevor Noah (Comedy Central), « que de penser qu’ils inventent des choses ou qu’ils font semblant », fait valoir Geoffrey Baym, professeur à l’Université de Temple et coauteur d’un ouvrage sur la satire.

     

    Au contraire, « ils en appellent à un peu de vérité et de mesure dans le discours public », dit-il.

     

    « Si vous essayez simplement de vous moquer des personnalités et de petites phrases », expliquait, en février, John Oliver, au magazine Rolling Stone, « alors vous ne vous attaquez qu’à la forme ».

     

    « Aujourd’hui, l’argumentation directe fonctionne moins chez les gens », observe Geoffrey Baym. Or, « l’humour est justement un moyen efficace de critiquer et aussi de faire circuler de l’information ».

     

    En apparence, en l’absence d’humoristes identifiés comme conservateurs, ce terrain est totalement occupé par la satire progressiste.

     

    Pour Andy Borowitz, cela ne veut pas dire que l’humour est, par nature, de gauche, mais que les espaces dans lesquels il s’exprime à droite ne sont pas les mêmes.

     

    « En tant qu’auditeur progressiste », dit-il, « vous allez écouter » la vedette de la radio conservatrice Rush Limbaugh « et vous dire que ce n’est pas de l’humour, plutôt un animateur qui éructe sa haine. Mais ses auditeurs le trouvent drôle. C’est une question de perception ».













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