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    Éditorial

    La rebuffade en Alabama

    Guy Taillefer
    14 décembre 2017 |Guy Taillefer | États-Unis | Éditoriaux

    Le trumpisme en déroute ? Et si c’était vrai. La défaite de Roy Moore en Alabama vient en tout cas mettre en exergue la vulnérabilité de Donald Trump.


    Si les républicains peuvent être battus en Alabama, État rouge entre tous, alors c’est dire qu’ils peuvent l’être n’importe où, n’est-ce pas ? Du moins les démocrates, auxquels la victoire de Doug Jones mardi donne des ailes, veulent-ils le croire. Encore que, considérant l’ultraconservatisme, pour ne pas dire la vilenie des positions défendues par M. Moore, il y a lieu de se demander pourquoi sa défaite n’a pas été plus décisive.

     

    L’homme a deux fois été évincé de la Cour suprême de l’Alabama pour avoir refusé d’appliquer la loi au nom de ses convictions de chrétien fondamentaliste, a manifesté de la nostalgie pour l’esclavagisme, est un homophobe notoire, a estimé que les femmes ne devraient pas être autorisées à se présenter en politique et qu’il devrait être interdit aux musulmans d’être élus au Congrès…

     

    C’est mal connaître le conservatisme qui anime une large proportion de la population que de penser que cela aurait dû empêcher M. Moore d’être candidat dans cet État au lourd passé ségrégationniste. Et où, d’ailleurs, des Églises cautionnent le mariage des enfants. Qu’il ait été l’objet en novembre d’allégations graves d’agressions sexuelles auprès de mineures, perpétrées il y a 40 ans, ne l’a donc pas empêché d’obtenir 48,4 % des voix à l’élection de mardi au Sénat, à peine moins que les 49,9 % des votes obtenus par le démocrate Jones.

     

    Voilà pour l’envers de la médaille. Car si mince soit-elle, la victoire de M. Jones, premier démocrate élu sénateur de l’Alabama à Washington depuis 1992, n’en est pas moins extraordinaire. L’échec politique reste cuisant pour le président Trump, lui-même aux prises avec ses « histoires inventées » de femmes qui l’accusent d’agression et de harcèlement. Contre la plus fondamentale des considérations éthiques, M. Trump a donné son appui à un prédateur d’adolescentes au nom de la logique du vote utile, s’agissant de protéger la fragile majorité républicaine au Sénat. Cuisante défaite parce que M. Moore est au fond un avatar du président et que cette défaite témoigne, après les déboires républicains aux récentes élections en Virginie, de l’érosion de la « marque Trump » auprès de ses sympathisants et des difficultés qui attendent le parti aux législatives de mi-mandat de l’année prochaine.

     

    L’échec est aussi celui de Steve Bannon, l’ex-stratège politique de M. Trump, qui voyait en M. Moore l’avenir du Parti républicain, rien de moins. On s’en réjouit, c’est un homme à l’idéologie toxique. L’échec est enfin celui du parti comme tel, qui malgré quelques réticences et quelques tourments a fini par se ranger à la candidature de M. Moore, signalant par là qu’il est prêt à n’importe quelle compromission pour prendre et conserver le pouvoir.

     

    Les républicains en paient le prix en Alabama. Car si M. Jones, se faufilant vers la victoire, doit beaucoup à la mobilisation exceptionnelle de la minorité afro-américaine, il doit aussi son succès à la défection d’une partie de l’électorat blanc des banlieues aisées — en particulier féminin — qui, viscéralement incapable de donner son appui à la démocrate Hillary Clinton, avait voté pour M. Trump l’année dernière. « Merci [aux électeurs de l’Alabama] pour avoir voté comme des citoyens, et non pas comme les membres d’une tribu », a écrit le chroniqueur Thomas L. Friedman. Le faible taux de participation (35 %) a fait le reste.

     

    C’est une victoire qui sort les démocrates de la stupeur de la défaite d’Hillary Clinton. Qui leur ouvre des horizons. Qui surligne le fiasco que devient le Parti républicain. L’affreuse candidature de ce Roy Moore ne sera pas facilement effacée des mémoires.













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