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    Hold-up et camouflage

    Une bonne et une mauvaise nouvelle, à Washington en fin de semaine, pour le président Donald Trump…

     

    La bonne, c’est le vote au Sénat, par la plus faible des marges (51-49), mais tout de même, d’un budget qui, d’une façon manifeste, réduira les impôts des plus riches et creusera d’une manière vertigineuse les inégalités et le déficit public aux États-Unis. Mais qu’importe ! À court et à moyen terme, le président pourra présenter — s’il y a bien, dans les prochains jours, un vote final de ratification — le fait d’avoir réussi à faire passer ce budget comme un grand succès politique.

     

    D’abord, en faisant croire à sa base inconditionnelle (et un peu au-delà) qu’il soigne l’économie et les finances publiques américaines, en réduisant les impôts et en libérant l’entrepreneuriat. Aux yeux de nombreux naïfs aux États-Unis, Donald Trump passe toujours pour un Robin des Bois, un « anti-élite » qui parle au nom du peuple… alors qu’en réalité, il est très précisément un « Robin des Bois à l’envers », qui vole les pauvres et la classe moyenne pour donner aux riches.

     

    Ensuite, en obtenant un rare satisfecit au Congrès pour un projet de son cru. Que ce supposé « assainissement » budgétaire soit en réalité — comme l’écrivait hier The New York Times — « un hold-up fiscal de proportions historiques », cela importe peu : le Sénat a voté pour… voilà donc un président « capable » de faire bouger les choses !


     

    La mauvaise nouvelle pour Trump, qui a assombri la fin de semaine du président, c’est l’aveu de culpabilité de Michael Flynn, son ex-conseiller à la sécurité, un acteur important de la campagne républicaine de 2016 et de la période de transition de novembre à janvier dernier.

     

    Flynn a admis avoir menti au FBI sur la réalité et le contenu de ses contacts avec des officiels russes, et promis de collaborer avec le procureur spécial Robert Mueller qui pousse l’enquête.

     

    Pour certains, cette « affaire russe » — l’ingérence informatique répétée d’agents de Moscou ; la possible collusion « russo-républicaine » en 2016 pour salir Hillary Clinton, puis pour lever les sanctions contre Moscou — ne serait qu’une tempête dans un verre d’eau.

     

    Il s’agirait d’un nouveau cas de paranoïa antirusse, ou d’allégations non étayées, dans un contexte où « tout le monde le fait » (voir par exemple Le Monde diplomatique, décembre 2017). À cela, on peut répondre, sans préjuger des détails ou de ce que révéleront les enquêtes en cours, que cette affaire a en tout cas le don de piquer suprêmement Donald Trump, d’une façon suspecte et révélatrice.

     

    « Le crime, ce n’est pas le fait lui-même, mais le mensonge subséquent », avait-on dit lors des affaires du Watergate (1974) et de l’impeachment de Bill Clinton (1998). Le mensonge, dont « Donald » est un suprême praticien, peut en effet devenir très dangereux lorsqu’il touche à certains domaines.

     

    Souvent menteur, parfois candide, le président est soudain apparu samedi sur Twitter comme étant au courant des activités illégales de son cher Flynn, un homme qu’il plaignait et protégeait en paroles… même après son congédiement en février. Voici ce que M. Trump a écrit il y a 48 heures :

     

    « J’ai dû limoger le général Flynn parce qu’il a menti au vice-président et au FBI. Il a plaidé coupable de ces mensonges. C’est triste parce que ses actions pendant la transition étaient légales. Il n’y avait rien à cacher ! »

     

    Donald Trump semble, avec ce message, admettre qu’il savait que son ex-conseiller à la sécurité nationale avait menti… au FBI, spécifiquement ! Détail nouveau — et crucial —, puisqu’à l’époque du départ de Flynn, seul le fait qu’il ait menti au vice-président sur la teneur de ses échanges secrets avec l’ambassadeur russe avait été mentionné.

     

    Au-delà de « l’affaire » elle-même (potentiellement scandaleuse puisqu’elle implique une puissance étrangère… mais à l’ampleur et aux effets peut-être exagérés par les anti-Trump), c’est son traitement par les plus hautes autorités du pays qui est de plus en plus intéressant et troublant.

     

    Un budget pour les ultrariches, plus les mensonges et contradictions sur le « scandale russe » : voilà deux feuilletons qui résument bien cette première année de Donald Trump au pouvoir.













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