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    Éditorial

    États-Unis: une réforme fiscale tout en tromperie

    Guy Taillefer
    25 novembre 2017 |Guy Taillefer | États-Unis | Éditoriaux

    Le gouvernement Trump travaille au Congrès à faire passer une « réforme » fiscale comme les Américains n’en ont pas vu depuis Ronald Reagan, il y a 30 ans. Antiréforme serait plutôt le mot juste.


    Qui dit réformes dit par définition changements pour le mieux. On peut donc difficilement dire que la refonte de la fiscalité que Donald Trump a l’ambition d’avoir fait voter par le Congrès avant Noël est réformiste, considérant qu’il s’agit en grande partie d’un cadeau pour les plus riches dont la classe moyenne fera les frais. En vertu de la version de la loi votée à la Chambre des représentants, environ 45 % des réductions de taxes finiraient par aller dans les poches des ménages dont les revenus sont supérieurs à 500 000 $US, selon le Center on Budget and Policy Priorities. Une évaluation complémentaire de ce think tank crédible de Washington établit que les ménages dont les revenus annuels sont inférieurs à 75 000 $US verraient leur situation fiscale se détériorer.

     

    D’où cette question : par quelles dynamiques un parti politique aussi clairement voué à la défense des intérêts d’une minorité de richards parvient-il malgré tout à être élu ? Si la question n’est pas nouvelle, elle trouve sa réponse sous M. Trump dans la montée du « plouto-populisme », suivant l’expression créée par Martin Wolf, chroniqueur au Financial Times, un homme qu’on ne peut guère dire de gauche mais dont le point de vue plaît en l’occurrence à Noam Chomsky.

     

    Produit objectif du Parti républicain, M. Trump est aujourd’hui plouto-populiste en chef. Il a réussi, pour toutes sortes de raisons, à canaliser le ressentiment et l’insécurité d’une grande partie de ces Américains qui se sentaient, non sans raison, oubliés. Il n’est pas, en fait, sans continuité idéologique et culturelle avec le cinématographique Ronald Reagan, dont les coupes d’impôts en 1986 n’ont pas, soit dit en passant, déclenché la vague promise de croissance économique.

     

    C’est ainsi que, d’un mensonge à l’autre, le président-milliardaire se sent tout à la fois autorisé à marteler que sa réforme de la fiscalité bénéficierait « très peu aux gens fortunés », « qu’il est temps de se battre pour nos travailleurs américains » et que « je fais ce qui est juste et, croyez-moi, ce n’est pas bon pour moi ».

     

    S’agissant de faire avaler aux moins nantis et aux classes moyennes la couleuvre voulant qu’ils ont leurs intérêts à coeur, ces ploutocrates ont trois stratégies principales, dit M. Wolf : ils mobilisent des économistes et des intellectuels capables de défendre la fable selon laquelle l’ensemble des gens profiteront de politiques qui bénéficient en fait au plus petit nombre ; ils abusent de la loi, notamment en bloquant l’accès des minorités à l’exercice de leur droit de vote ; et ils cultivent les conflits ethniques, raciaux et culturels — une matière dans laquelle M. Trump excelle avec une brutale efficacité.

     

    La sociologue Eva Illouz parle de son côté de la montée aux États-Unis, comme dans le reste du monde, d’un « populisme émotionnel », où les peurs et le ressentiment qu’éprouve l’homme blanc chrétien (à l’égard des immigrants, des gais, des femmes…) se couplent à l’établissement d’un lien d’« intimité » avec le leader. La politique devient de moins en moins affaire de raison. Interviennent plus que jamais, dit-elle, des « structures symboliques profondes » (insécurité, espoir, déception, fierté…) où les politiques économiques compliquées d’un parti, fussent-elles nocives pour les électeurs, entrent moins que plus dans l’équation des choix électoraux.

     

    Vrai que tout cela se joue depuis longtemps à divers degrés en politique américaine, tant l’animosité entre mondes républicain et démocrate peut être viscérale. Cette refonte fiscale toute en duperie montre en tout cas que les républicains sont capables de créer les conditions propices à la survivance du trumpisme, même s’il n’est pas encore acquis que le Sénat votera la nouvelle loi. Il devrait survivre dans les États du sud à travers des hommes comme le sénateur Tom Cotton (Arkansas), militariste et xénophobe comme M. Trump, mais plus policé et bien à l’aise au sein de l’establishment washingtonien. Avec, à la clé, creusement des détresses et des inégalités. Alors quoi ? Sans être une panacée, il serait utile qu’un sursaut de discernement citoyen fasse en sorte que les démocrates — en grand besoin de réforme, du reste — arrivent au moins à s’emparer de la Chambre des représentants aux élections de mi-mandat, l’année prochaine.













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