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    Chronique

    Passage de témoin

    François Brousseau
    13 novembre 2017 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | États-Unis | Chroniques

    L’un monte, l’autre descend… Lors de son périple asiatique qui se termine demain, et d’une façon sans doute inconsciente, Donald Trump a passé à Xi Jinping le « bâton témoin » de la première puissance sur Terre.

     

    Qui est le vrai numéro un mondial en 2017 ? Le PIB des États-Unis — pour ce que ce chiffre dit vraiment — reste devant celui de la Chine, si on convertit tout en dollars américains : 18 000 milliards de dollars par an, contre 12 000 environ. Mais la CIA, utilisant d’autres méthodes (selon ladite « parité de pouvoir d’achat »), place déjà la Chine en tête dans son classement annuel.

     

    Au-delà des chiffres, la tendance est là : non seulement en matière d’économie, mais également d’influence, de diplomatie, de modèle politique… voire, bientôt, de capacité militaire.


     

    La séquence diplomatique de la semaine écoulée montre cruellement qui, aujourd’hui, monte et qui descend. Qui a le vent dans les voiles, ou du jeu dans les rivets. Qui sait où il va, et qui navigue à vue.

     

    Après des étapes à Tokyo et à Séoul, le président américain, habilement flatté par son hôte de Pékin à coups de tapis rouges et de banquets (sachant à quel point cela paye devant l’enfantin Donald Trump), a dit toute son admiration pour « l’homme remarquable », le « leader très fort », « le roi de la Chine »

     

    Voici un président et secrétaire général chinois, Xi Jinping, en position de force et en pleine ascension, et qui — du moins à l’international — sait exactement où il s’en va. Une Chine qui, il y a encore dix ans, rechignait à s’assumer ouvertement comme grande puissance, mais qui aujourd’hui prend l’initiative internationale sur la question climatique, finance plus que jamais l’ONU, s’affirme même comme une solution de rechange politique : « La Chine, a dit Xi fin octobre au congrès du PCC à Pékin, offre une autre option pour des pays qui veulent accélérer leur développement tout en préservant leur indépendance. »

     

    Et face à ce dictateur en train de proposer son modèle au monde ? Des États-Unis erratiques, en déclin manifeste… dont le président est empêtré — et se contredit continuellement — dans l’affaire des immixtions russes (« Je crois Poutine qui me dit qu’il n’a rien fait »… puis le lendemain, au contraire : « Je crois nos agences de renseignement »). Un homme qui n’arrive pas à faire passer ses projets au Congrès, n’est soutenu que par un gros tiers de l’électorat, dans un pays qui se voyait comme le phare de l’humanité mais dont la démocratie paraît aujourd’hui en panne…

     

    Un des premiers gestes de Donald Trump, à peine arrivé au pouvoir en janvier, fut de se retirer du projet (cher à Barack Obama) de Traité de libre-échange transpacifique. Un traité commercial excluant Pékin, qui était justement vu à Washington comme un contrepoids à l’influence grandissante de la Chine en Asie…

     

    Aujourd’hui, devant le retrait unilatéral américain, on se frotte les mains à Pékin : l’espace régional est à nous ! Et devant la lourde intimidation chinoise en Asie, par exemple sur la question des eaux territoriales, beaucoup de voisins (Philippines, Malaisie… et même le Vietnam — mais pas le Japon) pensent de plus en plus à s’éloigner de Washington et à « filer doux » avec Pékin… loin, bien loin d’une attitude de résistance face à ce nouvel impérialisme régional.


     

    Il y avait là des tendances stratégiques déjà existantes… mais aujourd’hui, radicalement accentuées par le « bilatéralisme » forcené, par le retrait et l’isolationnisme du président américain.

     

    Cet homme est manifestement fasciné par les despotes (éclairés ou non), qui en retour le flattent et le manipulent. En Chine tout d’abord avec Xi Jinping, mais aussi en Russie avec Vladimir Poutine, aux Philippines avec Rodrigo Duterte…

     

    Sans oublier (dans une autre région du monde) l’Arabie saoudite, où un prince héritier de 32 ans, déjà virtuellement au pouvoir, fait coffrer ses rivaux, bombarde sadiquement le Yémen, fait disparaître le premier ministre libanais, menace de guerre le Liban et l’Iran… avec un Trump qui, depuis Tokyo, approuve : « Il a toute ma confiance, il sait ce qu’il fait. »

     

    Mais l’homme de la Maison-Blanche se rend-il compte, lui, qu’il est en train de liquider le leadership historique des États-Unis ?













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