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    Idées — Donald Trump, un an plus tard

    Le désastre anticipé d’une présidence-spectacle en déficit d’attention

    10 novembre 2017 | David Grondin - Chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et professeur agrégé au Département de communication de l’Université de Montréal | États-Unis
    Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.
    Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.

    C'est en début de mandat qu’un président bénéficie d’une latitude pour donner une direction à sa présidence, pour consolider l’engouement qu’il a su générer. Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.

     

    Au-delà des tempêtes qu’il a orchestrées ou entraînées par ses décisions controversées (le décret sur l’immigration des ressortissants de six pays musulmans, le retrait par décret de l’Accord de partenariat transpacifique, le retrait de l’Accord de Paris sur le climat de 2015, etc.), Trump a surtout réussi à imprégner la présidence du style personnel qu’on lui connaissait en affaires et dans le milieu du divertissement télévisuel. Celui-ci est axé sur le culte de sa personnalité, sans égard à l’impact sur l’image et sur la réputation des États-Unis à l’échelle mondiale.

     

    On constate rapidement que sa personnalité imprévisible, son entêtement et sa conduite souvent non présidentielle réduisent son pouvoir effectif. Après une élection acrimonieuse soldée par une victoire décisive au Collège électoral mais assombrie par une défaite au suffrage universel, Trump n’a pas su rassembler une société fortement polarisée.

     

    La transition entre le candidat Trump — l’homme d’affaires fourbe et mégalomane vedette de la téléréalité The Apprentice au style polémique,?intimidateur?et conspirationniste — et le président Trump n’a pas été concluante : on attend toujours un comportement présidentiel, où Trump serait capable de s’élever au-dessus des politiques bassement partisanes et des mesquineries individuelles.

     

    Depuis qu’il est en poste, il parle essentiellement à sa base (qui n’est pas la base traditionnelle du Parti républicain), pas à tous les Américains. Même s’il conserve pour l’instant l’appui des électeurs républicains, son impopularité est inégalée, notamment dans une première année au pouvoir (une étude du Washington Post et de la chaîne de télévision ABC News indique que 59 % des Américains désapprouvent son travail et que 65 % pensent qu’il a « peu ou rien » fait).

     

    Un style non présidentiel

     

    L’attraction que peut avoir la présidence américaine dans l’imaginaire populaire comme symbole de grandeur et de puissance est tributaire de l’hégémonie mondiale culturelle et politique dont jouissent les États-Unis. La personne qui occupe la présidence peut en tirer profit en exerçant un leadership éclairé et inspirant : le pouvoir d’influence de la présidence en dépend directement.

     

    À l’interne, le président fait face à de nombreux défis structurels : les « poids et contrepoids » que les Pères fondateurs ont inscrits dans la Constitution et ses amendements, ainsi que les pratiques coutumières mises en place au fil du temps afin de prévenir l’émergence d’un pouvoir exécutif tyrannique. Ces limites à l’exercice unilatéral du pouvoir frustrent énormément Trump, qui n’a d’ailleurs pas caché son mépris à l’endroit des médias.

     

    Cela signifie que le style l’emporte souvent sur la substance en politique américaine. La fonction commande certaines qualités de leadership et de communication : communiquer efficacement, rallier ses troupes mais aussi bâtir des coalitions pour forger des consensus politiques, et exercer un jugement politique qui paraisse présidentiel.

     

    C’est là que réside le pouvoir présidentiel, le titulaire de la présidence devant user de sa capacité de persuader pour séduire et convaincre. Or, le leadership et le jugement font cruellement défaut au président Trump. Marquée du sceau de l’imprévisibilité et de l’affrontement, sa présidence va de pair avec son déficit d’attention médiatique. Son style « non présidentiel » exprime un style communicationnel agité et une manière improvisée, conspirationniste et trompeuse de faire de la politique, ce que cristallise avant tout sa conduite sur Twitter.

     

    La diplomatie Twitter

     

    Il n’y a aucun doute que son utilisation effrénée de Twitter le distingue de ses prédécesseurs. Le public et les médias d’information ont pris l’habitude d’attendre ses tweets en matinée et en cours de journée pour prendre le pouls de son gouvernement. Ses tweets sont systématiquement commentés, alors qu’il ne s’agit pas là d’une ligne officielle de la Maison-Blanche (qui aurait d’abord été filtrée par des conseillers politiques et des stratèges de communication). Il a défendu sa pratique en disant vouloir parler directement aux citoyens américains sans intermédiaires (notamment ceux qu’il appelle les « méchants » médias « partiaux »).

     

    Or, ce qui est plus problématique est qu’il ne peut s’empêcher de réagir sur Twitter, l’instantanéité du réseau social amplifiant alors son indiscipline. Cela peut d’ailleurs le placer en porte-à-faux avec la politique américaine (comme l’annonce de l’interdiction de recruter des militaires transgenres faite sans consultation des militaires et sans évaluation des effets des changements de politique) ou parfois en violation du code de conduite de Twitter avec des menaces de violence et du harcèlement sans risque de voir son compte être supprimé. Cela contribue d’autant à miner sa capacité d’influence sur les autres acteurs de la politique américaine et internationale.

     

    Les présidentielles sont déjà le spectacle politique par excellence de la vie politique américaine et le plus médiatisé mondialement — et un personnage controversé comme Donald Trump représente l’aboutissement de la politique-spectacle. Sur Twitter, on a pu constater qu’il était bien davantage un agitateur n’hésitant pas à rompre avec le protocole et à insulter des alliés comme des adversaires.

     

    Bien que son parti détienne les rênes du pouvoir dans les deux chambres du Congrès (même s’il s’agit d’une mince majorité au Sénat), il n’arrive pas à imposer son ordre du jour à Washington. Jusqu’ici, il a surtout pu nous montrer qu’un slogan comme « Redonner à l’Amérique sa grandeur » ne fait pas une politique. Sa mythomanie, sa propension aux mensonges et sa dépendance aux fausses nouvelles en ont davantage fait un amuseur public qui a su miser sur sa maîtrise des médias et sa capacité à se donner en spectacle pour faire parler de lui et continuer son spectacle solo.













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