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    Éditorial

    États-Unis: l’impôt selon Trump

    Après avoir échoué dans sa tentative de tuer l’Obamacare, le président Donald Trump tente maintenant de faire adopter la pièce maîtresse de son premier mandat : une réforme de la fiscalité conforme à sa vision du monde. Heureusement, elle ne comporte aucune taxe à l’importation tant redoutée par le Canada, mais cela pourrait venir plus tard.


    Le premier ministre Justin Trudeau rencontre aujourd’hui le président des États-Unis, Donald Trump, pour discuter entre autres choses de l’ALENA. Avec un politicien comme M. Trump, mieux vaut éviter l’affrontement, tout en étant toujours prêt à sortir son armure, faute de plus.

     

    Jusqu’à ce jour, M. Trudeau a bien joué ses cartes diplomatiques, dit-on, mais les résultats sont quand même négatifs dans l’ensemble : bois d’oeuvre, Bombardier, ALENA… Rien ne va plus entre les deux voisins.

     

    Une exception peut-être, mais on la doit à la politique interne des États-Unis et non à l’influence canadienne. En campagne électorale, Donald Trump avait promis d’imposer une taxe protectionniste de 20 % sur ces importations de biens étrangers par les sociétés américaines. Une gifle pour les fournisseurs canadiens.

     

    Heureusement, cette mesure ayant été beaucoup critiquée par les entreprises et les importateurs américains, elle n’apparaît pas dans la première mouture de la grande réforme fiscale dont M. Trump vient de dévoiler les grandes lignes.

     

    En revanche, le président a maintenu le cap sur plusieurs autres changements, tels que la réduction de sept à trois du nombre de paliers d’imposition des particuliers, la hausse de la déduction de base pour tous et du crédit pour enfants et l’abolition de l’impôt sur les héritages.

     

    Pour financer cela, il propose de ne plus permettre de déduire les taxes versées aux villes et aux États, une mesure mal accueillie partout où ces taxes sont élevées.

     

    Mais c’est surtout du côté des entreprises que les changements sont importants, comme cette proposition d’abaisser de 35 % à 20 % l’impôt sur les profits des sociétés et cette autre d’abolir l’impôt minimum sur les profits.

     

    S’ils étaient adoptés par le Congrès, ces changements forceraient tous les pays partenaires à revoir leur fiscalité pour rester concurrentiels dans la course aux investissements.

     

    À l’heure actuelle, le Canada présente une fiche comparative très acceptable avec un taux d’imposition combiné, fédéral-provincial, de 26,8 % (au Québec) comparativement à un minimum de 35 % aux États-Unis. Mais en abaissant son taux à 20 %, Washington changerait la donne. D’ailleurs, les lobbys canadiens du monde des affaires ont déjà lancé leur campagne pour une réduction des impôts des entreprises même si les États-Unis sont loin d’être passés à l’acte.

     

    Rappelons que l’impôt fédéral seul a fortement diminué au Canada, puisqu’il est passé de 22 % à l’arrivée des conservateurs, en 2006, à 15 % aujourd’hui.

     

    Les États-Unis ne sont pas les seuls à vouloir réduire le fardeau fiscal des entreprises. L’Angleterre vient aussi d’annoncer son intention d’aller dans cette direction, comme d’autres pays européens.

     

    En fait, au même moment où les pays de l’OCDE s’entendent pour lutter contre l’évitement fiscal et les paradis fiscaux, la plupart d’entre eux sont aussi entrés dans ce qui a toutes les apparences d’une guerre de l’impôt destinée à attirer et retenir les capitaux étrangers de la nouvelle économie.

     

    La réforme proposée par Donald Trump aboutira-t-elle ? On n’en sait rien, mais ce ne sera pas facile pour le président. Pour ses défenseurs, la réforme ne priverait le trésor américain que de 1500 milliards au cours des dix prochaines années, alors que pour ses détracteurs, il faudrait plutôt parler du double ou du triple de cette somme déjà colossale. Or, plusieurs élus républicains s’opposent au gonflement de la dette. N’oublions pas que M. Trump prévoyait de payer une bonne partie de sa réforme avec l’argent économisé en abolissant l’Obamacare.

     

    Puis il y a ceux qui s’opposent à ce que l’on mette fin à différentes mesures comme la déductibilité des impôts locaux, qui fera mal dans certains États.

     

    Chez les démocrates, l’opposition est évidemment unanime, puisque la réforme profitera surtout aux sociétés et aux plus riches parmi les riches, dont la famille Trump elle-même. Même la Réserve fédérale met en garde contre le risque d’inflation, de hausse des taux d’intérêt et de valeur du dollar alors que l’économie roule déjà à plein régime.

     

    Pour le moment, le Canada n’a aucun intérêt à agir de façon précipitée.













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