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    Quelles seront les conséquences de la fin du programme des «Dreamers» sur le Canada?

    6 septembre 2017 |Stéphane Baillargeon | États-Unis
    Arrivés en bas âge aux États-Unis, généralement avec leurs parents alors immigrants illégaux, ils sont 800 000 à être aujourd’hui incertains du sort que leur réservera le pays qui, sous Obama, leur avait fait une place.
    Photo: Eric Baradat Agence France-Presse Arrivés en bas âge aux États-Unis, généralement avec leurs parents alors immigrants illégaux, ils sont 800 000 à être aujourd’hui incertains du sort que leur réservera le pays qui, sous Obama, leur avait fait une place.

    On connaît le dicton : quand les États-Unis éternuent, le Canada s’enrhume. Le gouvernement Trump vient d’annoncer son intention de faire la chasse aux jeunes immigrés entrés illégalement aux États-Unis. La question peut donc se poser ouvertement : cette décision aura-t-elle des répercussions aux frontières ? Des « dreamers » comme on les surnomme au Sud vont-ils tenter de trouver refuge au Nord, un peu comme les migrants Haïtiens arrivés au Canada ces derniers mois ?

     

    Andréanne Bissonnette, chercheure en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM n’y croit pas, « pour le moment », tout simplement parce que les situations ne sont pas comparables.

     

    « Pour le moment, on n’est pas rendu là, dit-elle en rappelant que la révocation prendra effet le 5 mars 2018. Il y aura des vagues de renouvellement de permis pendant cette période de six mois. Ces gens sont propriétaires de maisons, ils ont des familles, des emplois. Ce serait donc étonnant de les voir tout quitter pour partir vers le nord. D’autant plus que géographiquement ils sont surtout situés en Californie, au Texas, en Floride et dans l’État de New York. Ils ont aussi un attachement fort à la vie et à la société américaines. »

     

    Le porte-parole des douaniers canadiens lui, s’inquiète, ouvertement. « C’est évident que ce genre de décision peut avoir des répercussions à nos frontières, dit Jean-Pierre Fortin, président national du Syndicat des Douanes et de l’Immigration. Le gouvernement américain annonce clairement ses intentions. Nous demeurons extrêmement vulnérables. Les politiques américaines nous affectent. »

     

    Il fait remarquer que les Haïtiens d’origine ne constituent environ que le quart des personnes arrivées aux frontières récemment. Le reste provient du Honduras, du Nicaragua, du Salvador, du Yémen, etc.

     

    « Nous demandons plus de ressources depuis novembre pour faire face à la vague et celles qui viendront. J’espère aussi que le gouvernement canadien sera mieux préparé qu’au début du mois d’août quand on recevait jusqu’à 800 personnes par jour. »

     

    Le président Trump (sur son compte Twitter), puis le ministre de la Justice Jeff Sessions ont claironné mardi midi la fin prochaine du Deferred Action for Childhood Arrivals (DACA). Ce programme, instauré à l’été 2012 par le président Obama, s’appuyait sur un projet de loi datant de 2001, dit le « Dream Act », d’où le surnom des rêveurs.

     

    Seulement, un groupe de dix États agitait la menace de prendre des mesures judiciaires contre le DACA, jusqu’en Cour suprême. Leur ultimatum arrivait à échéance le 5 septembre. Donc acte.

     

    « On n’abolit pas simplement le programme, note la chercheure Bissonnette. On ouvre une fenêtre de six mois pour laisser au congrès le soin d’agir. La position actuelle de l’exécutif est que la position sur les jeunes immigrés n’aurait pas dû être prise par un ordre exécutif mais bien par une loi adoptée par la branche législative. On renvoie donc la question de l’exécutif vers le législatif. »

     

    Deux Américains sur trois soutiennent DACA dans les sondages tout comme une pléiade de grands barons des affaires. Le programme bénéficie à quelque 800 000 « dreamers » arrivés avec leurs parents ou nés aux États-Unis.

     

    Beaucoup sont parfaitement intégrés dans leur société d’accueil et on les retrouve partout sur le marché de l’emploi. Un cas parmi d’autres rapportés mardi dans les médias, celui de Tomas Pendola, immigré d’Argentine à 10 ans. Maintenant âgé de 26 ans, il enseigne la chimie dans une des meilleures écoles secondaires de Floride. « DACA m’a permis d’avoir une nouvelle vie », a-t-il déclaré.

     

    Le décret de 2012 le protégeait contre l’expulsion comme les jeunes de plus de 15 ans, entrés aux États-Unis avant 2007 (avant l’âge de 16 ans), sans casier judiciaire, diplômés ou ayant fait leur service militaire. Une étude universitaire évalue que ces enfants sans-papiers étaient âgés de 6,5 ans en moyenne à leur arrivée sur le territoire étatsunien, le plus souvent avec leurs parents.

     

    La dernière statistique officielle fédérale établit que 936 394 jeunes immigrants sans papiers ont demandé de bénéficier du programme DACA. Un peu moins de 800 000 ont été acceptés.

     

    Le gouvernement dispose donc des données nécessaires (adresses, lieux de travail, etc.) pour surveiller et punir ce petit million de personnes. La banque de données névralgiques demeure sous le contrôle du Service des douanes et de l’immigration. Pour l’instant, les informations ne sont pas transmises à l’agence responsable de la déportation mais comme les deux entités se retrouvent sous la responsabilité du Département de la sécurité intérieure (Homeland) les dossiers pourraient circuler.

     

    Obama

     

    La réaction critique a été aussi forte qu’immédiate. Même Barack Obama a quitté son mutisme habituel sur le nouveau gouvernement pour condamner la décision de s’en prendre encore une fois à un de ses héritages.

     

    « Soyons clairs, a écrit l’ex-président sur sa page Facebook. Le geste posé aujourd’hui n’est pas nécessaire légalement. C’est une décision politique et c’est une question morale. »

     

    Des manifestations spontanées ont été organisées dans certaines villes, jusque devant La Maison-Blanche. Les alliés ne manquent pas au congrès non plus, y compris du côté républicain.

     

    Bref, les « dreamers » ne devraient pas être les premiers visés par le cauchemar de la déportation s’il prend forme dans les prochains mois.

     

    « Il ne faut pas être alarmiste, dit la chercheure Andréanne Bissonnette. Pour le moment il y a un six mois de jeu. Le républicain Paul Ryan, speaker de la Chambre des Représentants, avant même que la décision ne soit officielle a dit vendredi qu’il ne supportait pas la manière de faire de DACA, il en appuyait le fondement. Cette position est partagée par plusieurs républicains modérés. »













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