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    En attendant «Harvey»

    Francine Pelletier
    6 septembre 2017 |Francine Pelletier | États-Unis | Chroniques

    Vous avez vu les images : la quatrième ville américaine transformée en immense marécage, la vieille dame transportant son chien à bout de bras, le bétail tentant de se mettre à la nage, les autos submergées, les commerces de matelas transformés en refuges, l’enfant de trois ans agrippée au cadavre flottant de sa mère, la boue partout, les bons samaritains venus de la Louisiane, les voisins qui soudain se manifestent la main tendue…

     

    Des grandes tragédies viennent des gestes d’une grande humanité, dit-on. Au moins ça. Puisque nous voilà forcés de contempler ce qui nous attend, aussi bien nous réconforter avec le courage et la bonté innés de l’être humain. Face aux « événements inattendus » (lire : déchaînements climatiques) que nous devrons un jour affronter, nous aussi, il est bon de savoir que nous pourrons compter sur nos propres moyens. À défaut des moyens du gouvernement, s’entend. Car n’est-ce pas là la grande leçon de l’ouragan qui vient de dévaster Houston, la ville qui a (ironiquement) envoyé l’homme sur la Lune ?

     

    On savait depuis des jours que la tempête s’approchait et qu’elle serait « sans précédent ». Le 27 août, le National Weather Network publie un bulletin précisant qu’il faut « suivre les mots d’ordre pour assurer sa sécurité ». Mais des consignes, il n’y en a guère. Plusieurs croient qu’il faut évacuer les lieux, mais le maire de la ville, lui, est plutôt d’avis contraire. Comment fait-on au juste pour évacuer six millions d’habitants, l’équivalent des trois quarts de la population du Québec ? Les signaux sont confus, l’état d’urgence n’est pas déclaré et la grande majorité des gens restent sur place. Mieux vaut garder les deux pieds dans ses affaires, quitte à les voir flotter autour de soi. Seulement, les secours arrivent au compte-gouttes. En plein coeur de la tempête, le 911 met deux heures et demie à simplement vous répondre. Et répondre ne veut pas dire se rendre à votre domicile. Si vous êtes incapable de vous sortir du pétrin et ne connaissez personne capable de vous prêter main-forte, good luck, my friend.

     

    « J’ai besoin que les médias orchestrent les secours, qu’ils nous aident à mobiliser l’effort citoyen. Le Texas n’a jamais vécu rien de pareil », dira le chef de la Federal Emergency Management Agency (FEMA), Brock Long, avouant du même souffle l’incapacité des autorités à parer les coups.

     

    En plus de l’insuffisance immédiate des divers ordres de gouvernement, il y a également toute l’ineptie qui a précédé cette mise en scène proprement biblique. Derrière la destruction de Houston, il y a des décennies de développement urbain sauvage, sans égard aux kilomètres de milieux humides qui, normalement, auraient aidé à absorber l’eau. Il y a un étalement urbain immonde qui favorise l’automobile, l’asphalte et la pollution. Entre 1996 et 2011, la Ville a ajouté 24 % de chaussée à son territoire. « La chaussée, contrairement au sol, n’absorbe pas l’eau », explique un journaliste de Slate (« Houston wasn’t built for a storm like this »).

     

    La capitale nord-américaine de l’industrie pétrolière accuse également une absence de règlements concernant la construction de bâtiments. C’est ce qui explique les explosions dans une usine de produits chimiques en plein quartier résidentiel durant la tempête. Rien n’interdisait qu’on construise à cet endroit. Rien n’est prévu non plus en matière de mesures de protection en cas d’inondation majeure. À l’heure actuelle, on ne connaît pas l’étendue de « l’empoisonnement » à la suite de la submersion de nombreuses usines et sites d’enfouissement de produits chimiques. « Mais on peut parier que plus de gens vont mourir à cause des résidus toxiques laissés par Harvey qu’à cause de la tempête », écrit Paul Krugman, du New York Times.


     

    La cerise sur le gâteau : malgré les changements climatiques, les gouvernements n’ont toujours pas ajusté leurs prévisions météorologiques. « Notre position par défaut est celle d’un climat “stationnaire” où les risques de voir des événements extrêmes demeurent inchangés », dit le professeur de climatologie Noah Diffenbaugh. Selon ces probabilités, une tempête comme celle qui a détruit Houston devrait se produire une fois tous les 100 ans. Or Harvey est la sixième tempête « une-fois-en-cent-ans » à s’abattre sur la métropole texane depuis 1989. Temps de réviser les pronostics ?

     

    Temps, surtout, d’arrêter de se conter des histoires sur notre capacité à gérer des situations que nous refusons d’envisager réellement et, par conséquent, de contrer intelligemment.













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