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    Caligula à Washington

    Il y a tout juste sept mois naissait l’enfant-roi de Washington. Une naissance politique : il s’agit bien de sept mois… au pouvoir.

     

    « Enfant-roi » : ce n’est qu’une des images utilisées par les médias états-uniens pour décrire leur président. Dans le New York Times de ce week-end, deux articles évoquaient le côté enfantin de Donald Trump. L’un est coiffé d’une photo le montrant en train de s’amuser ferme, au volant d’un beau gros poids lourd de routier.

     

    On avait également noté, il y a un mois, cette vidéo de M. Trump s’installant avec joie aux commandes d’un camion de pompiers – le grand fantasme des garçons de 7 à 77 ans — et demandant : « Où est l’incendie ? »

     

    En ce premier été de l’ère trumpienne à Washington, des chroniqueurs de premier plan, à la réputation de sérieux (le Prix Nobel d’économie Paul Krugman ; l’ex-correspondant en Chine Nicholas Kristof) ont également esquissé une autre comparaison : celle avec Caligula, l’empereur romain débauché du Ier siècle après Jésus-Christ.

     

    Caligula avait commencé son règne acclamé par un peuple plein d’espoir. Puis, en guerre ouverte contre le Sénat, il finit assassiné par la garde prétorienne. Kristof, qui dresse à 2000 ans de distance un parallèle assez convaincant entre les deux personnages, prend la peine, dans sa chronique, de préciser que l’assassinat « n’est pas une voie que je pourrais approuver ».


     

    L’extraordinaire égocentrisme de Donald Trump se manifeste lorsque, dans la foulée de la manifestation d’extrême droite de Charlottesville, le 12 août, il ne trouve à dire, au sujet de la mère éplorée de Heather Heyer, militante antinazie tuée ce jour-là : « Elle m’a écrit et a dit des choses très bien à mon sujet ; je l’apprécie beaucoup. »

     

    Égocentrisme, insécurité, fixations et comportements infantiles, tendance systématique à tout ramener à soi (… y compris le temps qu’il fait !). Ces aspects commencent à être bien connus, avec un épais dossier qui se constitue depuis janvier.

     

    Dans le parallèle avec Caligula, Nicholas Kristof évoque, pour sa part, l’immoralité et l’incompétence de Donald Trump : selon lui, ce sont les deux principaux traits qu’il partagerait avec son célèbre devancier romain.

     

    En quatre ans au pouvoir (37-41 après Jésus-Christ), Caligula dilapida le Trésor public, après avoir promis monts et merveilles et n’avoir livré aucune des grandes infrastructures annoncées.

     

    Glissons sur l’immoralité des deux hommes… Mais sur l’incompétence, chaque jour qui passe montre que les envolées de Trump, sur « la grandeur de l’Amérique » qu’il a promis de rétablir, ne sont que des slogans vides. Et ce, même si ce président conserve l’appui de 35 % des Américains, et qu’il inspire (ou entretient) un véritable mouvement social réactionnaire, visible lors de ses visites dans les « États sûrs » où il se rend régulièrement pour chauffer les foules. Un mouvement d’une vigueur peut-être sans précédent, malgré le vide annoncé de son mandat en fait de réalisations concrètes.

     

    Simplisme des solutions proposées depuis sept mois, dénonciations tous azimuts devant les échecs accumulés. Pour chaque fiasco, on blâmera pêle-mêle le Congrès, les partis politiques (… les deux !), la presse menteuse, les tribunaux « politisés », l’immigration massive, les pays étrangers, etc.


     

    Le chroniqueur Kristof, toutefois, exprime l’espoir que, comme ce fut le cas il y a deux millénaires, les institutions sauront résister et survivre à une « mauvaise passe » de quelques années.

     

    Bien avant la décadence finale du Bas-Empire romain, Rome retrouvera sa grandeur après avoir essuyé, au Ier siècle, les bassesses et les folies de Caligula, mais aussi — ne l’oublions pas — celles de Néron, peu de temps après… Celui qui, en chantant, demandait déjà : « Où est l’incendie ? »

     

    Comme il y a deux mille ans, mais avec plus de sophistication dans un contexte qui reste (jusqu’à nouvel ordre) démocratique, des anticorps se mettent en place : la société et les contre-pouvoirs se mobilisent, le Parti républicain voit se préparer un divorce en son sein, peut-être un impeachment se dessine-t-il à terme…

     

    La présidence Trump représente, pour les États-Unis comme pour la démocratie en général, une épreuve à l’issue de laquelle sont possibles tout aussi bien la décadence que la régénération.













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