Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Trump accusé d’avoir légitimé la haine des suprémacistes

    Le drame de Charlottesville aurait été impensable sans un pareil glissement, selon des experts

    14 août 2017 |Marie-Lise Rousseau | États-Unis
    Des manifestants ont réagi aux affrontements violents à Charlottesville, en Virginie, après que trois personnes ont été tuées et plusieurs blessées.
    Photo: Joshua Lott Agence France-Presse Des manifestants ont réagi aux affrontements violents à Charlottesville, en Virginie, après que trois personnes ont été tuées et plusieurs blessées.

    Le nom de Donald Trump était sur toutes les lèvres, dimanche, au lendemain du rassemblement violent ayant causé le décès d’une femme de 32 ans à Charlottesville, aux États-Unis. Le président américain est accusé par plusieurs experts d’avoir désinhibé la haine des groupes suprémacistes blancs et néonazis qui ont organisé le rallye qui a tourné au drame. Le président refuse de les condamner clairement dans cette triste affaire et garde le silence depuis.

     

    Samedi, un automobiliste a foncé sur une foule qui manifestait contre le rassemblement, causant la mort de Heather Heyer et faisant une vingtaine de blessés. Le rallye « Unite the Right » était le plus important du genre depuis plus de dix ans.

     

    Les groupes d’extrême droite qui se sont rassemblés à Charlottesville existent depuis bien avant l’arrivée de Donald Trump en politique, mais ce dernier aurait ravivé leur flamme en légitimant leurs doctrines racistes, selon divers experts interrogés par Le Devoir. « Ces mouvements existent depuis le XIXe siècle et reprennent périodiquement de l’importance selon le contexte. Il y a présentement un contexte qui favorise leur renforcement alors qu’on a un président qui les encourage et les légitime », avance la professeure au Département de sociologie de l’UQAM Micheline Labelle.

     

    « Donald Trump a rendu la haine des suprémacistes blancs acceptable. On n’aurait jamais vu ça il y a 20 ans, c’est simplement terrible », laisse tomber au bout du fil Mae Ngai, professeure d’histoire à l’Université Columbia, à New York.

     

    L’historienne, qui s’intéresse notamment à l’immigration et au nationalisme, cite comme exemple le fait que Donald Trump ait remis en question le lieu de naissance de Barack Obama pendant sa campagne électorale, ainsi que ses politiques anti-immigration.

     

    L’ancien leader du Ku Klux Klan David Duke a d’ailleurs interpellé le président américain sur Twitter samedi. « Vous devriez vous regarder dans le miroir et vous rappeler que ce sont les Américains blancs qui vous ont élu à la présidence, et non les gauchistes radicaux », lui a-t-il écrit.

       

    Ce qui est vrai, soutient le directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal, Pierre Martin. « Le noyau dur de sa base électorale, ce sont ces gens qui partagent ou tolèrent les idées des groupes qu’on a vus manifester. »

     

    Le silence de Trump dénoncé

     

    Ainsi, il n’est pas surprenant que le président refuse de condamner explicitement les suprémacistes blancs et les néonazis pour les violences de samedi, puisque ceux-ci se sont approprié le slogan de sa campagne, « Rendre sa grandeur à l’Amérique » (« Make America Great Again »), avance M. Martin. « Dans l’esprit de ces gens, ce message veut dire de ramener carrément les États-Unis à cette situation de domination, de ségrégation où la majorité blanche avait le plein contrôle », explique le chercheur au CERIUM.

     

    Le président, qui n’y va habituellement pas de main morte pour critiquer ses opposants, est pratiquement resté muet sur les réseaux sociaux dimanche. Samedi, il a soutenu que « plusieurs camps » étaient responsables des violences, sans jamais nommer les groupes extrémistes.

     

    Ce qui a suscité de nombreuses critiques, tant du côté des républicains que des démocrates. « Trump a manqué l’occasion de se dissocier de ces groupes », souligne le chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Vincent Boucher.

     

    Dimanche matin, c’est plutôt sa fille Ivanka Trump qui a condamné les responsables des violences. « Il ne devrait pas y avoir de place dans la société pour le racisme, les suprémacistes blancs et les néonazis », a-t-elle écrit sur Twitter.

       

    « En envoyant ses substituts faire des déclarations, il évite de s’associer directement avec des attaques de ces groupes et il peut conserver leur allégeance », observe Pierre Martin.

     

    Un peu plus tard, la Maison-Blanche a publié un communiqué déclarant que « le président a affirmé de manière très forte qu’il condamne toutes les formes de violence, de sectarisme et de haine, et bien sûr cela inclut les suprémacistes blancs, le KKK, les néonazis et tous les groupes extrémistes ».

     

    Mais le président n’avait toujours pas condamné à la première personne ces groupes au moment d’écrire ces lignes. Pourtant, des républicains l’ont fait, notamment le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, qui a qualifié le mouvement suprémaciste blanc de fléau. Sur Twitter, le sénateur de la Floride Marco Rubio a quant à lui déclaré qu’il n’y a « rien de patriotique chez les nazis, le KKK et les suprémacistes blancs ».

       

    Symboles historiques

     

    À l’origine du rassemblement à Charlottesville se trouve l’intention de la municipalité de retirer de l’espace public la statue du général sudiste Robert E. Lee, qui rappelle le passé esclavagiste des États-Unis. Les groupes de droite, qui s’y opposent, ont ainsi fait de cette ville de 45 000 habitants un symbole.

     

    « Des statues comme celle-là se retrouvent un peu partout dans les États du sud. Elles nourrissent l’imaginaire de groupes de droite, des néonazis et des suprémacistes blancs », explique Vincent Boucher, qui a séjourné à Charlottesville de janvier à juin derniers.

     

    D’autres manifestations de ces groupes ont eu lieu dans cette ville universitaire, ainsi qu’ailleurs au pays, mais jamais de l’ampleur qu’a prise le rallye de samedi. « Les groupes d’extrême droite ont fait de Charlottesville un exemple à l’échelle nationale », affirme M. Boucher.

     

    Depuis la tuerie de Charleston en 2015, où le suprémaciste blanc Dylann Roof a abattu neuf Afro-Américains lors d’un service religieux, plusieurs villes souhaitent se départir de leurs monuments qui glorifient le sombre passé du pays. « Ces symboles sont omniprésents dans le sud des États-Unis. Dès qu’on sort de Charlottesville, qui est une ville progressiste, il est fréquent de voir des drapeaux confédérés sur les voitures et les maisons », mentionne le chercheur.

     

    Selon lui, il faut s’attendre à ce que d’autres rassemblements du même genre aient lieu. Richard Spencer, un des leaders de l’extrême droite, a d’ailleurs manifesté son intention samedi soir de tenir un nouveau rassemblement à Charlottesville.

     

     

    Montréal se lève pour Charlottesville Une manifestation en solidarité avec Charlottesville s’est déroulée au centre-ville de Montréal dimanche soir. Les organisateurs ont appelé à la mobilisation contre l’extrême droite, un mouvement qui n’est pas confiné au sud de la frontière, ont-ils affirmé. Plusieurs manifestants affichaient la photo de Heather Heyer, cette femme de 32 ans tuée samedi soir. Une veillée était également organisée à Toronto devant le consulat américain.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.