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    La solidarité sociale en péril: les États-Unis, une «Bully Nation»?

    12 août 2017 | Michèle Lamont - Professeure au Département de sociologie et d’études africaines et afro-américaines de l’Université Harvard | États-Unis
    Des manifestants dénonçant les actions du président Donald Trump, à Times Square, le 26 juillet dernier, jour où il a annoncé l’interdiction de l’emploi des transsexuels à la défense nationale
    Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Des manifestants dénonçant les actions du président Donald Trump, à Times Square, le 26 juillet dernier, jour où il a annoncé l’interdiction de l’emploi des transsexuels à la défense nationale

    Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre dernier, les yeux des Québécois sont rivés sur les médias afin de mieux saisir ce qui se passe au sud du 49e parallèle. Nombreux sont ceux qui ne peuvent comprendre un certain nombre d’événements insolites qui se sont bousculés à un rythme effarant au cours des six derniers mois.

     

    L’interdiction par Trump de l’emploi des transsexuels à la défense nationale n’est que le dernier épisode d’une série de décisions politiques aiguillant la société américaine dans une direction plus exclusive et moins ouverte à la diversité. Cette décision s’inscrit dans un projet beaucoup plus vaste, promu par la droite évangélique chrétienne, qui consiste à mouvoir les frontières sociales pour repositionner cette droite vers le centre culturel de la société.

     

    Ce projet va de pair avec la marginalisation des immigrés, réfugiés et musulmans qui furent vilipendés dans les discours électoraux de Trump et sont restés pour lui une obsession. Ces discours ont eu comme effet temporaire d’apaiser les « white working class » qui se perçoivent comme étant en situation de compétition économique avec ces groupes.

     

    Exclusion sociale

     

    Ce raidissement des frontières sociales est aussi le résultat attendu d’une logique néolibérale qui gagne en influence alors qu’elle favorise les mécanismes de marché, tout en insistant sur l’autosuffisance des pauvres. Du même coup, cette logique encourage une célébration du succès économique symbolisée brillamment par Trump (tout autant que Obama symbolisait la diversité de la société américaine).

     

    L’effet plus général de ces changements est que l’exclusion sociale semble toucher un nombre grandissant d’Américains — ces pauvres, ces étrangers, ces LGBTQ, mais aussi les victimes historiques de la société américaine (les noirs, les autochtones, et les femmes).

     

    Mais il y a de l’espoir. Alors même qu’un certain nombre de citoyens embrassent ce « virement réaliste » qui défendrait les intérêts de l’Américain moyen, nombreux sont ceux qui rejettent cette notion de « bully nation » aux frontières sociales qui se rétrécissent.

     

    L’humanisme judéo-chrétien, une culture progressiste et libérale, une appréciation de la tolérance, une tradition philanthropique unique au monde, ainsi qu’une définition de la moralité axée vers l’entraide mutuelle continue de nourrir une identité collective qui serait incompatible avec cette bully nation.

     

    Transformations profondes

     

    Plusieurs personnes tentent de redéfinir la citoyenneté culturelle américaine — ce qui est « in » et « out » — de manière à y inclure le plus grand nombre. Les avantages de l’inclusion sociale sont palpables : l’adoption des lois de mariage pour les homosexuels a eu un effet immédiat (un déclin de 7 % dans le nombre de tentatives de suicide chez les jeunes LGBTQ dans les écoles secondaires des 37 États ayant adopté ces lois). Ce n’est là que la pointe de l’iceberg quand il s’agit de comprendre la place des transformations profondes qui marquent les États-Unis.

     

    Il est particulièrement crucial de s’attarder aux dynamiques culturelles pouvant mener au renforcement des solidarités sociales aux États-Unis. Cette solidarité ne se manifeste pas de la même manière que dans les sociétés française ou québécoise — des sociétés dotées d’une homogénéité sociale relativement plus grande. Dans le cas américain, il s’agit plutôt d’amener les citoyens à comprendre que la mutualité est à l’avantage de tous. Et qu’il vaut mieux s’aimer les uns les autres… que d’être un bully ou un « asshole » (un terme qui connote une absence d’altruisme).

     

    Ceci peut être complété par l’action concertée des mouvements sociaux, la diffusion de symboles et messages d’intérêt public (par exemple, le drapeau arc-en-ciel) et bien d’autres moyens. Il est symptomatique que l’« affirmative action » telle que définie par la Cour suprême des États-Unis soit légitimée moins par la réparation des injustices passées pour les noirs américains que par les gains qu’une plus grande diversité aurait pour tous.

     

    Les États-Unis, c’est un monde compliqué. C’est dans ce contexte que se tient jusqu’à lundi la rencontre annuelle de l’American Sociological Association au Palais des congrès de Montréal. Plus de 5000 sociologues américains, ainsi qu’un nombre de leurs collègues canadiens, seront à portée de main pour aider mes compatriotes à mieux faire saisir la situation qui prévaut chez notre voisin géant.

     

    Le thème de la rencontre est « Culture, inégalité et inclusion sociale autour du globe. » Ce sujet est particulièrement approprié compte tenu des inégalités croissantes auxquelles nos sociétés font face. Alors que Fierté Montréal bat son plein dans les rues du centre-ville, les sociologues discuteront notamment de l’inclusion des LGBTQ dans nos sociétés, ainsi que des questions d’égalité de genre. C’est là une occasion unique pour se mettre à jour.













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