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    Politique américaine

    Trump se moque de la justice

    Brian Myles
    28 juillet 2017 |Brian Myles | États-Unis | Éditoriaux

    Même l’été, le cirque Trump ne prend pas de répit. Le président américain a franchi une nouvelle étape dans la déliquescence qui caractérise sa présidence en s’en prenant à son ministre de la Justice, Jeff Sessions.


    Depuis quelques jours, Donald Trump intensifie les attaques contre M. Sessions dans une énième tentative pour détourner l’attention des scandales qui minent son entourage politique et familial, relativement aux allégations de collusion avec la Russie.

     

    Il a commencé par exprimer sa déception dans une entrevue au New York Times, la semaine dernière, quant au fait que Jeff Sessions se soit récusé de l’enquête sur l’interférence de la Russie dans l’élection présidentielle. Il a enchaîné sur Twitter, lundi, en déplorant que le ministre de la Justice ait négligé de traduire en justice son ancienne rivale, Hillary Clinton. M. Trump est toujours à 140 caractères ou moins de renouer avec ses vieux démons.

     

    Et voilà Jeff Sessions sur un siège éjectable. Les menaces de congédiement lancées par M. Trump suscitent une condamnation presque unanime. Le Washington Post évoque un comportement « digne d’une république bananière ». Le Wall Street Journal compare le président Trump aux autocrates turc Recep Tayyip Erdogan et philippin Rodrigo Duterte. Le New York Times y voit enfin « un acte inutile d’autodestruction ».

     

    Les attaques en disent beaucoup sur la probité de Donald Trump, qui traite un partisan de la première heure, Jeff Sessions, comme une vulgaire commodité. L’oeuvre de cet homme, guère reluisante, n’inspire pas le sentiment d’indignation. Jeff Sessions a une vision rétrograde de la justice. C’est un partisan du renforcement de la guerre à la drogue, de la lutte impitoyable contre l’immigration illégale et de la saisie arbitraire des biens matériels des citoyens par des policiers, sans contrôle judiciaire. Sous sa gouverne, le ministère de la Justice prétend qu’une loi fédérale prohibant la discrimination au travail basée sur l’orientation sexuelle ne s’applique pas aux gais. Qui plus est, il a menti lors de son audience de confirmation de mandat en cachant deux rencontres avec un diplomate russe, durant la campagne.

     

    Pour préserver l’indépendance du ministère de la Justice et le lien de confiance du public à l’égard de l’institution, M. Sessions ne pouvait pas faire autrement que de se récuser de l’enquête sur la Russie. Mais Donald Trump ne l’entend pas ainsi. Sa position, résumée par son nouveau directeur des communications, Anthony Scaramucci, est que le ministre de la Justice doit agir comme « le gardien de but » du président. M. Trump a d’ailleurs qualifié la récusation de M. Sessions comme étant « injuste pour le président ».

     

    L’oeuvre de Jeff Sessions n’est guère reluisante, mais les principes en cause dans ce nouvel affrontement forment le coeur d’une saine démocratie, et c’est pourquoi les républicains se portent en masse à la défense de Jeff Sessions. Donald Trump s’en prend à la séparation entre les pouvoirs exécutif et judiciaire. Il s’attend à ce que le ministre de la Justice le protège de l’enquête qui se rapproche de son gendre, Jared Kushner, et de son fils Donald Trump Jr. (pour ne nommer que ceux-là). Au nom d’une exigence de loyauté pervertie, espère-t-il que Jeff Sessions fera obstruction à la justice ?

     

    Dans une démocratie, les poursuites sont basées sur les faits, dans le respect des lois et des droits constitutionnels. Les motivations politiques d’un président ne sauraient pervertir cet édifice fondé sur la primauté du droit.













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