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    Ingérence russe

    Les mauvaises fréquentations de Donald Trump Jr.

    Le président dit avoir été tenu dans l’ignorance, et le FBI aurait bien aimé savoir

    13 juillet 2017 | Marie-Lise Rousseau - Avec l’Agence France-Presse | États-Unis
    Le président américain a continué de défendre son fils bec et ongles tout en minimisant les impacts de l’enquête sur la possible ingérence russe, qu’il qualifie de «chasse aux sorcières».
    Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Le président américain a continué de défendre son fils bec et ongles tout en minimisant les impacts de l’enquête sur la possible ingérence russe, qu’il qualifie de «chasse aux sorcières».

    La poussière n’est pas près de retomber à la Maison-Blanche. Au lendemain des révélations compromettantes au sujet de la rencontre entre Donald Trump Jr. et une avocate russe qui prétendait avoir des informations pouvant nuire à la campagne d’Hillary Clinton, le président des États-Unis a continué de défendre son fils bec et ongles tout en minimisant les impacts de l’enquête sur la possible ingérence russe, qu’il qualifie de « chasse aux sorcières ».

     

    Aux yeux du chercheur de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Rafael Jacob, l’argumentation de Donald Trump perd en crédibilité depuis la publication mardi de l’échange de courriels de son fils, dans lequel on a appris que ce dernier croyait rencontrer une représentante du gouvernement russe afin d’obtenir des informations compromettantes sur la rivale de son père à l’élection présidentielle.

     

    « Avant l’épisode avec son fils, son argument comme quoi il y avait une très grosse partie des démocrates qui ne digérait pas la défaite de novembre et essayait par tous les moyens de le discréditer pouvait se tenir. Mais ce n’est plus une chasse aux sorcières à partir du moment où il y a une preuve noir sur blanc que le fils du président, qui était un de ses principaux conseillers de campagne, a assisté à une rencontre de cette nature », souligne Rafael Jacob.

     

    Avant de s’envoler pour Paris, où il assistera aux célébrations du 14 juillet à l’invitation du président français, Emmanuel Macron, Donald Trump a passé la journée de mercredi à défendre son fils. « La rencontre elle-même et ce qui s’y est passé ne violent pas la loi. Le président n’était pas au courant », a assuré Jay Sekulow, un de ses avocats, sur ABC.

     

    Le président lui-même a déclaré à Reuters qu’il n’était pas au courant de la rencontre — à laquelle ont également participé son gendre et conseiller Jared Kushner ainsi que son ancien directeur de campagne Paul Manafort — jusqu’à il y a quelques jours.

     

    Les Russes nient toute ingérence

     

    L’échange de courriels entre Donald Trump Jr. et Rob Goldstone, un intermédiaire des Russes, laisse peu de doute sur les intentions du Kremlin lors de la campagne électorale. Six jours avant la rencontre, M. Goldstone a écrit au fils de Trump : « Ce sont évidemment des informations de très haut niveau et critiques, mais qui font partie du soutien de la Russie et de son gouvernement pour M. Trump », ce à quoi Donald Jr. a répondu 17 minutes plus tard : « Si c’est ce que vous dites, j’adore [“I love it”]. »

     

    Les protagonistes impliqués dans cet échange de courriels ont nié avoir participé à une opération qui visait à proposer de l’aide à l’équipe de campagne de Trump. « Ce sont des inventions ! » a déclaré Aras Agalarov. M. Agalarov, dont le fils est cité dans les courriels, est un homme d’affaires russe proche des Trump.

     

    Le consensus des services de renseignement américains, formalisé dans un rapport public, est que Moscou a organisé une campagne de désinformation et de piratage dans le but de nuire à Hillary Clinton et d’aider Donald Trump.

     

    Donald Trump a considéré mercredi comme illogique le principe d’une collusion avec Vladimir Poutine durant la campagne présidentielle de 2016, affirmant que la Russie aurait au contraire bénéficié d’une victoire d’Hillary Clinton.

     

    « Il essaie de minimiser l’impact de cette rencontre, en disant que rien n’en est sorti. Par contre, ça montre qu’il y a eu des mensonges systématiques, tant de la part de l’équipe Trump que du côté de la Russie », avance le professeur de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada Pierre Jolicoeur.

     

    Wray se distancie

     

    La participation de Donald Trump Jr. à la rencontre avec l’avocate russe Natalia Veselnitskaya n’était pas illégale, mais de nombreux élus, tant démocrates que républicains, estiment qu’il aurait dû informer les autorités de la proposition de la Russie.

     

    C’est ce qu’a avancé celui qui a été nommé à la tête du FBI par Donald Trump, Christopher Wray, mercredi, alors qu’il témoignait — hasard du calendrier — devant le Congrès. « Toute menace ou tentative d’interférer dans nos élections, de la part de n’importe quel acteur étatique ou non étatique, correspond au type de choses dont le FBI aimerait être au courant », a-t-il déclaré.

     

    Le futur directeur du FBI a marqué son indépendance en déclarant que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une éventuelle collusion n’était pas « une chasse aux sorcières ».

     

    « Manifestement, M. Wray voulait créer une distance entre lui et toute la controverse qu’il y a autour du gouvernement. Ce n’est pas surprenant », analyse M. Jacob.

     

    Chose quasi certaine selon le chercheur, Donald Trump Jr. sera amené à témoigner devant le Congrès sur cette affaire. Le sort de Jared Kushner et de Paul Manafort demeure incertain. M. Kushner risque de faire face à des conséquences, étant donné qu’il travaille à la Maison-Blanche et qu’il a omis de mentionner cette rencontre lors d’une enquête de sécurité à son sujet.

     

    D’autres fuites ?

     

    Cette affaire n’a pas fini de faire couler de l’encre. On ne sait toujours pas qui a coulé les informations sur cette rencontre et s’il y aura d’autres fuites aux médias.

     

    Selon M. Jolicoeur, il y a lieu de se questionner à propos de la concomitance entre la publication de ces révélations et la première rencontre entre Donald Trump et le président russe, Vladimir Poutine, dans le cadre du sommet du G20, vendredi dernier.

     

    « La rencontre a duré 2 h 15, beaucoup de choses ont été dites et on n’en connaît toujours pas le contenu. Les révélations sont-elles le signe d’une insatisfaction liée à cette rencontre ? Je spécule, mais il y a une concordance assez flagrante. D’où viendrait cette insatisfaction ? D’où viennent ces informations ? Qui a alerté le New York Times ? » s’interroge le professeur.

     

    Selon des médias américains, Donald Trump est furieux de voir l’affaire russe prendre de l’ampleur et est exaspéré par ses collaborateurs, particulièrement à cause des fuites à répétition. Des journalistes ont rapporté qu’il passait beaucoup de temps devant sa télévision. Sa réponse, sur Twitter : « La M.B. [Maison-Blanche] fonctionne parfaitement bien, concentrée sur la santé, les baisses d’impôts et beaucoup d’autres choses. J’ai très peu de temps pour regarder la télévision. »

     

    « Donald Trump, qui est maître pour dicter la ligne d’action médiatique, a de la misère, parce que cette histoire est tellement grosse », analyse M. Jacob

     

    Par ailleurs, un élu démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis a déposé mercredi une résolution visant à lancer une procédure de destitution du président Trump, un acte symbolique à ce stade.

     

    Brad Sherman a déposé un texte contenant un article d’« impeachment », pour entrave à la justice, une offense justifiant selon lui la destitution. Son collègue Al Green a cosigné la mesure.

     

    « Complètement ridicule, le pire du jeu politique », a commenté la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders.













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