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    Une troisième voie est possible

    Normalement, je n’applaudirais pas la rhétorique audacieuse d’un chancelier allemand, surtout prononcée dans une tente à bière à Munich devant des militants de droite. À part mes mauvaises associations avec le putsch de la Brasserie d’Hitler, je trouve qu’Angela Merkel est déjà bien assez téméraire dans sa conduite sur la scène européenne, où son intimidation fiscale des Grecs et des Espagnols continue sans relâche.

     

    Or, nous ne sommes pas dans une époque normale, et le discours de la chancelière prônant une politique étrangère plus indépendante de l’Amérique sous l’égide de Donald Trump m’a semblé tout à fait approprié. À l’heure actuelle, avec un président américain aussi ignorant et dangereux — et ciblé de toutes parts pour sa conduite quasi criminelle —, il serait absurde pour les chefs d’État de l’Union européenne de parler comme si de rien n’était sur le plan international. Avec presque 100 000 soldats américains en Europe, dont 35 000 en Allemagne, il y a de quoi se faire du souci.

     

    Historiquement, aux États-Unis, toute politique étrangère est étroitement mêlée à la politique intérieure. Par exemple, l’invasion du Mexique en 1846, qui faisait partie du grand projet du prétendu destin manifeste américain, et le rêve d’expansion jusqu’à l’océan Pacifique. Plus récemment, la frappe de Trump contre le régime Assad, frappe symbolique plus que vraie intervention militaire, a été lancée uniquement pour faire taire les Américains critiques de l’inclination de Trump en faveur de la Russie et pour soulager les partisans des droits de l’homme qui traitent Assad de criminel de guerre. Comme il n’y avait aucune intention par le président Polk en 1846 de faire de la diplomatie avec le Mexique ni de garantir ou de respecter les frontières entre les deux nations, il n’y a aucune volonté de la part de Trump de résoudre la guerre civile en Syrie ni d’arrêter la tuerie des innocents piégés entre le groupe État Islamique, les multiples factions rebelles et le gouvernement.

     

    La guerre de 1846-1848, provoquée par l’Amérique, souligne combien le pays est motivé par l’ambition des politiciens plutôt que par un désir de paix, de coopération, d’alliances saines, ou même de bonne santé économique du pays. Trump n’a pas l’intelligence de James Polk, mais il y a quand même des liens psychologiques entre les deux hommes, en passant par Woodrow Wilson, Richard Nixon, Bill Clinton et George W. Bush. Le slogan Make America Great Again ainsi que les assauts verbaux contre les méchants Mexicains, présentés comme des voleurs d’emplois américains, sortent des impulsions ataviques qui remontent directement aux préjugés courants du XIXe siècle. Lorsque Trump juge « injustes pour le contribuable américain » les dépenses censément disproportionnées de Washington pour l’entretien de l’OTAN, en entend à peu près la même chose : des étrangers au caractère douteux, à la fois malins et paresseux, sont en train de s’emparer des biens des honnêtes habitants de l’Amérique profonde. Il en va de même avec la sortie de l’Accord de Paris sur le climat : « J’ai été élu par les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris… Nous ne voulons plus que d’autres pays et leurs chefs se moquent de nous. »

     

    Toutefois, au lieu de s’attarder sur les nombreuses sottises lancées par Trump durant sa tournée sur le Vieux Continent, il serait plus utile de songer à des façons de protéger le Canada — de concert avec l’Europe — d’un voisin agressif et puissant, manifestement instable et imprévisible, mené par un chef d’État narcissique au point qu’il pourrait déclencher de graves dégâts au Proche-Orient ainsi que dans la péninsule coréenne. Depuis le gouvernement Kennedy, la politique étrangère de Washington est faite presque entièrement dans le bureau ovale et au Conseil national de sécurité, et non pas au département d’État. Pas question de faire appel aux diplomates cultivés de Foggy Bottom.

     

    Mon idée serait de ranimer et de réformer le mouvement des pays non alignés, à la mode durant la guerre froide, afin d’ériger un garde-fou formé de pays d’habitude pro-américains, aujourd’hui rendus confus par la politique étrangère incohérente de Trump. « Ni Washington ni Moscou » pourrait redevenir un mantra. Irréaliste peut-être, mais Justin Trudeau pourrait servir de leader dans ce domaine avec des partenaires comme Emmanuel Macron et Angela Merkel. Le mouvement non aligné existe toujours en quelque sorte, mais il est handicapé par l’hypocrisie de ses membres-clés, comme l’Arabie saoudite (un pays évidemment allié avec l’Amérique et Trump), et son image tiers-mondiste et anti-occidentale exagérée. Au lieu de clamer ni communisme orthodoxe ni capitalisme effréné, comme on le disait durant l’ère du général Nasser et du maréchal Tito, un nouveau mouvement non aligné, appuyée par une « Petite Entente » Trudeau, Macron, Merkel, pourrait afficher le slogan : ni narcissisme national (à la Trump-Poutine) ni agression nationaliste.













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