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    Un procureur spécial enquêtera sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle

    18 mai 2017 | Stéphane Baillargeon - avec l'Agence France-Presse | États-Unis
    L’élection présidentielle américaine qui a donné les clés de la Maison-Blanche à Donald Trump fera l'objet d'une enquête indépendante.
    Photo: Saul Loeb Agence France-Presse L’élection présidentielle américaine qui a donné les clés de la Maison-Blanche à Donald Trump fera l'objet d'une enquête indépendante.

    La pression s’accentue et le président la ressent. Le ministère américain de la Justice a nommé mercredi soir l’ancien directeur du FBI Robert Mueller procureur spécial pour mener l’enquête délicate sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016.

     

    L’élu, Donald Trump, est soupçonné d’entrave à la justice dans cette affaire en gonflement incessant. Il a notamment limogé le numéro 1 du FBI, James Comey, chargé précédemment de l’enquête sur les liaisons dangereuses avec la Russie.

     

    La nomination de Robert Mueller vise à isoler les investigations du pouvoir politique en réduisant au minimum la supervision de ce ministère, qui exerce la tutelle du FBI et donc sur les agents qui enquêtent depuis l’été dernier dans cette affaire mêlant politique et espionnage.

     

    Le milliardaire républicain a réagi sèchement par voie de communiqué, sans mentionner M. Mueller. « Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, une enquête complète confirmera ce que nous savons déjà : il n’y a eu aucune collusion entre mon équipe de campagne et une entité étrangère », a-t-il déclaré, ajoutant : « Je suis impatient de voir cette affaire se conclure rapidement. »

     

    La nomination représente un revers et une surprise pour la Maison-Blanche, pour qui l’enquête actuelle suffisait.

     

    Dans un consensus rare, à l’inverse, élus républicains et démocrates ont applaudi à la nomination de M. Mueller.

     

    Concrètement, M. Mueller devient le chef de l’enquête et sera beaucoup plus indépendant qu’un procureur normal ou que le patron du FBI. Il ne peut être démis que pour faute.

     

    Son périmètre d’investigations inclut « tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du président Donald Trump », mais aussi « tout sujet » découlant de ces investigations, ce qui lui donne de facto les coudées franches.

     

    Trump se pose en victime

     

    Les controverses révélées par les géants journalistiques traditionnels (The Washington Post, The New York Times) s’accumulent sur les larges épaules du 45e occupant de la Maison-Blanche. Lui-même s’en est plaint ouvertement mercredi en s’adressant à des finissants de l’école de la garde côtière.

     

    « Regardez comment j’ai été traité récemment, surtout par les médias »,a-t-il déclaré en s’adressant à la US Coast Guard Academy de New London, dans le Connecticut. « Aucun politicien dans l’histoire n’a été traité plus injustement ou d’une pire façon. »

     

    Pour le reste, le président a recommandé aux futurs gardiens des rivages du pays de « baisser la tête et de combattre, combattre, combattre sans jamais, jamais, jamais abandonner ». Il leur a promis que de cette manière « les choses finiraient par bien se passer ».

     

    Ce sera peut-être son propre nouveau mot d’ordre et son espoir face aux énormes difficultés qui se pointent, à peine quatre mois après son entrée en fonction. Donald Trump fait face à de nouvelles controverses explosives, potentiellement létales, déclenchées par les révélations au sujet de ses apparentes obstructions de la justice.

     

    Après avoir limogé le directeur de la police fédérale James Comey, M. Trump a avoué qu’il l’avait congédié parce qu’il enquêtait sur les liens entre ses équipes électorales et la Russie. Selon le New York Times de mercredi, il aurait aussi demandé à M. Comey de classer l’enquête sur l’ancien général Michael Flynn, qui a dû démissionner de son poste de conseiller à la sécurité nationale, là encore en raison de rapports avec des Russes. Le média cite une note supposément rédigée par le premier policier étasunien. La Maison-Blanche nie la nouvelle affaire.

     

    En début de semaine, le Washington Post révélait que le président avait fourni au ministre des Affaires étrangères de la Russie, lors de sa visite au Bureau ovale du 11 mai, des renseignements ultraconfidentiels sur l’organisation État islamique, un dossier fourni aux États-Unis par un pays tiers. On a ensuite appris qu’il s’agissait d’Israël.

     

    M. Trump y sera en visite officielle la semaine prochaine, mais il ira aussi en Arabie saoudite. La poudrière complexe du Moyen-Orient pourrait lui donner de nouvelles occasions de s’autopeluredebananiser.

     

    La Russie à l’aide

     

    Ces os ajoutés un à un dans la moulinette sociopolitique commencent à gripper sérieusement les engrenages. Au lieu d’un procureur spécial, une concession acquise, plusieurs démocrates réclament une commission d’enquête aux pouvoirs encore plus étendus pour poursuivre le travail sur les présumées accointances russes. La Commission du renseignement du Sénat a demandé mercredi à l’ex-directeur du FBI de venir témoigner publiquement, puis à huis clos, sur les circonstances de son limogeage.

     

    Tout en ironisant sur les intrigues de palais à Washington, le président russe a fait mine de venir en aide à son homologue étasunien. Vladimir Poutine offrait mercredi de fournir la transcription par ses propres services des échanges du 11 mai, lesquels prouveraient qu’aucun secret n’a alors été divulgué. Pourtant, M. Trump ne nie pas la transmission des informations délicates. Il a d’ailleurs expliqué par gazouillis qu’il peut révéler ce qu’il veut à qui bon lui semble.

     

    David Gergen, ancien conseiller de trois prédécesseurs de Donald Trump, a jugé mardi que Donald Trump était entré « dans la zone d’une destitution ». M. Green a été une éminence grise de Ronald Reagan, mais aussi de Richard Nixon et de Bill Clinton, les deux présidents qui ont eu à faire face à une procédure de destitution au XXe siècle. Il a la réputation de sentir l’air du temps à Washington comme pas un.

     

    Quelques républicains se joignent, sinon aux contestataires, du moins aux critiques inquiets. Le sénateur McCain, ex-candidat présidentiel, compare maintenant la situation bouillonnante au scandale du Watergate qui a eu raison du président Nixon.


    Comment fonctionne la procédure de destitution La Constitution américaine prévoit une procédure d’impeachment, solution radicale de destitution du président, du vice-président ou d’un fonctionnaire en cas de « trahison, de corruption, ou d’autres crimes et délits graves ».

    Le processus, exceptionnel, long et compliqué, implique les deux chambres et se déroule en trois temps. La Chambre des représentants doit d’abord voter pour la destitution, soit 218 élus ou plus sur les 435. Le Sénat organise ensuite un tribunal présidé par le juge en chef de la Cour suprême. La Chambre haute passe ensuite au vote et il faut les deux tiers des voix (67 sur 100) pour destituer le président.

    La procédure radicale et ultime a été mise en oeuvre trois fois. Elle n’a jamais abouti. Andrew Johnson (en 1867, par une voix) et Bill Clinton (en 1998) ont été exonérés par le vote du Sénat. Richard Nixon a démissionné (en 1974) avant la tenue du vote qui allait le déboulonner.

    L’entrave à la justice constitue un motif de destitution. La procédure engagée contre Bill Clinton l’évoquait en même temps que le parjure. Reste maintenant à savoir si les pressions sur l’ex-directeur du FBI James Comey, puis son congédiement par le président Trump, constituent un non-respect de la séparation des pouvoirs de l’exécutif et du judiciaire.

    La trahison aussi serait un motif suffisant. Les liens entre le candidat puis le président Donald Trump et la Russie pourraient tomber dans ce cas d’espèce.

    Les républicains contrôlent le Sénat et la Chambre des représentants. Tous ces élus soutiennent largement le président. En présumant que tous les démocrates et les indépendants voteraient en bloc contre le président Trump, il faudrait que 25 représentants changent de camp pour franchir la première phase et 19 sénateurs pour aboutir à la troisième, ultime et fatidique étape de l’impeachment.












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