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    Quatre années comme ça?

    François Brousseau
    15 mai 2017 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada | États-Unis | Chroniques

    Le brutal congédiement de James Comey, chef du FBI, par Donald Trump, est le point culminant, mais tout à fait emblématique, de l’extraordinaire numéro de cirque permanent qu’est la présidence de Donald Trump. L’apothéose de « la société du spectacle » annoncée par Guy Debord il y a exactement 50 ans.

     

    Outrances répétées d’un « président-enfant » de 70 ans, mépris de tous les usages, ignorance abyssale des dossiers, multiplication des insultes, provocations, faux pas, caprices et tweets fantasques à trois heures du matin…

     

    Ce feuilleton médiatique haletant donne l’impression que cet homme occupe la Maison-Blanche depuis bien plus que trois mois et trois semaines.

     

    C’est un paradoxe, parce que cette présidence, en matière d’accomplissements législatifs, n’a pratiquement rien à afficher. Quelques décrets spectaculaires ont rebondi sur le mur de la réalité, des protestations et des injonctions judiciaires. Même les annonces d’investissements privés (et d’emplois créés ou sauvés) que le président associe à sa magique présence sont presque toutes gonflées ou mensongères.

     

    Tout au plus, face au reste du monde, le pire ne s’est pas produit jusqu’à maintenant, grâce à quelques nominations moins fantaisistes ou moins partisanes (Rex Tillerson au département d’État, James Mattis à la Défense), qui ont eu pour effet d’éviter les dérapages et de maintenir peu ou prou la politique étrangère américaine dans le sillon de la continuité.

     

    Mais avec « l’affaire Comey », un nouveau seuil a été franchi. On peut parler de chaos politique à Washington. Une question se pose : combien de temps cela peut-il durer ? Donald Trump peut-il vraiment, avec ce crescendo d’imprécations, d’intimidations, d’atteintes à la séparation des pouvoirs, poursuivre et terminer son mandat ? Ne va-t-il pas finir par « exploser en plein vol » ?

     

    Plus spécifiquement : une procédure d’impeachment contre lui est-elle maintenant concevable ?

     

    La question paraissait prématurée il y a encore un mois. Aujourd’hui, devant le congédiement, par le président, d’un chef du renseignement qui enquêtait précisément sur la légitimité de l’élection de 2016 — avec l’implication apparente de la Russie pour aider les républicains —, tout porte à croire qu’il y a eu volonté d’étouffer la vérité, d’intimider ou d’écarter ceux qui pourraient la faire apparaître.

     

    Sur le fond, on a déjà déclenché aux États-Unis un impeachment pour beaucoup moins que ça : c’était, en 1998, Bill Clinton et ses mensonges (sous serment) concernant sa liaison illicite avec Monica Lewinsky. Une affaire qui avait rendu complètement folle l’opposition républicaine (… même si, à la fin, elle n’a pas eu la peau de Clinton).

     

    Les motifs constitutionnels d’impeachment contre un président sont : des « crimes ou méfaits graves », ou encore la maladie mentale.

     

    Depuis le 20 janvier, Donald Trump a employé (en toute connaissance de cause) un ou des conseillers liés financièrement à une puissance hostile (la Russie) ; touché des dividendes de compagnies actives à l’étranger ; installé à la Maison-Blanche des membres de sa famille actifs dans lesdites compagnies ; refusé de rendre publics ses impôts ; déclaré « illégitimes » des juges qui invalidaient ses politiques ; dénoncé les médias comme « ennemis du peuple » ; accusé des milliers de personnes d’avoir « voté illégalement » contre lui… et, dans l’affaire Comey, il a probablement intimidé des témoins et fait obstruction à la justice !

     

    On pourrait étirer la liste. Pour un dixième de tout cela, si le président actuel était démocrate (et la majorité au Congrès, républicaine), les procédures d’impeachment seraient déjà bien engagées… oh, que oui !

     

    Le problème, c’est que l’impeachment est une procédure à la fois judiciaire et politique. Ceux qui instruisent le dossier à charge, ce sont les représentants à la Chambre. Et ceux qui jugent ensuite, ce sont les sénateurs.

     

    Or, dans les deux cas, les majorités sont républicaines, et presque tous les membres républicains du Congrès (à l’exception d’une poignée de sénateurs) se sont comportés jusqu’à maintenant en béni-oui-oui de la Maison-Blanche.

     

    Y aura-t-il une enquête sérieuse sur le « scandale russe » qui colle à Donald Trump ? Si oui, qui pourra la diriger, après la purge politique de la semaine dernière ? Les élus républicains changeront-ils d’avis sur Trump, si le scandale venait à enfler ? Aux élections de 2018, la majorité pourrait-elle basculer au Congrès ?

     

    Les réponses à ces questions permettront de savoir si, oui ou non, Trump fera ses quatre ans.













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