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    Idées

    Elizabeth Warren est-elle l’anti-Trump?

    8 mai 2017 | Philippe Fournier - Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal | États-Unis
    La sénatrice démocrate Élizabeth Warren
    Photo: Scott Eisen / Getty Images / Agence France-Presse La sénatrice démocrate Élizabeth Warren

    Dans son dernier livre This Fight Is Your Fight, déjà dans les meilleures ventes du New York Times, l’étoile montante du parti démocrate Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts depuis 2013 et ex-professeure de droit à Harvard, retrace son parcours et fait état des injustices qui plombent le système politique et la société américaine. Celle que plusieurs voient comme candidate à la présidence en 2020 lance aussi un vibrant appel à la mobilisation pour résister au gouvernement Trump, ce qui détonne avec l’opposition relativement discrète des élus démocrates depuis l’intronisation.

     

    Fille de concierge, Warren raconte que, malgré les revers de fortune, ses parents ont toujours réussi à maintenir la tête hors de l’eau et qu’elle a pu bénéficier de bourses généreuses pour aller à l’université. Elle compare son expérience avec celle de Gina, à qui Walmart verse un salaire dérisoire, et ce, sans avantages sociaux et sans horaires fixes [...]. Alors que la classe moyenne glisse dans la précarité et la pauvreté, Warren déplore que les géants comme Walmart enregistrent des profits records et bénéficient de déductions fiscales en tout genre.

     

    Warren montre qu’à partir des années 1980, la classe moyenne américaine a commencé à perdre son pouvoir d’achat, ses avantages sociaux (dont la retraite), sa sécurité d’emploi et son accès à l’éducation et à l’assurance maladie à mesure que l’influence des institutions financières et des entreprises sur les législateurs a augmenté. Alors que les salaires stagnent, les coûts liés au logement, à l’alimentation, à l’éducation et à la santé ont explosé. La classe moyenne américaine étouffe littéralement. Ce constat a façonné le discours des deux candidats à la présidence de 2016, qui ont dénoncé plus ou moins ouvertement la collusion entre les intérêts financiers et la classe politique. Ce contexte particulier a grandement favorisé l’émergence de figures inusitées comme Bernie Sanders et Donald Trump, pour qui Gina a fièrement voté.

     

    Augmentation des inégalités

     

    Warren évoque aussi dans le détail les démarches des groupes d’intérêts à Washington dont le financement des campagnes électorales, de recherches «favorables» et de think tanks, les pressions sur les juges, le lobbying direct des membres du Congrès, le plus souvent républicains mais aussi démocrates, et explique comment des entités non gouvernementales comme la chambre de commerce influent sur le processus législatif. Bien qu’elle ait examiné ces phénomènes quand elle était professeure de droit, elle peut en témoigner directement comme sénatrice. Ayant participé à la création du Bureau américain de protection des consommateurs en 2011, Warren a fait suer plusieurs représentants de la haute finance depuis, dont le chef de la direction de Wells Fargo John Stumpf, qui a quitté son poste à la suite d’auditions publiques musclées sur une fraude massive impliquant quelque 5300 employés.

     

    Le coeur du message de Warren est que le modèle privilégié par les républicains depuis Ronald Reagan, c’est-à-dire le trickle-down economics, a contribué à une augmentation considérable des inégalités aux États-Unis. Elle insiste sur le fait que Donald Trump et son cabinet incarnent cette philosophie à la puissance dix et pourraient asséner le coup de grâce aux familles américaines de la classe travaillante, pourtant relativement réceptive au message du président. À travers son évocation d’une Amérique jadis prospère et progressiste, où l’État subventionnait l’éducation et la santé à la hauteur des besoins et des moyens de la population américaine, les syndicats avaient une influence réelle, les salaires suivaient l’augmentation du coût de la vie et les secteurs commercial et bancaire étaient taxés de manière conséquente et encadrés par des lois strictes, Warren ne propose rien de moins qu’un nouveau New Deal pour remettre le pays sur les rails.

     

    Critique virulente de Wall Street et des groupes d’intérêts qui noyautent Washington, elle représente assurément, aux côtés de Bernie Sanders, l’aile gauche du parti démocrate. Bien qu’elle soit grandement appréciée de la base démocrate et qu’elle ait réussi à rallier certains de ses collègues, Warren est honnie des républicains et considérée comme trop à gauche par plusieurs membres de son propre parti. Preuve qu’elle n’épargne pas ses confrères démocrates, Warren a critiqué l’ex-président Obama pour avoir accepté de prononcer un discours à l’invitation d’une grande banque d’investissement de Wall Street en échange de 400 000$.

     

    Pressentie par plusieurs pour la nomination de son parti et comme candidate aux prochaines élections présidentielles, y compris par Trump déjà qui la voit comme son adversaire en 2020, elle n’a pas encore annoncé ses intentions. Même s’il est vrai qu’elle ferait face à de nombreux défis si elle venait à se lancer, cette politicienne férocement intelligente et déterminée serait une candidate redoutable et une défenseure infatigable de la classe moyenne américaine.













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