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    États-Unis

    Le cafouillage Trumpcare

    Aux États-Unis, l’Obamacare aura fait progresser depuis six ans l’idée que l’accès aux soins de santé est un droit, non un privilège. Il représente dans l’histoire sociale américaine un progrès majeur. Manifestement imperméables à tout souci de justice sociale, les républicains sont en train d’y mettre le feu dans une précipitation inqualifiable. Seule chose à les faire hésiter : leurs froids calculs électoraux — à moins de deux ans des législatives de mi-mandat présidentiel.


    Stephen Bannon, idéologue en chef de l’homme qui fait maintenant office de président des États-Unis, professait il y a quelques semaines la « déconstruction de l’État administratif » — comme en écho lointain au projet de « réingénierie de l’État » défendu à une autre époque au Québec par Jean Charest. C’est dans cette logique de « déconstruction » que les républicains au Congrès ont commencé la semaine dernière à démanteler l’Affordable Care Act (ACA), mis en place par le gouvernement Obama à partir de 2011. La maladresse avec laquelle ils procèdent risque d’avoir un impact délétère sur la possibilité pour des millions d’Américains de se faire soigner sans que cela les ruine. Ce dont la population, y compris au sein de l’électorat républicain, prend acte sans cacher que la démarche gouvernementale n’est guère rassurante.

     

    Elle l’est d’autant moins que les républicains se chamaillent autour du projet de remplacement de l’ACA — trop à droite pour ses plus modérés, trop à gauche pour les tenants purs et durs de l’idéologie anti-taxe et antiréglementaire, révulsés par cet « Obamacare light ». Leurs débats tiraillés montrent en fait qu’ils sont pris au piège, s’agissant de respecter la promesse de l’imprévisible président Trump de déréguler le marché de la santé sans compromettre l’élargissement sans précédent de la couverture que l’Obamacare a permis d’atteindre. La quadrature du cercle, en somme. Quadrature idéologique tout autant que fiscale.

     

    L’Obamacare est un montage fort compliqué de mesures diverses — sous forme de subventions, de crédits d’impôt et de nouvelles taxes à hauteur de centaines de milliards de dollars — combinées à un élargissement crucial des critères d’admissibilité au Medicaid, l’important programme fédéral d’assurance maladie créé en 1965 sous Lyndon Johnson et son programme de « Great Society » à l’intention des foyers à faible revenu. Ce patchwork a permis que soient assurées 20 millions de personnes qui vivaient auparavant sans assurance et de faire chuter, à un niveau sans précédent, le taux de non-couverture de 16 à 9 % de la population.

     

    L’ACA a le mérite d’avoir réussi à discipliner le monde de l’industrie et de l’assurance médicales et à contrôler pour la grande majorité des clients les hausses de primes, contrairement à ce que prétendent les républicains. L’ACA est le résultat d’un grand arrangement du gouvernement avec ce marché de la santé qui, contre la promesse de millions de nouveaux consommateurs, a accepté d’assumer de nouvelles taxes afin que puisse être financée la réforme.

     

    C’est ce casse-tête complexe que M. Trump et les républicains veulent, avec leurs gros sabots, « abroger et remplacer » en éliminant les taxes qui ont été imposées aux nantis et aux entreprises sous Obama ; en refermant l’accès au Medicaid ; et en supprimant l’obligation qui était faite dans l’Obamacare d’y souscrire sous peine d’amende, ce à quoi ils ont des objections aveuglément viscérales. Mais ils s’engagent en même temps à conserver les mesures les plus populaires contenues dans l’ACA, nommément la possibilité pour les enfants de conserver l’assurance de leurs parents jusqu’à l’âge de 26 ans et l’interdiction pour les assureurs de refuser d’assurer des gens pour cause d’antécédents médicaux. Formule budgétairement intenable, comme il va de soi que le système ne pourra pas garantir une couverture généralisée si l’ensemble de la société (nantis et jeunes adultes compris) n’y participe pas.

     

    Avec le résultat qu’en vertu du « Trumpcare », la majorité des 20 millions de nouveaux assurés n’auraient plus les moyens de se procurer de l’assurance maladie, avancent la plupart des experts. De l’Association américaine des infirmières à l’Association médicale américaine en passant par les représentants des hôpitaux et des assureurs, tous jugent inadéquat le plan de remplacement républicain. Une « monstruosité », écrivait carrément Paul Krugman vendredi dans le New York Times. « Les faits et l’analyse sérieuse sont les ennemis de la droite moderne. »

     

    Toujours est-il que la Maison-Blanche et le leadership républicain s’emploient à faire l’unité des troupes législatives autour de cette monstruosité dans l’espoir d’en voter la loi avant Pâques. En parallèle, M. Trump tiendra une série de ralliements de promotion à travers le pays. Le populo-narcissique qui l’habite n’est pas insensible au sort des gens qui l’ont élu. Il est cependant très clair que cette sensibilité a des limites.













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