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    États-Unis

    Destituer Trump? Les empêchements à l’«impeachment»

    20 février 2017 | Marie-Christine Bonzom - Collaboratrice à Washington | États-Unis
    Selon un sondage publié le 10 février, 46% des Américains souhaitent la destitution du président Trump.
    Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Selon un sondage publié le 10 février, 46% des Américains souhaitent la destitution du président Trump.

    La commission judiciaire de la Chambre a jusqu’à vendredi pour répondre à la première initiative d’un élu qui pourrait enclencher une procédure en destitution contre Donald Trump.

     

    Jerrold Nadler, député démocrate de New York, a en effet déposé une résolution demandant au ministère de la Justice de fournir au Congrès toute information disponible sur les éventuels conflits d’intérêts de Donald Trump avec la Russie.

     

    Le mouvement en faveur de l’« impeachment » du président a démarré avant même sa prestation de serment. Dès le lendemain du scrutin présidentiel, l’impératif « Impeach ! » a figuré sur des pancartes lors de manifestations, et des entités associées au Parti démocrate ont lancé des pétitions.

     

    À ce jour, la pétition de change.org réunit plus de 222 000 signatures et celle de RootsAction plus de 881 000. La pétition de ce groupe proche de Bernie Sanders a même été déposée au Congrès la semaine dernière.

    Nous avons de bonnes chances d'aboutir, même si je ne m'attends pas à ce que la destitution de Trump intervienne le mois prochain, ni le suivant
    Jeff Cohen, cofondateur du RootsAction
     

    Ces appels à la destitution, appuyés par des juristes et des parlementaires, invoquent notamment des motifs prévus à l’article 2 de la Constitution : « trahison » en ce qui concerne les soupçons de collusion avec la Russie et « corruption » au regard des conflits d’intérêts potentiels entre la fonction présidentielle et les intérêts financiers de la Trump Organization.

     

    Depuis l’extraordinaire conférence de presse de Donald Trump jeudi dernier, des partisans de la destitution invoquent aussi ouvertement la santé mentale du chef de l’État. Earl Blumenauer, député démocrate de l’Oregon, réclame ainsi la révision de la Constitution pour inscrire la maladie mentale et les troubles émotionnels aux motifs de destitution.

     

    « Nous avons de bonnes chances d’aboutir, même si je ne m’attends pas à ce que la destitution de Trump intervienne le mois prochain, ni le suivant », affirme au Devoir Jeff Cohen, cofondateur de RootsAction.

     

    Vent de révolte

     

    Du reste, 46 % des Américains souhaitent la destitution du président Trump, selon un sondage publié le 10 février. Une hausse de 9 points rien que depuis fin janvier.

     

    Cependant, les antécédents historiques et le rapport des forces politiques ne sont pas propices au vent de révolte qui souffle dans les pétitions et dans la rue.

     

    Sur le plan historique, seulement 3 des 45 présidents américains ont été inculpés pour délits ou crimes passibles de destitution, et aucun n’a été effectivement destitué. Andrew Johnson et Bill Clinton furent acquittés par le Sénat, et Richard Nixon démissionna avant d’être jugé.

     

    Par ailleurs, la destitution est un acte éminemment politique, plus qu’une procédure juridique. Or, pour le moment, les républicains sont majoritaires à la Chambre et au Sénat, et donc décisionnaires quant à l’ouverture d’une procédure en destitution et à l’interprétation de l’article 2 en cas de procès.

     

    La chef de la minorité démocrate à la Chambre estime elle-même qu’à l’heure actuelle, une destitution de Donald Trump n’est pas justifiée. « S’il violait un jour la loi, ce sujet pourrait être évoqué, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui », déclare Nancy Pelosi.

     

    Mais Jeff Cohen, l’un des instigateurs de la pétition parrainée par RootsAction, rejette par principe l’avis de Mme Pelosi. « Elle fait partie des dirigeants du Parti démocrate qui doivent être écartés et qui nous ont donné le désastre qu’est Trump, à cause de leur indécision et de leur connivence avec les milieux d’affaires », assène-t-il.

     

    Le succès des appels à la destitution du président Trump dépendra non seulement de sa prestation au pouvoir dans les mois à venir, mais surtout des résultats des législatives de mi-mandat vers lesquelles les efforts des démocrates tendent déjà.

     

    « Notre pétition est aussi un outil de mobilisation en vue des élections de 2018 », indique Jeff Cohen. « Nous espérons que le Parti démocrate gagnera des sièges, en particulier des candidats de la tendance Sanders », confie-t-il. M. Cohen souligne que RootsAction pourrait « ajouter des motifs de destitution » et que la pétition, dans son état actuel ou futur, « peut obtenir le soutien d’électeurs indépendants et de républicains centristes ».

     

    En tout cas, Donald Trump ne doit pas s’étonner des appels à sa destitution, lui qui avait semblé prôner celle de Barack Obama il y a moins de trois ans. « Peut-on destituer un président pour incompétence grave ? » s’interrogeait en effet M. Trump dans un tweet du 4 juin 2014.













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