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    La fin précipitée du monde ancien

    Chantre de « l’Amérique en premier », redoutable négociateur autoproclamé, le président Trump affirme que les États-Unis ne se feront plus avoir par des interlocuteurs étrangers plus habiles. L’OTAN, l’ALENA, l’entente sur le nucléaire iranien, le PTP ou encore l’aide consentie à l’Australie pour accueillir des réfugiés sont ainsi dénoncés comme autant d’accords calamiteux noués par une série remarquable de présidents incompétents.

     

    Si les qualités individuelles et les relations interpersonnelles sont des atouts non négligeables, l’élément clé dans toute négociation internationale demeure la puissance relative des différentes parties prenantes. En la matière, les États-Unis mirent à profit une position exceptionnellement avantageuse pour établir, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’architecture du système international contemporain.

     

    L’impossible meilleur « deal »

     

    L’Europe et l’Asie étaient en effet économiquement et militairement dévastées. Les pays en développement, tout particulièrement en Afrique, étaient encore sous domination coloniale. L’URSS représenta rapidement une menace qui poussa les États n’adhérant pas à son idéologie à se tourner vers la puissance américaine. Dans ce contexte, Washington fut en mesure, au cours des années 1940 et 1950, de créer l’ONU, de nouer des alliances (l’OTAN avec l’Europe de l’Ouest et l’ANZUS avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande), lui permettant d’avoir une influence certaine sur les politiques de défense des alliés et d’établir les règles de la finance, des relations monétaires et du commerce à l’échelle internationale.

     

    Trump n’est pas le premier président américain à estimer que les institutions liant les États-Unis au reste du monde nécessitent quelques ajustements ou soient tout simplement ignorées. Nixon ébranla le système de Bretton Woods en suspendant la convertibilité or du dollar en 1971. Bill Clinton et George W. Bush contournèrent l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU pour intervenir militairement au Kosovo et en Irak. W. Bush rejeta le protocole de Kyoto et retira les États-Unis du traité de Rome instituant la Cour pénale internationale.

     

    Altérer profondément l’ordre international comme semble vouloir le faire Donald Trump est une lubie dangereuse qui repose sur des présupposés foncièrement erronés. Certes, le fonctionnement des organisations internationales, en premier lieu de l’ONU, peut être amélioré. Les effets négatifs de la mondialisation, notamment sur l’emploi, doivent être mieux appréhendés. Les alliés européens comme asiatiques ont les moyens de contribuer davantage à la défense commune. Il n’en demeure pas moins que les États-Unis bénéficient depuis plus de 70 ans d’une situation incontestablement avantageuse et bénéfique.

     

    L’administration Trump pourrait-elle tirer profit d’une position dominante pour négocier de meilleures ententes qu’au milieu des années 1940 ? Une telle idée est ridicule tant la puissance relative des États-Unis sur la scène internationale est aujourd’hui moins grande. Les États-Unis disposaient en 1945 de près de 40 % des capacités globales (militaires, économiques, démographiques). Depuis le début des années 1990, leur part oscille autour des 15 %.

     

    L’aliénation des alliés

     

    Par ailleurs, s’il est vrai qu’aucune grande puissance ne rivalise avec les États-Unis, les ressources économiques et militaires apparaissent plus diffuses qu’elles ne l’étaient en 1945. Les enjeux de sécurité sont plus complexes. La Chine n’est certes pas encore l’égal militaire des États-Unis. Elle déploie néanmoins une stratégie résolue d’influence, alliant coercition (notamment en mer de Chine du Sud) et séduction avec une politique d’aide au développement et d’échanges commerciaux en Afrique, en Asie, et en Amérique latine. La Russie dispose toujours d’une capacité de nuisance, comme en témoigne la situation en Ukraine.

     

    Alors que la scène internationale est chaotique, le président Trump semble s’attacher, depuis les deux semaines qu’il est à la Maison-Blanche, à s’aliéner les alliés traditionnels des États-Unis. L’Union européenne est minée par le Brexit et est en proie à l’incertitude dans l’attente des élections de cette année en France et en Allemagne. Or, Trump n’a rien trouvé de mieux que de fragiliser encore plus l’allié le plus solide des États-Unis en accueillant à bras ouverts la première ministre britannique et en dénonçant les performances allemandes en matière d’exportation. Sa volonté d’ériger un mur à la frontière mexicaine ouvre la porte à une inutile querelle de voisinage dans une Amérique du Nord traditionnellement paisible. L’Australie est un des partenaires les plus fidèles des aventures militaires américaines, depuis la Corée jusqu’à l’Irak, en passant par le Vietnam et l’Afghanistan. Son premier ministre a pourtant eu droit aux vociférations et élucubrations de l’hôte de la Maison-Blanche.

     

    Rex Tillerson et John Mattis, respectivement secrétaires d’État et à la Défense, ont démontré au cours de leurs auditions devant le Sénat qu’ils comprennent plutôt bien les subtilités de l’environnement international contemporain. Il n’est pourtant pas acquis qu’ils auront l’attention nécessaire pour éviter que Trump ne précipite la fin d’un monde ancien qui a si bien servi les États-Unis.













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