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    Washington

    Retour à la normale sur K Street... ou presque

    Les lobbyistes se préparent à la nouvelle ère présidentielle

    23 janvier 2017 | Marie-Michèle Sioui à Washington, D.C. | États-Unis
    Samedi, dans la capitale états-unienne, des centaines de milliers de personnes ont pris part au rassemblement intitulé Women’s March on Washington, qui visait à promouvoir les droits des femmes, à l’aube de la présidence de Donald Trump.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Samedi, dans la capitale états-unienne, des centaines de milliers de personnes ont pris part au rassemblement intitulé Women’s March on Washington, qui visait à promouvoir les droits des femmes, à l’aube de la présidence de Donald Trump.

    Retour à la normale, ce lundi matin à Washington, où les barrières, dispositifs de sécurité, toilettes chimiques, casquettes rouges et tuques roses ont disparu pour laisser les résidants et travailleurs reprendre possession de leur ville.

     

    La fin de semaine a été longue, antagoniste, passionnée : peut-être annonciatrice de l’ère politique qui s’ouvre avec l’arrivée en poste de Donald Trump.

     

    Dans les bureaux washingtoniens, il n’y aura pas que le milliardaire et son équipe qui reviendront aux affaires sérieuses. Un groupe particulier de travailleurs, associé à une artère tout aussi particulière de la capitale américaine, aura bien du pain sur la planche.

     

    Ce groupe, c’est celui que forment les 11 000 lobbyistes enregistrés aux États-Unis, ceux dont le travail est systématiquement associé à K Street de Washington. L’an dernier, ils ont dépensé près de 3 milliards de dollars américains pour influencer les 535 élus du Congrès. Pour chacun de ces membres votants, il existe donc 20 lobbyistes… au minimum.

     

    « Le nombre réel de lobbyistes aux États-Unis correspond dans les faits au double de celui que nous retrouvons en accédant aux données de la loi sur le lobbying, le Lobby Disclosure Act [LDA] », a constaté le professeur associé de l’Université du Texas à Arlington Thomas Herschel, dans une recherche qu’il a réalisée avec son collègue Tim La Pira, de l’Université James Madison, en Virginie.

    Chacune des transitions présidentielles est une période d’incertitude, pendant laquelle il faut refaire les contacts politiques
    Frank R Baumgartner, professeur de science politique à l’Université de la Caroline-du-Sud
    « Ce n’est pas que les gens cherchent à contourner la loi, c’est plutôt que la définition légale du statut de lobbyiste, celle qui fait en sorte qu’une personne doit s’enregistrer en vertu du LDA, est très étroite », a-t-il expliqué au Devoir.
     

    Pour être considéré comme un lobbyiste aux États-Unis, il faut empocher plus de 5000 $ par trimestre, être en contact avec plus d’un membre du gouvernement et dédier au moins 20 % de ses heures de travail à un seul client. Le lobby le plus dépensier du pays ? Celui de la Chambre de commerce américaine, qui a consacré 79,2 millions afin d’influencer les élus en 2016. Parmi les secteurs de l’industrie, c’est celui de la pharmaceutique qui a sorti le plus de billets verts : 186 millions en 2016, dépensés notamment par Pfizer et Amgen, une entreprise de biotechnologies.

     

    Les professeurs Herschel et La Pira préparent un livre sur l’industrie américaine du lobbying. Au coeur de celle-ci se trouve K Street, que le professeur de l’Université de la Caroline-du-Sud à Chapel Hill Frank R Baumgartner définit comme « l’épicentre » du lobbyisme. C’est sur cette rue que se trouvent les bureaux du Washington Post. C’est aussi là que des manifestations violentes ont éclaté en marge de l’intronisation de Donald Trump, vendredi.

     

    « Les influenceurs ne sont pas et n’ont jamais tous été sur cette rue », a cependant précisé le professeur Baumgartner, qui enseigne en science politique. « L’artère se trouve entre la Maison-Blanche et le Congrès : ça en fait donc un lieu de choix pour toutes les grandes firmes de lobbyisme ou de droit qui travaillent à influencer le gouvernement. »

     

    Nouveauté et incertitude

     

    Depuis 2008, le nombre de lobbyistes enregistrés et le budget rattaché à leurs activités est resté assez stable. Mais cela, comme bien d’autres choses, pourrait bien changer avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.

     

    « Chacune des transitions présidentielles est une période d’incertitude, pendant laquelle il faut refaire les contacts politiques qui étaient si importants avec l’administration précédente, mais qui deviennent tout à coup inutiles », a commencé Frank R Baumgartner. « Je prédis une importante hausse des activités de lobbying, parce que tellement d’organisations, dans l’industrie de la santé par exemple, doivent s’inquiéter de ce qui arrivera à l’Affordable Care Act », a-t-il ajouté.

     

    L’industrie automobile doit ainsi être pressée d’apprendre ce qu’il adviendra des ententes commerciales qu’ont les États-Unis avec le reste du monde. Quand le président a annoncé sur Twitter qu’il souhaitait annuler la commande de son nouvel Air Force One, les dirigeants de Boeing ont aussi dû avoir des sueurs froides. « L’incertitude est grande », a résumé le professeur Baumgartner.

     

    Pour « vider le marais », pour reprendre l’expression qu’il a utilisée, Donald Trump a annoncé en campagne qu’il avait l’intention de bannir le « lobbying des portes tournantes ». Le nouveau président souhaite interdire aux ex-fonctionnaires du pouvoir exécutif de faire du lobbying auprès de leur ex-employeur pendant une période de cinq ans suivant leur départ de la fonction publique.

     

    Selon Thomas Herschel, cette proposition aura surtout pour effet de réduire le nombre de lobbyistes enregistrés. Un peu comme se présente la courbe de Laffer en économie, le professeur estime que des lois plus strictes pousseraient les lobbyistes à travailler dans l’ombre.

     

    Et puis peut-être ces influenceurs ont-ils déjà commencé à modifier leurs tactiques. À l’ouverture en novembre de l’hôtel Trump, situé à un jet de pierre de la Maison-Blanche, ils étaient des centaines de diplomates étrangers à avoir accepté une invitation à profiter des suites à 20 000 dollars du chic établissement. Pour eux, dépenser de l’argent dans l’hôtel du président était un bon moyen de lui signifier leur désir d’être dans ses bonnes grâces. Comme les diplomates, les lobbyistes décideront peut-être de retourner justement là, dans le lobby d’un hôtel qui porte le nom de leur nouveau président.

    Samedi, dans la capitale états-unienne, des centaines de milliers de personnes ont pris part au rassemblement intitulé Women’s March on Washington, qui visait à promouvoir les droits des femmes, à l’aube de la présidence de Donald Trump. Samedi, le métro de Washington était bondé en raison des nombreux manifestants. Des femmes de tout âge ont pris part à la Marche des femmes samedi à Washington. De nombreuses manifestantes ont fait preuve de beaucoup d'originalité lors de la création de leur pancarte colorée. Une jeune participante de la Marche des femmes samedi à Washington. Une femme fait un doigt d'honneur devant le Trump Hotel. De nombreuses manifestantes ont fait preuve de beaucoup d'originalité lors de la création de leur pancarte colorée. Des centaines de milliers de personnes ont déferlé dans les rues de Washington samedi. Les autorités parlent d'une foule record.












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