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    Histoire

    Le «miracle» de l’intronisation aux États-Unis

    Histoire d’une tradition symbolique de la République américaine

    20 janvier 2017 |Jean-François Nadeau | États-Unis
    C’est lors de son discours d’intronisation en janvier 1961 que John F. Kennedy a livré cette phrase devenue célèbre: «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.»
    Photo: Archives Associated Press C’est lors de son discours d’intronisation en janvier 1961 que John F. Kennedy a livré cette phrase devenue célèbre: «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.»

    En politique, rien n’est plus important que la fondation de l’ordre constitutionnel pour asseoir l’autorité légitime du pays et assurer sa reproduction au fil du temps. La cérémonie d’intronisation a justement pour fonction de retremper symboliquement les États-Unis dans les eaux de leurs origines.

     

    Lors de la cérémonie de 1981, le président Ronald Reagan soulignait bien le caractère quasi mystique dont est empreint cet événement : « Cette cérémonie que nous acceptons comme normale tous les quatre ans n’est rien de moins qu’un miracle. » Le miracle de la continuité symbolique de la République américaine.

     

    Le président

      

    C’est au moment où George Washington, le premier président en titre, s’apprêtait à accepter ses hautes fonctions qu’on décida de son titre formel en tant que responsable de l’exécutif. Certains penchaient pour « Son Altesse », mais on décida plutôt d’un titre plus en accord avec l’esprit républicain qui présidait à ce nouvel édifice constitutionnel : « président des États-Unis ».

     

    C’est ce titre de président qui est revalorisé par la cérémonie protocolaire du serment, puis du discours d’intronisation.

    Photo: Carlos Schiebeck Agence France-Presse Le président George Bush père discutant avec son prédécesseur Ronald Reagan lors de sa cérémonie d'intronisation, en 1989
     

    Le 45e président des États-Unis, Donald John Trump, obéit à une tradition solennelle qui reprend au fond, dans un théâtre républicain, le rituel très ancien du sacre royal.

     

    Le 30 avril 1789, pour le premier couronnement républicain, les cloches des églises sonnent et l’artillerie de ces forces révolutionnaires qui a triomphé des armées britanniques gronde. Ce moment fondateur, balisé de plusieurs gestes étudiés, sert de modèle à la cérémonie d’aujourd’hui, comme à toutes celles qui l’ont suivi.

     

    Par la fenêtre

    Photo: Wikicommons George Washington n’a prononcé que 135 mots à la suite de son assermentation en 1793.
     

    En 1801, Thomas Jefferson fut le premier à être investi officiellement de son titre à Washington. C’est lui aussi, pour son second mandat, qui ouvrit les portes de la Maison-Blanche à tous, afin qu’on puisse lui présenter ses voeux. Cette pratique faillit mal tourner en 1829 pour un de ses successeurs, Andrew Jackson, tandis qu’une foule pressée de le voir cassait le mobilier. Par mesure de précaution, le président Jackson quitta en douce les lieux. Certains affirment qu’il prit la fuite par une fenêtre.

     

    Le serment d’origine reste inchangé. En anglais, il tient en 35 mots seulement. Le président jure « solennellement » qu’il fera de son mieux pour « préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis ». L’ordre constitutionnel s’incarne dès lors en sa personne.

     

    Le serment solennel est suivi par une adresse inaugurale, livrée devant d’illustres représentants du pays. Cette cérémonie est d’abord une affaire nationale.

     

    George Washington prononça seulement 135 mots à la suite de son assermentation en 1793. Le président William Harrison, en 1841, parla pour sa part un peu plus de deux heures. Harrison mourra exactement un mois après son assermentation, victime d’une pneumonie.

     

    Question d’époque

     

    Les discours inauguraux des présidents américains ne sont pas d’ordinaire déterminants pour l’expression de leur politique à venir. En revanche, ils expriment très souvent l’époque dans laquelle ils s’inscrivent.

     

    En janvier 1961, le président Kennedy avait frappé l’imaginaire dans son discours inaugural en retrempant le patriotisme grâce à une phrase restée depuis célèbre : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Lors de son discours inaugural, le président Bill Clinton marquait pour sa part la fin de la guerre froide en laissant bien entendre que son pays ne risquait pas, pour sa part, de s’effondrer de l’intérieur : « Il n’y a rien de mal avec l’Amérique qui ne puisse être guéri par ce qu’elle a de juste. »

    Photo: Joyce Naltchayan Agence France-Presse Les Clinton ont visité 14 bals en 1997.
     

    Avant la cérémonie officielle, la tradition récente (1933) veut que le président désigné assiste à une cérémonie religieuse. Le président sortant et son épouse rencontrent ensuite le nouveau couple présidentiel pour le thé, avant de se diriger ensemble au Capitole pour l’événement-clé de la journée. Ce 20 janvier 2017, le juge en chef de la Cour suprême conférera alors le titre de président à Donald Trump. À la suite de son discours, les Obama quitteront Washington à bord de Marine One, l’hélicoptère qui transporte d’ordinaire le président des États-Unis.

     

    Les discours terminés, il est de coutume de danser dans de grands bals, partout dans la ville. Une façon ancienne pour les humains de signifier leur joie, leur concorde, leur approbation. Le président Trump doit visiter trois grands bals. En 2009, les Obama en avaient visité 10, et les Clinton 14 en 1997.

     

    Le président désigné a promis une journée magnifique : « Nous allons avoir une journée très, très élégante. Le 20 janvier sera quelque chose de vraiment, vraiment spécial, de vraiment beau. »













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