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    États-Unis

    Celui dont on ne doit pas prononcer le nom

    Donald Trump n’a pas encore mis les pieds dans le Bureau ovale que déjà des appels à sa destitution se font entendre. Un scénario qui ne restera que fiction.

     

    Il faudrait, pour ce faire, qu’une fois en exercice le nouveau président contrevienne de telle manière à la Constitution ou commette des actes d’une telle gravité que la Chambre des représentants (qui instruit les dossiers de destitution) se sente contrainte (par la pression populaire) de transmettre un acte d’accusation au Sénat, qui est alors seul juge. Et il faut se souvenir que, deux fois dans l’histoire, elle a transmis un tel dossier au Sénat (pour Andrew Johnson et Bill Clinton), mais que dans les deux cas le président a été acquitté.

     

    D’Andrew Jackson à Lyndon Johnson, les présidents n’ont pas hésité à recourir à l’intimidation pour gouverner. Mais Nixon a véritablement jeté les bases d’un discours blâmant les médias pour les dysfonctionnements gouvernementaux — bannissant des reporters de la Maison-Blanche, menaçant de révoquer les permis de diffusion des entreprises du Washington Post pour empêcher la publication des Pentagon Papers, tandis que les plombiers du Watergate avaient imaginé assassiner le journaliste d’enquête Jack Anderson.

     

    Or, en 2017, le président désigné semble adopter des stratégies similaires — le journaliste de CNN Jim Acosta peut en témoigner. Mais voilà, bien que l’on puisse voir dans la pratique trumpienne du pouvoir une dimension nixonienne, il n’y a plus d’enregistreuse dans le Bureau ovale. Et loin de représenter cette classe moyenne blanche dont il se prévaut, le presque-président a nommé le gouvernement le mieux nanti de l’histoire américaine, le moins expérimenté de l’histoire récente, et dont les ramifications directes (et les fiducies qui vont ou ne vont pas se mettre en place) et indirectes (par leurs liens avec Wall Street) posent des questions de probité.

     

    Ce même président désigné, qui a été élu grâce à un mécanisme électoral suranné et un coup de pouce venu de l’Est, est également aux prises avec des questions éthiques lorsqu’il nomme son gendre à la Maison-Blanche (le précédent créé par Woodrow Wilson date d’avant les lois adoptées après la présidence Kennedy) ou ses fils à la tête de son empire — comment le ministre de la Justice statuera-t-il sur les infractions commises en 2008 par la Deutsche Bank, principal bailleur de fonds de l’organisation ? Il s’en défend, arguant que, comme président, il est exempt de ce type de contrainte. Or cette interprétation discutable, promue par ses propres juristes, ne reflète pas la totalité du débat juridique sur la question.

     

    Et il y a pire. Le Kompromat (chantage par compromission) appartient à la culture politique russe et, quoi qu’en disent Trump et son équipe, le directeur national du renseignement et celui de la NSA ne se déplacent pas à la Maison-Blanche sans raison. De quels leviers la Russie s’est-elle dotée contre un président républicain (qui, par tradition, devrait lui être hostile) étonnamment complaisant à son égard ? Car sa vulnérabilité a un impact tant sur la démocratie américaine que sur l’état des alliances du pays et, ce faisant, sa sécurité : si l’indépendance du président était compromise, les services secrets étrangers pourraient hésiter à partager leurs informations avec leur allié.

     

    La stratégie d’intimidation

     

    Or, pour l’instant, le presque-président est téflon. Depuis la vidéo d’Access Hollywood parue en octobre 2016, rien ne semble lui coller à la peau. Le discours de Meryl Streep incarnant les inquiétudes d’une élite hollywoodienne qui flaire les relents d’une forme de maccarthysme comme le message d’adieu de Barack Obama porteur d’espoir ont disparu dans l’éclipse médiatique de la conférence de presse du milliardaire-président. Les reporters présents dans la salle de la conférence de presse ne se sont pas levés, ni n’ont cédé leur tour de question, lorsqu’il s’en est pris à l’un des leurs. Ainsi, la stratégie d’intimidation qu’il a érigée en mode de gouvernance fonctionne. Plutôt bien.

     

    Elle a aussi pour effet d’éclipser la réalité. Celle de citoyens ordinaires qui craignent que, dans une semaine, leur vie ne change radicalement. Si ça n’a pas déjà commencé. Que ce soit dans les États limitrophes de la frontière, où des campagnes d’information visent à informer les immigrants de leurs droits, en Californie, où les fermiers ont amorcé la robotisation de leurs infrastructures pour pallier le départ de la main-d’oeuvre, pour les 750 000 jeunes qui ont souscrit au programme Deferred Action for Childhood Arrivals et craignent d’être expulsés du seul pays qu’ils connaissent, ou encore ceux pour qui le démantèlement de l’Obamacare aura des effets qui vont au-delà de la seule assurance maladie.

     

    Et le règne de celui dont on ne doit pas prononcer le nom n’a même pas encore commencé.













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