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    Trump, un président en colère

    Donald Trump réfute les allégations concernant ses relations avec le Kremlin, s'attaque à la presse et sème le doute sur le renseignement américain

    12 janvier 2017 |Lisa-Marie Gervais | États-Unis
    Donald Trump a rencontré, mercredi à New York, les représentants de la presse pour la première fois depuis des mois. Mais certains journalistes, comme celui de CNN, étaient interdits de questions lors de la première conférence de presse du président désigné.
    Photo: Seith Wenig Associated Press Donald Trump a rencontré, mercredi à New York, les représentants de la presse pour la première fois depuis des mois. Mais certains journalistes, comme celui de CNN, étaient interdits de questions lors de la première conférence de presse du président désigné.

    Chassez le naturel, il revient au galop. Fidèle à lui-même, c’est un Donald Trump sur la défensive, et menant une contre-attaque, qui a répondu aux questions des journalistes lors de la conférence de presse tenue mercredi midi, la première depuis plusieurs mois. Une conférence de presse à l’image de la campagne qu’il a menée : remplie de déclarations à l’emporte-pièce, de coq-à-l’âne et d’une attitude méprisante à l’égard de plusieurs médias.

     

    Il faut dire que depuis que la presse américaine a révélé que la Russie pourrait détenir des informations « compromettantes » contre lui — notamment sur des rencontres avec des prostituées à Moscou —, le futur président des États-Unis était attendu de pied ferme par les journalistes. « Je pense que c’est scandaleux, scandaleux que les agences de renseignement aient permis [la publication] d’une information qui s’est révélée être erronée et fausse », s’est défendu sur un ton menaçant l’homme d’affaires de 70 ans, visiblement très en colère.

    Je pense que c’est une honte que des agences de renseignement permettent la diffusion d’informations fausses, comme si on était dans l’Allemagne nazie
     

    Bombardé de questions sur ce nouveau sujet chaud, qui n’est étayé (rappelons-le) d’aucune preuve solide, il s’est contenté de nier les faits allégués, en fustigeant des médias comme Buzzfeed — ce « tas d’ordures » — qu’il accuse d’avoir manqué de professionnalisme. Donald Trump s’en est aussi pris à CNN — la querelle ne date pas d’hier —, refusant de donner la parole à son correspondant. « Non, pas vous ! Votre organisation est horrible. Taisez-vous ! Non, je ne vous donnerai pas de question », a-t-il dit en colère.

     

    Il faut être très prudent avec ces allégations, a insisté Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste de la politique américaine. Et si elles étaient fondées, la destitution (impeachment) ne serait probablement pas évoquée. « Trump est tellement particulier. À ce stade-ci, sachant tout ce qu’on sait de lui, je ne vois pas ce qu’une info embarrassante de plus viendrait changer », dit l’analyste. Les propos vulgaires et dégradants envers les femmes qu’il a tenus à l’animateur de Access Hollywood dans une vidéo auraient pourtant ruiné la carrière de n’importe quel candidat présidentiel. « Non seulement il a survécu à ça, mais il a été élu président des États-Unis trois mois plus tard. »

     

    Un registre connu

     

    Depuis la Trump Tower au coeur de Manhattan, ce premier face à face officiel avec les journalistes est donc apparu à l’image de la campagne du milliardaire républicain, confirme Pierre Martin, professeur au Département de sciences politiques de l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines. « Il n’y a plus rien qui me surprend ou qui m’étonne de la part du personnage, qui nous a habitués à l’inhabituel. La conférence de presse était pas mal dans le ton de sa campagne, il n’a pas vraiment changé de mode de communication. »

    Je n’ai rien à voir avec la Russie — aucun contrat, aucun prêt, rien. Si Poutine aime Donald Trump, c’est un atout, pas une nuisance.
     

    Lâchant plusieurs salves à l’endroit d’Hillary Clinton, Donald Trump semblait encore être en campagne électorale. « Pourtant, c’est fini tout ça. Mais il semble être encore dans cette espèce d’inconfort d’avoir gagné mais d’avoir gagné d’une façon qui n’est pas convaincante. Il essaie toujours d’en mettre plus que le client en demande, comme pour se justifier », constate M. Martin.

     

    Pas de conflits d’intérêts

     

    Le riche homme d’affaires, qui prêtera serment dans environ une semaine, a profité de la conférence de presse pour ressasser ses marottes, à savoir qu’il construira un mur et qu’il refilera bel et bien la facture au Mexique, qu’il sera « le plus grand créateur d’emploi que Dieu ait jamais créé » et qu’il s’occupera en priorité du sort des vétérans de l’armée.

     

    Nouveauté au menu : le milliardaire a pour la première fois expliqué comment il se mettrait à l’abri de potentiels conflits d’intérêts, notamment en confiant la gestion de son entreprise à ses deux fils, Donald fils et Eric, et en nommant une sorte de gardien de l’éthique. Dans une petite mise en scène où étaient disposés de gros livres de comptes appartenant à son entreprise, il a demandé à son avocate de détailler les mesures qu’allait prendre le futur président américain pour s’isoler de son empire afin de s’assurer que les décisions qu’il prendra ne seront pas pour son bénéfice personnel, mais bien en faveur de la nation.

     

    Une opération d’« habillage de fenêtre » [window dressing], note Pierre Martin. La liquidation pure et simple des actifs, la constitution d’une fiducie sans droit de regard, « rien de tout cela n’est fait », ajoute-t-il. « On a l’impression que dans le camp Trump, les normes et les règles du jeu non écrites, c’est pour les autres. […] Comme si lui et les gens de son cabinet étaient au-dessus de toute tentation de corruption étant donné qu’ils sont si riches. »

     

    Qui plus est, le milliardaire ne s’aide pas en ne rendant jamais publiques les preuves qui pourraient faire taire les soupçons. « Il nie toute forme d’association avec quelque entité russe que ce soit, mais il refuse de publier sa déclaration de revenus », rappelle le chercheur. Et qu’a répondu Donald Trump, visiblement agacé, à une reporter qui lui a demandé de le faire ? « Les seuls qui s’intéressent à cela sont les journalistes… »













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