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    États-Unis

    La Russie dans la campagne américaine

    L’échec des négociations entre Moscou et Washington sur la Syrie, les tentatives russes d’influencer les élections américaines par des cyberattaques ou encore la remise en question par le Kremlin de deux traités importants pour limiter les risques de dérapage nucléaire apparaissent comme autant de manifestations d’une nouvelle « guerre froide ». Le rusé Vladimir Poutine est-il pour autant parvenu à déjouer la puissante Amérique, comme l’affirme Donald Trump ?

     

    Lors du dernier débat présidentiel, le candidat républicain s’est de nouveau plu à soutenir que les actions initiées par Vladimir Poutine depuis deux ans (annexion de la Crimée, déstabilisation de l’Ukraine, intervention militaire en Syrie) auraient révélé la faiblesse et l’indécision des États-Unis. Un tel argument relève davantage du propos de « marionnette », à laquelle fit allusion Hillary Clinton, que d’une analyse sérieuse de l’influence russe sur la scène internationale.

     

    Obstacles

     

    La Russie a achevé en Syrie, au début du mois, le déploiement d’un système de défense anti-aérienne réputé efficace. D’ici quelques jours, son unique porte-avions devrait être opérationnel en Méditerranée orientale. Ces développements constituent de sérieux obstacles à d’éventuelles frappes aériennes américaines contre le régime de Bachar al-Assad. Ils rendent également peu probable la création de zones d’exclusion aérienne destinées à protéger les populations civiles et pour lesquelles plaident Hillary Clinton et Donald Trump.

     

    Dans ce contexte, l’option d’une réponse américaine robuste aux bombardements russo-syriens sur Alep semble avoir été écartée lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale tenue à la Maison-Blanche le 14 octobre. Le sort funeste de la deuxième ville de la Syrie apparaît scellé. Le gouvernement Obama préfère se concentrer sur la lutte contre l’État islamique, avec la bataille en cours pour reprendre Mossoul et la préparation d’une offensive sur son bastion syrien, la ville de Raqqa.

     

    En Syrie comme en Ukraine, les démonstrations de force de Vladimir Poutine ont stupéfait bien des commentateurs et alimenté les contempteurs de la politique étrangère trop prudente menée par le président Obama. La détermination du président russe et son sens de l’initiative lui donneraient un avantage certain sur des États-Unis de plus en plus hésitants et inefficaces.

     

    Or la Russie était en bien meilleure posture il y a à peine six ans. Moscou avait à Kiev un allié docile avec le président Viktor Ianoukovitch. La Russie et l’OTAN étaient sur la voie d’un rapprochement, illustré par la participation du président Medvedev au sommet de Lisbonne tenu en 2010. Moscou jouait un rôle-clé dans la mise en place de nouvelles sanctions contre Téhéran, qui allaient favoriser les négociations sur le dossier nucléaire. L’économie russe retrouvait une croissance vigoureuse, après la crise de 2008, et les relations commerciales s’intensifiaient avec les États-Unis et l’Europe.

     

    Le déclin de la Russie

     

    Ces progrès furent annihilés avec le retour de Vladimir Poutine au Kremlin. Percevant les mouvements de contestation politique, autant au Moyen-Orient qu’en Ukraine et en Russie, comme des coups des services secrets américains, il décida de recourir à la coercition, tant à l’interne qu’à l’international.

     

    L’étalage des capacités militaires peut éblouir les thuriféraires de la force brute. L’évolution de la posture nucléaire peut légitimement susciter des inquiétudes. Les coups d’éclat du Kremlin n’en sont pas moins des feux d’artifices sans lendemain. Les perspectives démographiques de la Russie restent catastrophiques, l’économie est durement touchée par la chute des prix du pétrole et, dans une certaine mesure, par les sanctions.

     

    Si les éléments prorusses demeurent une nuisance en Ukraine, il est peu probable que Kiev revienne dans le giron de Moscou. L’OTAN, qui serait retombée dans une crise d’identité après l’aventure afghane, retrouve sa raison d’être face aux provocations russes en Europe. La durée de vie du régime al-Assad a été prolongée par l’intervention russe, mais ce régime ne pourra pas restaurer son autorité sur l’ensemble d’une Syrie profondément meurtrie et déchirée. Sans compter l’effet désastreux, sur la réputation de la Russie, de sa participation à des crimes de guerre, en particulier dans la bataille d’Alep.

     

    L’incompétence et le goût du clinquant de Donald Trump ont pu lui faire voir en Vladimir Poutine un chef fort. Réaliste et expérimentée, Hillary Clinton ne devrait pas se laisser berner par cette illusion de puissance. Dans la lignée de Barack Obama, elle continuera certainement à réorienter la politique étrangère des États-Unis vers une région, l’Asie-Pacifique, et sur des enjeux (commerce international, changements climatiques) qui comptent pour l’avenir des relations internationales et dans lesquels la Russie apparaît isolée et peu influente.













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