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    Prix André-Laurendeau — Sciences humaines

    Le langage, cette propriété distinctive de l’homme

    22 octobre 2016 | Émilie Corriveau - Collaboration spéciale | États-Unis
    Anna Maria Di Sciullo a le désir de fonder un centre qui permettrait de réunir des gens qui développent la connaissance des propriétés fondamentales du langage humain et des gens qui créent des algorithmes qui simulent ces propriétés.
    Photo: iStock Anna Maria Di Sciullo a le désir de fonder un centre qui permettrait de réunir des gens qui développent la connaissance des propriétés fondamentales du langage humain et des gens qui créent des algorithmes qui simulent ces propriétés.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Professeure au Département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis plus de 30 ans, Mme Anna Maria Di Sciullo est l’une des plus réputées spécialistes de linguistique théorique et de biolinguistique à travers le monde. Le 18 octobre dernier, sa carrière a été célébrée par ses pairs. À l’occasion de la 72e édition des prix de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), elle s’est vu remettre le prestigieux prix André-Laurendeau, lequel vise à récompenser l’excellence et le rayonnement de chercheurs oeuvrant dans le domaine des sciences humaines.


    Ce n’est pas la première fois que Mme Di Sciullo remporte un prix de l’envergure de celui que lui a remis l’Acfas mardi dernier. En fait, au cours de sa faste carrière, la chercheuse a récolté plusieurs distinctions. Notamment, en 1991, l’Assemblée des gouverneurs de l’Université du Québec lui a octroyé son Prix d’excellence en recherche pour souligner l’importance de ses travaux sur les structures d’arguments. En 1999, elle a aussi été reçue membre de la Société royale du Canada et, en 2015, elle a été honorée par le gouvernement d’Italie pour l’ensemble de sa carrière.

     

    Mais bien qu’elle cumule les consécrations, Mme Di Sciullo se dit très touchée de recevoir cette année le prix André-Laurendeau.

     

    « Ce qui me fait le plus plaisir, c’est que le prix vienne d’ici, souligne-t-elle avec émotion. J’ai beaucoup donné intellectuellement au Québec et ça me réjouit vraiment qu’on le reconnaisse. Je suis aussi heureuse de la visibilité que cela donne à l’UQAM. »

     

    Un parcours épatant

     

    Originaire d’Italie, Mme Di Sciullo s’est installée au Canada avec sa famille lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant.

     

    « C’était un pays qui offrait d’énormes possibilités, qui était jeune et sensible aux choses nouvelles. C’est quelque chose qui a plu à mes parents et qui m’a aussi séduite », relève-t-elle.

     

    Aussi, lorsque est venu le temps de faire des études universitaires, c’est à Montréal que Mme Di Sciullo a choisi d’entamer son parcours. Ayant pratiqué la musique toute sa jeunesse, elle a songé à s’inscrire au conservatoire et à faire carrière dans le domaine, mais elle a plutôt opté pour la linguistique.

     

    « Dans ces deux disciplines, il y a des propriétés qui sont celles de la forme. Dans la musique, il y a toute une mathématique des sons. C’est très proche du langage humain. Il y a des propriétés formelles qu’on ne perçoit pas, mais qui sont là et qui sont propres à toutes les expressions linguistiques. C’est ce qui m’a attiré dans ce champ d’études », confie-t-elle.

     

    Après avoir réalisé un baccalauréat et une maîtrise en linguistique à l’UQAM, elle a entrepris un doctorat à l’Université de Montréal dans le cadre duquel elle a mené des travaux sur les propriétés des structures syntaxiques. Puis, elle s’est penchée sur deux autres composantes grammaticales, soit la structure d’arguments et la syntaxe des mots.

     

    Dans la foulée, Mme Di Sciullo s’est intéressée à l’approche développée par le célèbre linguiste américain Noam Chomsky, fondateur de la grammaire générative.

     

    « Mon intérêt m’a conduite à visiter régulièrement le MIT [Massachusetts Institute of Technology] quand je faisais mon doctorat et, par la suite, à assister aux cours de Chomsky et à avoir des réunions fréquentes avec lui pour développer des idées. Son apport a été important dans mon développement intellectuel. Aujourd’hui, c’est quelqu’un que je vois régulièrement. Il fait partie de mes projets de recherche. »

     

    Une contribution majeure

     

    Après ses études, Mme Di Sciullo n’a pas chômé. Dès 1984, elle s’est largement engagée dans l’enseignement et a formé de nombreux étudiants aux cycles supérieurs.

     

    Au fil des ans, elle a aussi développé moult théories à l’intersection de la linguistique, de la biologie, de la physique et des mathématiques. Parmi elles, notons la théorie de la modularité relativisée, la théorie de l’asymétrie de la faculté du langage et la théorie des structures d’arguments flexibles. Ces dernières ont transformé les recherches sur la faculté du langage et contribué de manière déterminante à l’avancement des connaissances en linguistique.

     

    Ses travaux ont conduit à la publication de nombreux articles scientifiques et ouvrages marquants, dont On the Definition of Word (1987) et Asymmetry in Morphology (2005), tous deux parus aux prestigieuses Presses du MIT.

     

    Au cours des décennies 1990 et 2000, entourée d’un réseau international de chercheurs multidisciplinaires, elle a dirigé deux grands travaux de recherche concertée : le premier portait sur les asymétries des langues naturelles et leur traitement par les systèmes de performance ; le second, sur les asymétries d’interfaces et leur traitement cognitif. Ces derniers ont d’ailleurs tous deux été hautement subventionnés (3,8 millions) par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

     

    Parallèlement, Mme Di Sciullo a aussi dirigé — et dirige toujours — un programme sur les interfaces dynamiques subventionné à la hauteur de 1,1 million par le Fonds de recherche du Québec.

     

    En 2004, elle a fondé la Fédération sur le traitement des langues naturelles afin de faciliter le dialogue entre les chercheurs universitaires et les professionnels en linguistique fondamentale, en linguistique computationnelle et en technologie. Puis, en 2007, elle a créé le Réseau international de biolinguistique, dont l’objectif est de stimuler la recherche sur les bases biologiques de la faculté du langage en créant des liens entre la linguistique, la biologie et la physique.

     

    Malgré l’intensité de ses activités professionnelles des 35 dernières années, Mme Di Sciullo se dit loin d’être prête à ralentir la cadence. D’ailleurs, au cours des prochains mois, elle donnera plusieurs conférences à l’international, notamment au Brésil, aux Indes et aux États-Unis, où elle rencontrera à nouveau Noam Chomsky.

     

    « Je vais travailler sur un projet de biolinguistique, faire des travaux théoriques sur les mathématiques et le langage et poursuivre mes recherches avec mon groupe, signale-t-elle. J’ai aussi le désir de fonder un centre qui permettrait de réunir des gens qui développent la connaissance des propriétés fondamentales du langage humain et des gens qui créent des algorithmes qui simulent ces propriétés. Je ne manque pas de projets et je suis toujours aussi passionnée par mes activités ! »













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