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    La lente agonie de l’éléphant

    Huit jours après la divulgation de l’enregistrement révélant, si besoin était, le côté obscur de Trump, il n’y a plus d’équivoque : il y a guerre civile au Parti républicain. Comme si le paranoïaque Joseph McCarthy et le raciste George Wallace s’étaient réincarnés dans un personnage salace pour prendre en otage le GOP. Le parti de l’éléphant chancelle sur ses bases, l’électorat républicain perd confiance, les défections se multiplient.

    À trois semaines du scrutin, les républicains ont amorcé une descente aux enfers, redessinant au passage la carte du collège électoral. Les sondeurs déplacent des États traditionnellement républicains vers le bassin des États-pivots (Arizona, Géorgie), des États-pivots (Caroline du Nord, New Hampshire) vers le camp démocrate et des États traditionnellement républicains dans une zone grise (Arkansas, Minnesota, les Dakotas). Les projections sont telles que le super-PAC qui appuie Hillary Clinton (Priorities USA) réoriente une partie de ses ressources vers les courses sénatoriales en Caroline du Nord, au Nevada, en Pennsylvanie et au New Hampshire.

    Or, parce que Trump a occupé la presque totalité de l’espace médiatique ces derniers mois, on aurait presque oublié qu’au cours de la convention républicaine, cet été, des délégations étatiques avaient contesté son investiture. Deux mois plus tard, accusé d’agression sexuelle, Donald Trump est devenu un candidat indésirable pour bon nombre d’élus républicains, eux aussi en campagne. L’appel du représentant de l’Utah, Joe Heck, au retrait du candidat a sonné le glas du statu quo et plusieurs donateurs du Parti républicain ont déjà choisi de prendre leurs distances, pour certains en reportant leurs efforts sur le candidat libertarien, Gary Johnson.

    Pour autant, à avoir trop tardé, les dirigeants du GOP sont peut-être pris au piège : s’ils doivent renier Trump pour ratisser plus large, ils courent le risque de se mettre à dos les électeurs séduits par le populisme nativiste. S’il est déjà arrivé que les élus du Congrès aient à se distancer d’un candidat à la présidentielle (comme il y a 20 ans, lorsque Bob Dole, plombé dans les sondages, menaçait de faire sombrer avec lui les élus républicains), c’est la première fois que, « libéré de ses chaînes », un Frankenstein du Parti républicain passe autant de temps à incinérer les leaders républicains qu’à invectiver son adversaire démocrate.

    Alors que Trump ne fait plus campagne que pour sa base blanche et misogyne, il réduit le Parti républicain à la détestation commune d’Hillary Clinton, socle minimaliste, qui pose dès à présent la question de l’après-8 novembre.

    Pour autant, le GOP est loin d’être mort. L’aile libertarienne est même vivace. Un réseau financier comme celui des frères Koch continue à agir dans l’ombre, tissant, depuis le dernier cycle électoral, un maillage serré de groupes de terrain. Les évangéliques forment un bloc fissuré, qui ne peut même plus être défini comme un ensemble homogène, mais qui est toujours enclin à trouver une voix politique au sein du GOP. La NRA, désormais alignée sur le Parti républicain et sa frange trumpienne, a dépensé cette année plus qu’elle ne l’a jamais fait dans l’histoire, surfant sur une vague paranoïaque et complotiste.

    Une défaite de Trump aurait pu se muer en victoire pour les républicains modérés et les #NeverTrump. Mais ce serait se leurrer : la candidature de Trump a électrisé une droite nativiste, qui a offert à des groupuscules d’extrême droite un exutoire politique et qui pourrait être alimentée à l’avenir par une chaîne câblée financée par le futur ex-candidat. En ce sens, l’aventure Trump aura redéfini partiellement le parti.

    Cependant, s’il ne veut pas devenir le pâle reflet du Parti républicain californien, circonscrit aux circonscriptions blanches et âgées de l’arrière-pays, le GOP national devra embrasser des minorités qui peuvent se (re)définir comme conservatrices (Noirs du sud-est, catholiques hispaniques), démettre Reince Priebus, président du Comité national, et avec lui une grande partie de l’establishment. Cela pourrait mener à une recomposition du parti autour d’une ligne dure, avec des leaders (comme le sénateur Tom Cotton, de l’Iowa) capables de conjuguer les acquis de Trump et le conservatisme traditionnel.

    Les démocrates peuvent se réjouir… en se gardant de jubiler. D’une part, les distorsions induites par les sondages ne tiennent pas compte d’un « effet Brexit » masquant certains électeurs de Trump et un taux d’abstention élevé qui, sans renverser la vapeur, pourrait altérer la légitimité du président élu. D’autre part, le parti de l’âne n’est pas à l’abri d’une nécessaire introspection pour tenir compte de l’effet Sanders pour 2018 — année des prochaines élections au Congrès. Le réalignement des deux grands partis ne fait que commencer.












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