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    États-Unis

    Trump et le terrorisme

    Julien Tourreille
    24 septembre 2016 |Julien Tourreille | États-Unis | Chroniques

    Les explosions à New York et dans le New Jersey ainsi que l’attaque au couteau dans un centre commercial du Minnesota du week-end dernier rappellent que la menace terroriste demeure latente aux États-Unis. Celle-ci peut-elle avoir une influence décisive sur le scrutin présidentiel du 8 novembre ? Favorise-t-elle le candidat affichant la posture la plus dure, la plus sévère ? Si Donald Trump aime à le penser, la réalité n’est cependant pas aussi simple et ne valide pas cette idée.

     

    Le terrorisme apparaît comme le deuxième enjeu, derrière l’économie et la création d’emploi, qui préoccupe le plus les Américains. Un sondage Washington Post–ABC News publié à la mi-septembre montre même que le choix de 19 % d’entre eux pour l’élection présidentielle se fera sur celui-ci. Les questions de sécurité nationale sont traditionnellement un point fort des républicains, considérés comme plus crédibles, plus fermes et moins naïfs que les démocrates. En 2004 comme en 2008, George W. Bush et John McCain étaient ainsi nettement perçus plus aptes que leurs rivaux démocrates à mener la lutte contre le terrorisme.

     

    Le candidat républicain est prompt à commenter tout acte terroriste attribué à l’islamisme radical et à affirmer qu’il est le seul à pouvoir éradiquer cette menace. Il l’a fait après les attentats de Paris en novembre 2015, après la fusillade de San Bernardino de décembre 2015, ou encore après l’attaque perpétrée à Nice le 14 juillet. Dimanche dernier, il a soutenu dans un tweet que, « sous le règne d’Obama et de Clinton, les Américains avaient subi plus d’attaques sur leur territoire que remporté de victoires à l’étranger ».

     

    Pour autant, Donald Trump ne bénéficie pas à l’heure actuelle d’un tel avantage sur Hillary Clinton. Le même sondage Washington Post–ABC News souligne en effet que 50 % des Américains font confiance à cette dernière, contre 41 % à Donald Trump. Par ailleurs, l’analyse de l’évolution des sondages depuis un an met en évidence que le candidat républicain n’a jamais bénéficié d’un regain dans les intentions de vote à la suite d’une attaque terroriste en Europe ou aux États-Unis. Il apparaît en fait qu’au-delà de la confiance envers un parti, la population américaine accorde une importance clé à l’expérience et au caractère des aspirants à la Maison-Blanche lorsqu’il s’agit d’assurer leur sécurité. En l’espèce, Hillary Clinton semble bénéficier d’un avantage certain.

     

    Donald Trump claironne qu’avec lui, la lutte contre le groupe État islamique et d’autres groupes djihadistes serait « ferme et intelligente ». Or, non seulement ses propositions les plus radicales apparaissent difficiles, voire impossibles, à mettre en oeuvre, elles seraient aussi foncièrement contre-productives. C’est en particulier le cas de son idée d’interdire à tout musulman d’entrer aux États-Unis. Présentée en décembre 2015 dans le cadre des primaires, cette mesure a été quelque peu édulcorée depuis. En juin 2016, il souhaitait plutôt interdire l’immigration de personnes provenant de pays ayant « une histoire avérée de terrorisme ». Depuis la mi-août 2016, il préfère mettre en avant un profilage assumé qui permettrait d’identifier toute personne pouvant avoir une attitude hostile à l’endroit des États-Unis et de leurs valeurs.

     

    Il est permis de douter de l’efficacité des méthodes que préconise Trump pour lutter contre le terrorisme. Il ne fait en revanche aucun doute qu’en entretenant le ressentiment antimusulman et en renforçant l’idée d’un conflit entre l’Occident et l’Islam (chose que même George W. Bush s’était bien gardé de faire après le 11 septembre 2001), Trump fait le jeu des islamistes radicaux. Les cadres du groupe armé État islamique voient d’ailleurs en lui « l’ennemi parfait » et font de la facilitation de son élection à la Maison-Blanche une priorité.

     

    Trump ne saurait donc pas être considéré comme le garant de la sécurité des Américains et de leur protection face au terrorisme. Il est au contraire leur principale vulnérabilité. Une majorité d’Américains semblent en être conscients en ne lui faisant pas confiance sur cet enjeu. Reste à espérer que cela soit suffisant pour l’empêcher d’accéder à la présidence le 8 novembre prochain.













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