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    Jugement historique sur le mariage gai

    La Cour suprême des États-Unis proclame le droit fondamental au mariage

    27 juin 2015 | États-Unis
    Isabelle Paré - Avec Agence France-Presse, La Presse canadienne et Associated Press
    Marco Fortier

    Les drapeaux arc-en-ciel ont envahi vendredi les réseaux sociaux, le parvis de la Cour suprême des États-Unis et même les comptes officiels de la Maison-Blanche dans la foulée du jugement historique déclarant légaux les mariages homosexuels dans l’ensemble du pays.

     

    Qualifiée de « victoire pour l’Amérique » et de « grand pas vers l’égalité » par le président Barack Obama, cette décision fort attendue de la plus haute instance du pays vient couronner 40 ans de lutte pour la reconnaissance du droit à l’égalité en déclarant « fondamental le droit au mariage » pour toute personne.

     

    Deux ans après avoir décrété que le mariage ne saurait être l’apanage des couples hétérosexuels, la plus haute cour a mis fin à toute équivoque en affirmant que le 14e Amendement de la Constitution américaine requiert, au nom de l’égalité entre tous, « d’un État qu’il célèbre un mariage entre deux personnes de même sexe ».

     

    Saisie de cette question par 16 homosexuels de quatre États interdisant le mariage gai, la Cour a tranché en leur faveur, à cinq juges contre quatre, obligeant non seulement les 14 États réfractaires aux unions de personnes de même sexe à procéder à de tels mariages, mais aussi ceux à reconnaître ceux de personnes homosexuelles célébrés ailleurs.

     

    Le juge conservateur Anthony Kennedy a fait pencher la balance en faveur des unions gaies en ajoutant sa voix à celle des quatre juges progressistes. Le président de la plus haute cour, John Roberts, ainsi que trois juges conservateurs se sont quant à eux inscrits en faux contre ce « putsch judiciaire », arguant qu’il ne revenait pas à la cour mais au législateur de se prononcer sur cet enjeu social.

     

    Vague arc-en-ciel

     

    L’arc-en-ciel symbolique de la lutte gaie n’a pas mis de temps à envahir les comptes Facebook et Twitter de la Maison-Blanche, où le président Barack Obama a gazouillé : « Cette journée marque un grand pas dans notre marche vers l’égalité. » La vague arc-en-ciel a aussi rapidement éclaboussé médias et grandes compagnies, dont plusieurs ont rapidement modifié sur les réseaux sociaux leurs logos pour des versions multicolores. Dans ce qui a des airs d’opportunisme commercial, plusieurs grandes marques, dont Jell-O, Starbucks, et Kellogg’s, pour ne nommer que celles-là, ont aussi prestement joint leurs voix à la déferlante de messages sympathiques à la cause gaie sous le mot clic #LoveWins.

     

    Pendant ce temps, les tenants de la droite religieuse fulminaient. La Conférence des évêques catholiques américaine a déploré « l’erreur tragique » de la Cour qui « heurte le bon sens et les plus vulnérables d’entre nous, surtout les enfants », et promis de continuer à suivre l’enseignement divin qui fait du mariage « l’union d’un homme et d’une femme ». « Aucune Cour ne peut renverser la loi de la nature », a abondé l’organisation Family Research Council, qui voit là « un abus de pouvoir ».

     

    Une certaine confusion régnait même dans certains des 14 États visés par la décision, où certains gouverneurs, notamment en Louisiane et au Texas, ont affirmé publiquement refuser « cette attaque tous azimuts contre les droits des chrétiens à la liberté religieuse ». En Louisiane, notamment, des employés de mairie ont été priés d’attendre 25 jours avant d’octroyer des certificats de mariage.

     

    Victoire

     

    Cette victoire sur le plan juridique survient plus de 40 ans de lutte après que la Cour suprême a été appelée pour la première fois, en 2004, à se prononcer sur la légalité d’une demande de certificat de mariage par deux homosexuels du Minnesota. Se faisant l’écho du renversement de l’opinion publique survenu sur cet enjeu, le président Obama n’a pasmanqué de souligner que « cette décision affirme ce que des millions d’Américains croient sincèrement dans leur coeur ». « Quand tous les Américains sont traités également, nous sommes tous plus libres », a-t-il déclaré à la Maison-Blanche.

     

    Galvanisés par ce jugement historique, militants, couples et parents gais étaient en liesse à la grandeur du pays, notamment devant la Cour suprême et dans Greenwich Village, au Stonewall Inn, bar historique de Manhattan devenu au fil des ans le symbole de la lutte pour les droits des gais. Des drapeaux arc-en-ciel ont été hissés sur la façade de mairie de New York où le maire démocrate, Bill de Blasio, a annoncé qu’il allait célébrer le mariage de deux couples de femmes l’après-midi même. « Elles entreront dans l’Histoire comme deux des premiers couples à échanger leurs voeux dans un pays autorisant partout le mariage pour tous », a-t-il souligné.

     

    Un lobby affaibli ?

     

    À n’en pas douter, le jugement de la Cour suprême vient marquer un tournant historique dans ce pays longtemps dominé par la morale religieuse. Des pas de géants ont été franchis depuis que le Massachusetts, en 2004, fut le premier État à autoriser le mariage gai. « Il y a à peine dix ans, pareil jugement aurait été jugé inconcevable. Plus de 60 % des Américains étaient alors opposés aux mariages de personnes de même sexe », affirme Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

     

    Au fil des ans, d’autres décisions de la plus haute cour et celles de plusieurs États ayant validé le mariage gai ont contribué à renverser l’opinion publique. « De façon surprenante, c’est par le biais des cours de justice que l’opinion a évolué en faveur des unions gaies. Dans la plupart des autres pays, comme au Canada et en France, c’est par le biais de lois que le mariage homosexuel a été légalisé », analyse-t-il.

     

    Pour John R. MacArthur, éditeur du Harper’s Magazine, publié à New York, la victoire des conjoints de même sexe est « entièrement symbolique ». Les unions gaies étaient déjà légales dans 36 des 50 États américains. Le jugement de la Cour suprême ne fait que confirmer que toutes les personnes homosexuelles pourront se marier, bénéficier de l’assurance maladie de leur conjoint et acquérir le droit de léguer un héritage à leur conjoint, notamment.

     

    M. MacArthur estime que ce jugement aura peu d’impact sur les élections nationales américaines. « Les républicains opposés au mariage homosexuel, par exemple, ne pourront pas remporter la Maison-Blanche avec cet enjeu », dit-il. Une opinion que partage Rafaël Jacob, d’avis que les républicains, à la faveur des sondages d’opinion, avaient depuis plusieurs années délaissé ce cheval de bataille. « La Cour vient littéralement de faire disparaître cet enjeu de la table, car les candidats n’ont plus rien à gagner à se prononcer pour ou contre, puisque la Cour vient de clore le débat. »

     

    La décision affaiblira d’ailleurs la droite religieuse au pays, estime-t-il. Même une représentante républicaine de la Floride à la Chambre des représentants, Ileana Ros-Lehtinen, affirmait vendredi au New York Times qu’il était temps de reconnaître les droits de tous. « Notre parti sera laissé dans les limbes de l’histoire si nous n’évoluons pas sur cette question », a-t-elle dit, parlant du mariage gai.

     

    « La majorité des Américains sont favorables au mariage entre conjoints de même sexe ou sont indifférents quant à cette question. C’est paradoxal, parce que l’Amérique est le pays le plus religieux du monde ! note pour sa part John MacArthur. Vous trouverez beaucoup de gens qui diront : “ Jésus aurait approuvé le mariage homosexuel, parce que les gais forment une minorité opprimée.  »













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