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    Repères

    Les fusils fous

    Claude Lévesque
    18 décembre 2014 |Claude Lévesque | États-Unis | Chroniques

    Le drame de l’école primaire Sandy Hook, survenu à Newtown au Connecticut il y a deux ans, a suscité les réactions les plus vives, mais peu de gestes susceptibles de prévenir ce genre de tuerie à l’avenir. On a d’ailleurs recensé pas moins de 94 fusillades dans des écoles chez nos voisins du Sud depuis le 14 décembre 2012.

     

    Les actions prises au niveau politique ont été minces. À l’échelon fédéral, elles se résument à une loi qui pénalise plus sévèrement le « trafic » d’armes à feu, mais qui ne resserre en rien les règles qui s’appliquent aux ventes « légales » chez les armuriers et dans les foires fréquentées par les nostalgiques du Far West.

     

    À côté de cette inertie affichée par les législateurs et autres responsables politiques, les familles des victimes et leurs avocats se sont activés. Dix de ces familles ont déposé lundi, devant un tribunal du Connecticut, une poursuite contre Bushmaster, le fabricant du fusil semi-automatique AR-15 utilisé par le jeune tueur, Adam Lanza. Les procédures visent également le distributeur et le détaillant qui a vendu l’arme à la mère du forcené.

     

     

    Plusieurs poursuites contre des fabricants d’armes ont été intentées dans le passé aux États-Unis, surtout pendant les années 1990. La plupart ont été rejetées par les tribunaux. Cela ne suffisant pas aux acteurs de l’industrie et à leur lobby (la National Rifle Association), ceux-ci ont convaincu leurs alliés au Congrès d’adopter en 2005 une loi qui les met presque complètement à l’abri des poursuites (c’est le Protection of Lawful Commerce in Arms Act).

     

    Cela complique évidemment la tâche des parents de Sandy Hook et de leurs avocats, qui entendent se servir d’une exception prévue dans la loi, et qui parle de « négligence » dans le fait de confier une arme à une personne (le terme anglais est « negligent entrustment »). Ils affirment que des armes comme l’AR-15 ne devraient jamais se trouver entre les mains de civils parce qu’elles sont conçues « pour produire le carnage maximum avec une efficacité extrême » et parce que des malades mentaux peuvent s’en emparer.

     

    Certains commentateurs, dont celui de Businessweek, doutent que la poursuite aboutisse à une condamnation. Ils font remarquer que le fabricant est situé trop loin en amont dans la chaîne de distribution pour qu’on puisse sérieusement lui reprocher d’avoir mis une arme dangereuse entre les mains d’un jeune homme au cerveau dérangé.

     

     

    On fait valoir par ailleurs que ce n’est pas tant la taille de l’arme que celle de son chargeur qui la rend dangereuse. Il semble qu’on puisse remplacer le chargeur d’origine par un chargeur d’une capacité beaucoup plus grande.

     

    En 1994, le Congrès américain avait interdit pour dix ans la vente de fusils de type militaire. L’interdit n’a pas été reconduit. La vente de ces fusils n’est donc pas interdite par le gouvernement américain à l’heure actuelle. Elle ne l’était déjà pas non plus quand la mère d’Adam Lanza en a acheté un. Le 12 décembre 2012, ce jeune homme de 20 ans s’est emparé de l’AR-15 de sa mère, qu’il a d’abord abattue avant de se rendre à l’école Sandy Hook pour y tuer 20 enfants et six enseignants et enseignantes.

     

    Selon les plaignants, Bushmaster est le principal vendeur de fusils de type militaire qui s’adresse au marché civil. Il appartient au conglomérat Freedom Group, qui possède d’autres sociétés fabriquant des armes à feu, dont Remington, une entreprise emblématique née au début du XIXe siècle. Pour compliquer les choses, Freedom Group appartient à un important fonds spéculatif new-yorkais, Cerberus Capital Management. En 2004, Bushmaster avait été forcée de régler à l’amiable un contentieux relatif à la tuerie commise par des tireurs embusqués dans la région de Washington deux ans auparavant.

     

    Malgré ce drame, malgré celui de Sandy Hook, celui de Virginia Tech (16 avril 2007) et tant d’autres, la majorité des Américains, selon plusieurs sondages, considère qu’il est plus important de protéger son droit de porter des armes à feu que de contrôler la prolifération de ces objets.













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