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    La «crise froide» Russie-États-Unis

    10 août 2013 |Libération | États-Unis
    Depuis deux ans, la relation entre Moscou et Washington se décompose ainsi en une succession de rendez-vous manqués et de provocations.
    Photo: Agence France-Presse (photo) ?Fred Chartrand Depuis deux ans, la relation entre Moscou et Washington se décompose ainsi en une succession de rendez-vous manqués et de provocations.

    Ce n’est plus la guerre froide, mais une sorte de « crise froide », résument les amateurs de formules. Pour la première fois aussi ouvertement, Barack Obama a fait un affront à Vladimir Poutine en refusant de venir à Moscou participer à un sommet bilatéral qui était prévu début septembre. Mais le dialogue n’est pas rompu pour autant, ont montré Russes et Américains ce vendredi encore. Les ministres russes des Affaires étrangères et de la Défense, Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou, étaient à Washington pour des entretiens avec leurs homologues américains, John Kerry et Chuck Hagel, qui n’ont pas été annulés. « La relation entre les États-Unis et la Russie est très importante et marquée à la fois par des intérêts partagés et des intérêts parfois conflictuels », a expliqué John Kerry en accueillant ses hôtes russes au département d’État. Tout en snobant Poutine, Barack Obama a aussi confirmé qu’il ira bien à Saint-Pétersbourg les 5 et 6 septembre, où le président russe accueillera le prochain sommet du G20. Côté russe, le Kremlin a exprimé sa « déception » mais assuré n’avoir pas l’intention de « répondre » à la dernière discourtoisie américaine. L’invitation est « maintenue », a expliqué vendredi le conseiller diplomatique de Poutine, Iouri Ouchakov, disant espérer que, « tôt ou tard, la partie américaine reviendra sur cette question ».

     

    « Je ne pense pas que nous soyons à un grand tournant de la relation avec la Russie, observe Mark Galeotti, spécialiste de la Russie à la New York University. La balle est maintenant dans le camp de Poutine, mais j’ai tendance à penser qu’il ne va pas riposter. Poutine a un très bon sens pour savoir jusqu’où il peut aller avec la communauté internationale. On l’a vu en particulier lorsqu’il a envahi la Géorgie. En cela, sa politique étrangère est un grand succès, de son point de vue. »

     

    Le « reset » de la relation, tenté par Barack Obama à son arrivée à la Maison-Blanche en 2009, était déjà enterré bien avant l’affaire Snowden, rappellent les analystes à Moscou autant qu’à Washington.

     

    Entre 2009 et 2011, les efforts d’Obama pour « redémarrer » la relation ont porté leurs fruits : en cédant sur le bouclier antimissile en Europe, Obama a pu convaincre les Russes de coopérer à son grand projet de désarmement nucléaire, ou aussi sur l’Iran, l’Afghanistan, la Libye, la Corée du Nord… Un nouveau traité START de désarmement nucléaire a pu être signé en juillet 2009 et la Russie a enfin obtenu en décembre 2011 son accession à l’OMC.

     

    Mais la relation avec le régime bicéphale russe (occidental en apparence et dictatorial dans sa réalité) n’a jamais été simple et montre régulièrement ses limites. « Le reset de la relation a été un tel succès qu’il est aussi devenu une cible aux États-Unis, rappelle Andrew Weiss, ancien conseiller de la présidence Clinton, aujourd’hui vice-président des études de la Carnegie. On l’a particulièrement attaqué, car c’était l’un des domaines où Obama avait réussi. » Ce fut particulièrement visible lors de la campagne électorale de 2012, lorsque le candidat républicain Mitt Romney avait fait de la Russie « l’ennemi géopolitique numéro un » des États-Unis, accusant Obama de se montrer beaucoup trop complaisant avec Moscou. Après sa réélection, alors « que les fruits les plus faciles à cueillir avaient été déjà récoltés », Obama a peut-être aussi commis l’erreur de ne pas « recalibrer ses attentes » à la baisse, glisse Andrew Weiss. À l’époque, la relation s’était déjà beaucoup dégradée, le régime russe accusant les États-Unis de fomenter les manifestations de son opposition et Poutine ayant déjà fait l’affront à Obama d’envoyer son premier ministre, Dmitri Medvedev, à sa place au G8 de Camp David en mai 2012. Le Congrès s’en est aussi mêlé, votant en décembre 2012 la « loi Magnitski » pour punir les officiels russes responsables de la mort d’un avocat à Moscou. Sur ce fond déjà chargé, Obama a continué d’agacer Poutine qui aurait voulu le recevoir beaucoup plus vite à Moscou, sitôt après sa réélection.

     

    Depuis deux ans, la relation se décompose ainsi en une succession de rendez-vous manqués et de provocations, sans que personne sache exactement ce qui pourrait l’améliorer. Obama a eu tort d’annuler sa visite à Moscou, plaide Matthew Rojansky, directeur du Kennan Institute, spécialisé dans les études russes. « Cela ne mènera à rien de bon à court terme, estime cet expert. On n’obtiendra pas de changement majeur de Moscou au niveau des administrations, seuls les leaders au niveau le plus élevé pourraient apporter un changement, et on vient de se priver de cette possibilité. L’engagement américain ne garantit jamais le succès, mais c’est toujours des États-Unis que sont venues les propositions et initiatives que parfois la Russie reprend à son compte ».

     

    Comme toujours à Washington, deux écoles s’affrontent : seul le dialogue peut permettre d’obtenir quelque chose de Moscou, avancent les uns ; seule la fermeté est comprise et respectée par les Russes, rétorquent les autres. Une des fautes commises par Obama dans son approche de la Russie est d’avoir laissé croire qu’il est « un faible », soulignent ces derniers. « Jusqu’à présent, Obama a choisi l’entre-deux, conclut Mark Galeotti, de la New York University. Il s’est montré suffisamment critique pour énerver Poutine, mais pas assez pour le défier vraiment. » Le boycottage du sommet bilatéral tout en allant au G20 est encore, finalement, un « entre-deux ». Il alourdit un peu plus la relation, mais n’impressionnera pas forcément beaucoup les Russes.

     
     
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