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    Les viols dans l'armée américaine - La reine impunité

    6 juin 2013 | Serge Truffaut | États-Unis

    En matière d’agressions sexuelles, l’impunité s’est inscrite à demeure dans l’armée de l’air, l’armée de terre et la marine des États-Unis d’Amérique. À telle enseigne que la somme des effets pervers inhérents à ce fléau a pris des proportions hallucinantes, révoltantes. Déclinons.

     

    Si la batterie de chiffres est souvent rébarbative, elle mérite aujourd’hui une exposition plus appuyée tellement l’ampleur des méfaits évoqués est profonde. En 2012, 26 000 hommes et femmes ont subi « un contact sexuel non sollicité ». De cet inventaire, le nombre de femmes violentées égale le tiers des femmes enrôlées. Signe d’un temps retors, le risque qu’elles soient agressées par les mâles soldats américains est beaucoup plus élevé que le risque d’être tué aujourd’hui en Afghanistan, hier en Irak. Signe d’une époque judiciairement bancale, 6 % seulement des agresseurs ont été condamnés en 2012, alors que le nombre des brutalités sexuelles, lui, a fortement augmenté depuis 2010.


    Ce dernier fait, cette augmentation, est en soi le symbole par excellence de l’impunité avancée plus haut. Pour dire les choses telles qu’elles sont, l’architecture légale et administrative mise en place par les galonnés pour soi-disant réduire ce phénomène est si poreuse qu’elle s’avère une caricature de justice, pour ne pas dire une insulte à son égard. Car selon une opinion parue dans le New York Times et rédigée par Kirby Dick, documentariste ayant consacré un film à ce sujet, l’inaction des cadres de l’armée est telle qu’elle a convaincu des prédateurs sexuels à rejoindre ses rangs. À preuve ceci : 15 % des hommes ayant violenté une militaire ou un soldat avaient commis des actes similaires avant de s’engager sous les drapeaux.


    Il en allait ainsi et il en va toujours ainsi parce qu’en l’occurrence le général, le colonel ou le commandant est roi et maître. Plus précisément, il revient au commandant de déterminer si oui ou non tel dossier mérite la convocation d’une cour martiale. Il faut bien comprendre que, contrairement aux pratiques judiciaires qui ont cours au Canada ou en Australie, et qui font qu’il revient au civil le soin de poursuivre, la hiérarchie militaire américaine est juge et partie.


    De fait, tous ceux qui ont enquêté sur le moteur de cette plaie s’accordent pour affirmer que le nombre d’agressions est beaucoup plus élevé. Car bien des victimes n’osent pas porter plainte auprès d’un commandant qui bien souvent minore les faits, qui souvent a de l’influence sur la carrière des uns et des autres et qui souvent chuchote dans l’oreille de l’agressé de « la fermer et d’oublier », pour résumer la flopée de témoignages recueillis par Dick et les élus du Congrès. À ce propos, dans un article publié ces jours-ci dans le journal Le Monde, Aaron Belkin, professeur de sciences politiques à l’Université de San Francisco et expert de cette question, a confié ceci : « Le vrai sujet, c’est le silence qui entoure cette réalité depuis des décennies, ou plutôt le camouflage construit autour de ce silence. »


    Pour briser celui-ci, des membres du Congrès viennent de proposer que la responsabilité qui incombe au commandant en cette matière lui soit retirée au profit d’une personne ayant étudié le droit. De cette proposition, il faut espérer qu’elle se traduise également par une réduction réelle des pouvoirs que les hauts gradés détiennent sur ce front. Le hic, c’est…


    C’est qu’ils font encore et toujours de la résistance. En effet, les généraux ne veulent pas transférer un certain nombre de responsabilités à des personnalités issues du civil. Au nom de l’intégrité de l’armée, de sa réputation et d’autres mots-valises, les gradés souhaitent conserver la haute main sur le dossier. Ils souhaitent cela alors qu’ils n’ont rien fait, absolument rien, au cours des vingt dernières années. Ils sont pitoyables, car tout aussi coupables.

     
     
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