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    Refroidissement au sommet - Guerre froide

    28 décembre 2012 |Serge Truffaut | États-Unis
    Entre les États-Unis et la Russie, on assiste à une crise de nerfs au tempo vif, donc inquiétant. Depuis le décès dans des conditions étranges d’un avocat russe en 2009, les dirigeants de ces deux pays échangent davantage des mesures de rétorsion que des politesses. Bref, entre les deux, on assiste à une guerre froide d’un type nouveau.

    En novembre 2009, Sergueï Magnitski, c’est le nom de l’avocat, est « retrouvé » mort dans une prison moscovite où il croupissait pour avoir osé commettre un acte de… justice ! En effet, quelques mois plus tôt, cet homme qui travaillait pour un fonds d’investissement anglo-américain avait dénoncé les mandarins du ministère de l’Intérieur qui avaient réalisé une fraude de 150 millions par le biais des impôts. Par la suite, le gouvernement américain s’était appliqué à dresser la liste des personnes impliquées dans la mort de Magnitski pour mieux leur interdire l’entrée sur le territoire des États-Unis et saisir leurs biens. Cette liste visait et vise toujours, c’est à retenir, une soixantaine de personnalités russes, dont des juges et des avocats.


    À cette liste made in USA, Vladimir Poutine a répondu par une liste made in Russia en y mettant, c’est le cas de le dire, le paquet. Qu’on y songe : tout Américain ayant contrarié l’intérêt de la Russie, tout juge ayant participé à un procès contre un citoyen russe est interdit de séjour en Russie. Par exemple, tous les individus ayant pris part à l’arrestation de Viktor Bout, le marchand d’armes par excellence, sont sur cette liste. Ce n’est pas tout. Ces jours-ci, Poutine a fait voter une loi qui bannit l’adoption d’orphelins russes.


    Cette série de mesures a ceci de riche qu’elle met en lumière avec plus de force que jamais la mutation politique conçue par Poutine dans la foulée de sa réélection à la présidence en mars dernier. Son retour au poste suprême n’avait en rien atténué le profond agacement, pour rester pondéré, découlant des actions menées par des ONG lors de la campagne. Plus exactement, il n’a jamais digéré que des ONG jouent les empêcheurs de tourner en rond en détaillant les magouilles électorales observées ici et là.


    Depuis sa réinstallation au Kremlin, Poutine s’applique à traduire dans les faits sa vision du monde. Pour lui, l’Europe contemporaine et son inclination pour « la tolérance illimitée », l’Europe qui place « les droits au-dessus des responsabilités », l’Europe antinationale est devenue une espèce de corps mou qui affaiblit de fait son allié américain. CQFD : la Russie doit profiter à plein de cette situation en cultivant l’ambition d’être au centre du pouvoir tout au long du présent siècle, aux côtés de la Chine et des États-Unis. Ce n’est pas tout.


    L’homme fort de la Russie estime également que tous les accords négociés et signés depuis le début des années 90 doivent être rediscutés, voire démantelés, pour la bonne et simple raison, à son avis, il va sans dire, que son pays était alors dans une position de faiblesse dont les autres, les États-Unis au premier chef, ont profité. Bref, au rapprochement, régulièrement envisagé, avec l’Ouest, Poutine préfère désormais donner la priorité à l’Union de l’Eurasie. Autrement dit, il veut « quitter », si l’on peut dire, l’Occident.


    Ce penchant qu’il a pour un nationalisme musclé, pour l’affûtage constant des rapports de force, a eu des conséquences terribles. On fera l’impasse sur ses agissements en Ukraine et en Géorgie pour mieux retenir et souligner que sa défense du Syrien Bachar al-Assad relève des calculs les plus vils. Qu’il ait soutenu aussi longtemps un homme responsable de la mort de 30 000 civils (!), un homme qui est donc un criminel de guerre, permet d’avancer qu’il mérite la même dénomination.

     
     
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